Israël : chroniques d’un sionisme suprémaciste génocidaire (2ème partie)

Par Mazouzi Mohamed•15 min de lecture
Brifa
Résumé IA

L'article soutient qu'Israël fonctionne depuis 1948 comme un État colonial génocidaire, s'appropriant les terres palestiniennes via la loi sur les biens des absents de 1950 et refusant toute Constitution pour préserver un absolutisme juridique sans contre-pouvoir réel.

La répression de la presse y est systématique avec 289 journalistes tués à Gaza, une censure militaire des territoires occupés et des campagnes de désinformation — comme les allégations de 2023 sur des bébés brûlés, relayées par Joe Biden — ensuite démenties par des médias et ONG israéliens dont Haaretz et B'Tselem.

L'historien Omer Bartov qualifie la politique israélienne de génocide, mais Gideon Levy rectifie : le sionisme n'a pas dévié, il est intrinsèquement suprémaciste, analyse partagée par Gilbert Achcar qui y voit le potentiel génocidaire inhérent à tout projet colonial d'expulsion.

Israël traverse aujourd'hui une implosion politique, sociale et religieuse majeure entre laïcs, ultra-orthodoxes et messianistes, sous le regard d'une armée compromise, tandis que l'indifférence ou le soutien occidental persistent face à ce délitement.

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Le Quotidien d'Oran

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Protégés par le mur du mépris et de l’indifférence qu’ils ont érigés eux-mêmes, bernés par leur propre propagande, les israéliens y on cru le temps qu’il fallait. A défaut de ce rêve irréalisable, ils se rabattent sur un autre mythe plus dévastateur : Eretz Israël sur la terre promise, exclusivement pour les juifs.

Dès 1948, cette colonie israélienne de peuplement s’est dotée d’un état génocidaire qui se dotera d’un arsenal législatif et juridique d’exception qui servira ses ambitions meurtrières qui ne connaitront aucunes limites. 76 ans se sont écoulées depuis la loi sur la propriété des absents (Absentee Property Law) adoptée par le Parlement israélien (la Knesset) en 1950 et qui permis à Israël de s’approprier illégalement les terres palestiniennes des exilés et même de ceux qui n’ont jamais quitté la Palestine, politique de dépossessions qui s’amplifiera depuis 1967, allant crescendo jusqu’à aujourd’hui. En 2026, Israël mettra en place deux mécanismes juridiques et administratifs perfides qui vont accroitre et accélérer le processus presque final de l’annexion totale et irréversible de la Cisjordanie. (1) Israël , une entité politique contrenature , choisit délibérément dès 1948 de s’affranchir d’une Constitution qui pourrait entraver son absolutisme et se contentera de lois fondamentales confectionnées sur mesure, incontestables, sans débat public ou référendum. Un état avec une Knesset et un Exécutif dotés de pouvoirs inquiétants. Un état qui décide de neutraliser sa propre cour suprême, seul contre-pouvoir apparent au milieu de son capharnaüm institutionnel arbitraire. Tout le monde reconnaitra à cette institution sa duplicité manifeste et son incroyable incapacité à éviter le dépeçage de la Palestine et à protéger les Palestiniens contre l’arbitraire politique et juridique d’exception auxquels ils ont été soumis depuis 1948. Cette haute institution verra son pouvoir remis en question en Juillet 2026 , ce bras de fer entre un Exécutif israélien despotique et sa Cour suprême provoquera une crise constitutionnelle inédite au sein de cette démocratie fantoche. (2) Dans son livre « Israël. la course vers l’abîme », l’historien israélo-américain Omer Bartov considère que tous les confits sociaux et politiques larvés ou éruptifs qui rongent depuis toujours la société israélienne et qui ont empêché l’émergence d’une véritable démocratie, sont dus en grand partie à l’absence d’une Constitution. « On peut affirmer que l’absence de constitution a eu des conséquences profondément néfastes sur la nature de l’État, sa société, son ordre juridique et ses politiques, et ce jusqu’à aujourd’hui. » (3)

