Militante et engagée pour la cause algérienne : Elaine Mokhtefi s’est éteinte à 98 ans à New York

Par Chahreddine Berriah•6 min de lecture
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Militante et engagée pour la cause algérienne : Elaine Mokhtefi s’est éteinte à 98 