Drôle de démocratie qui criminalise la liberté d’expression, de pensée, et toutes opinions, publications qui dénoncent sa politique de colonisation criminelle. (4) Un état qui est responsable de la mort de 289 journalistes lors des opérations militaires israéliennes à Gaza. Un état qui intentera des procès à des journaux, à des journalistes, qui censurera des dizaines de reportages et des centaines de publications. Une démocratie où l’armée régente l’information et interdit depuis des années l’accès aux territoires occupés, scènes de crimes et espaces de l’épuration ethnique. Une démocratie dotée d’un système judiciaire bicéphale à deux vitesses, avec une justice réservée exclusivement aux Palestiniens et qui consiste à les broyer en usant de procédures illégales et immorales.

Une démocratie qui défiera toutes les condamnations (résolutions) de l’ONU, de la Cour pénale internationale (CPI), la Cour internationale de justice (CIJ) , un état voyou qui ira jusqu’à menacer les membres de ces institutions. Un état qui au moyen de sa Hasbara , propage le mensonge, instille le doute, institutionnalise le déni. « Les preuves, la documentation, et les témoignages sont précisément ce que israélo cherche à effacer, par les menaces, la censure et le meurtre de journalistes. En gardant les journalistes à l’écart, Israël gagne du temps » (5) Tout le monde se rappellera de l’infâme campagne de désinformation menée par Israël en 2023 (enfants pendus, bébés brûlés, femmes éventrées et violées). Ces fake news seront relayées par le président américain Joe Biden lui-même ; tout le monde sera leurré, dirigeants occidentaux et médias de tous les pays. Personne ne se donnera la peine de vérifier la véracité de ces informations. Plus tard, des courants de la presse israélienne (Haaretz) et des ONG israéliennes ( Fake Reporter , Bodkim, B’Tselem, Breaking the Silence, Physicians for Human Rights-Israel ) démentiront cette mascarade sioniste macabre aux effets extrêmement pervers. Ces efforts très courageux et prodigieux pour rétablir la vérité seront salutaires et très importants pour tout le monde : Juifs, Palestiniens, opinion mondiale, Gouvernements, Médias, Institutions judiciaires internationales. Israël persiste malgré tout désespérément à mentir en utilisant une logistique et une technologie de désinformation extraordinaire. Israël essaye d’asservir tous les médias dans le monde et exerce sur son peuple un tel endoctrinement que toute pensée divergente est assimilée à de la haute trahison. Un état qui a l’audace de faire voter des lois dans d’autres pays ( Loi Yadan ), qui assimile toute critique à de l’antisémitisme ou à l’apologie au terrorisme. Un état qui demande à ses lobbys partout dans le monde d’exercer toutes pressions et menaces contre quiconque oserait dénigrer et dénoncer sa politique. Une démocratie qui adopte deux lois fondamentales antidémocratiques, la première en totale violation du doit international et la seconde antinomique avec l’esprit de la démocratie. (6) Il y a plusieurs années l’intellectuel Noam Chomsky à qualifié les États-Unis et Israël d’états voyous qui menacent la paix dans le monde. Il n’y a pas un seul historien post-sioniste qui n’ait pas remis en cause les mythes sionistes relatifs à la Nakba. Tout le monde finira par reconnaitre le caractère génocidaire de la politique israélienne en territoires occupés. L’historien israélo-américain Omer Bartov, tardivement, se résoudra à qualifier les actes commis par Israël de crimes de guerre et de génocide. « Israël se livre à un génocide depuis deux ans, presque sans susciter de réactions de la part du régime juridique mis en place après la Seconde Guerre mondiale pour prévenir et punir ce crime ? Enfin, comment accepter que la guerre de destruction menée par Israël ait bénéficié du large soutien mêlé d’indifférence et de déni de ses citoyens juifs?»(7) L’auteur considère avec une naïveté déconcertante que quelque chose a mal tourné dans le pays pur et innocent qu’était le sien, et que son idéologie sioniste, autrefois pure, a été pervertie.

Dans un article publié au journal israélien Haaretz en mai 2026 , le journaliste Gideon Levy corrige la méprise de l’historien, « Le sionisme n’a pas dévié, il a toujours été conçu ainsi, le sionisme, à la base, est la croyance en la suprématie juive entre le Jourdain et la Méditerranée, et comme toute autre idéologie qui adhère à une suprématie raciale, nationale ou religieuse, il est illégitime. » (8) « Le génocide à Gaza était annoncé pour qui voulait le voir », dira le chercheur franco-libanais Gilbert Achcar,« le projet sioniste, comme tout projet colonial, est porteur d’un potentiel génocidaire…le projet sioniste, étant fondé sur l’expulsion de la population autochtone, était porteur de manière évidente de ce génocide. » (9)

Aujourd’hui Israël ( pouvoir et société ) font face à une très grave implosion politique, sociale et religieuse, provoquée par des contradictions et des divergences internes à tous les niveaux ( courants laïques, religieux, nationalistes, ultra-orthodoxes, suprémacistes, messianistes) , sous le regard hagard d’une armée désorientée et comme toujours compromise et immorale. Cette situation fait apparaitre un phénomène plus inquiétant encore : c’est cette indifférence ou ce soutien de la part de beaucoup de pays et particulièrement de la part d’une large partie de la société israélienne. Dans son livre «Une étrange défaite, Sur le consentement à l’écrasement de Gaza», Didier Fassin, chercheur en anthropologie, professeur au Collège de France et à l’université de Princeton, abordera de manière fort détaillée l’incroyable effondrement moral des pays occidentaux complices du génocide ainsi que l’asservissement des médias qui défendent jusqu’à présent une méprisable ligne partisane de soutien au gouvernement israélien d’extrême droite.

Lors d’un entretien accordé à Médiapart, Menachem Klein, professeur de science politique à l’université Bar-Ilan, près de Tel-Aviv, consterné de voir une grande partie de la société israélienne soutenir l’extrême droite suprémaciste avouera que « L’idéologie suprémaciste est partagée par une grande partie des élites israéliennes » (10), « Nous ne sommes pas une société normale», dira-t-il. Avi Shlaim, historien israélien, grande figure du courant post-sioniste, réagissant aux propos de son confrère Omer Bartov sur la radicalisation récente du Sionisme, précisera « Il est essentiel d’étudier l’histoire pour comprendre les racines du racisme israélien. Le sionisme est un mouvement colonial de peuplement revendiqué, et son principal héritier politique – l’État d’Israël – est un État colonial de peuplement. La logique du colonialisme de peuplement repose sur l’élimination des populations autochtones afin de s’emparer de la terre et de ses ressources. Le nettoyage ethnique est le moyen par lequel cet objectif est atteint. De plus, la Nakba n’était pas un événement isolé ; c’est un processus continu. » (11)

Depuis l’époque de Yossef Weitz chef du département colonisation de l’Agence juive [1940 ] jusqu’à aujourd’hui avec Bezalel Smotrich Ministre d’extrême-droite [ 2006 ], rien n’a vraiment changé. 86 ans à défendre la même vision suprémaciste d’un sionisme apocalyptique. Le discours est toujours le même : éliminer les Palestiniens et annexer l’ensemble du territoire. Ça semble parfaitement convenir à la majorité des colons israéliens.

L’historien Omer Bartov reconnaitra toutefois avec grande amertume que « Si, avant 1948, le sionisme présentait deux visages, l’un de libération de l’oppression et l’autre de colonialisme de peuplement et d’ethnonationalisme, une fois l’État établi, c’est ce dernier qui a dominé la vie politique israélienne » (12)

Les conclusions de la Rapporteuse de l’ONU Fransesca Albanese me paraissent autant sinon plus pertinents que les dizaines d’essais qui ont abordé la question du génocide palestinien

Ils posent pour la première fois la responsabilité pénale des partenaires politiques et économiques d’Israël, identifient les auteurs, interpellent la communauté internationale et l’opinion mondiale. Cette publicité et visibilité autour de ce crime collectif abominable aura des répercussions notables et poussera peut-être certains partenaires d’Israël à plus de vigilance et de moralité. Ce n’est pas sûr que cela fera disparaitre ce sionisme suprémaciste abject. Israël est effroyablement conscient que sans le soutien des États-Unis ses jours sont comptés. Israël sait aussi que les américains ne le lâcheront jamais. Colère, contestation et indignation mondiales ne cessent de se cristalliser. Israël ne connaîtra jamais la paix.

L’historien Omer Bartov ne semble pas très optimiste quant à l’avenir d’Israël « Cette course vers l’abîme peut-elle s’arrêter ? Sans solution politique, la violence continuera, le déni des erreurs antérieures enfoncera encore davantage la société israélienne dans un abîme moral et psychologique. (13)

*Universitaire

Références

(1) _ En février 2026, le gouvernement israélien a approuvé une décision unilatérale visant à lancer un processus d’enregistrement foncier et un cadastre officiel en Cisjordanie occupée,cette procédure vise à déposséder des Palestiniens de certaines terres sur lesquelles ils sont installés mais dont les titres de propriété ne sont pas clairement établis, et à les enregistrer au nom de l’Etat israélien.

D’autres mesures foncières qui consistent à simplifier l’achat de terres en Cisjordanie occupée par les colons israéliens. En juin 2026 La Knesset (Parlement israélien) a approuvé définitivement, jeudi, une loi accordant des exonérations fiscales à des dizaines de colonies israéliennes illégales situées en Cisjordanie occupée.

(2) _ Luc Bronner, « En Israël, le coup d’Etat juridique du gouvernement Nétanyahou : « Le dernier clou dans le cercueil de la démocratie », le Monde du 06 Juillet 2026.

(3) _ Omer Bartov,«Israël-une course vers l’abîme», éditions du Seuil, mai 2026,p.144

(4) _ Loi Al Jazeera , loi sur le boycott , Les restrictions sur le partage d’images en temps de guerre, La loi d’expulsion des députés.

(5) _Luc Bronner , « Comment Israël mène la guerre de l’information, entre «- incrimination rétrospective -, censure et manipulation des IA », Journal le Monde , 27 août 2026.

-Cédric Mathiot , Israël, 7 octobre : un massacre et des mystifications,Libération11/12/2023

(6) _ La loi de Jérusalem du 30 juillet 1980, proclamant la ville de Jérusalem, « une et indivisible », comme capitale de cet État créé en 1948 et jusqu’à cette date dirigé depuis Tel Aviv. Cette loi est controversée sur le plan international et condamnée par les résolutions 476 et 478 du Conseil de sécurité des Nations unies car elle constitue une violation du droit international. - La loi Israël, État-nation du peuple juif, adoptée le 19 juillet 2018 par la Knesset.

(7) _ Omer Bartov,op. cit.,p.7

(8) _ Gideon Levy,« Zionism Didn’t Go Wrong, It Was Always Built This Way », journal Haaretz,7 Mai 2026

(9)_GILBERT ACHCAR, « Gaza, génocide annoncé. Un tournant dans l’histoire mondiale » La Dispute, Paris, 2025, 240 pages

(10) _ Mediapart , émission à l’air libre, 18 juin 2025

« L’idéologie suprémaciste est partagée par une grande partie des élites israéliennes » https://www.youtube.com/watch?v=77jDSTO\_L2s

(11) _ Avi Shlaim , « What Went Wrong_ by Omer Bartov review- the long view », The Guardian, Mai 2026 .

(12) _ Omer Bartov,op. cit., p.18

(13) _ Ibid., p.195 à 209.

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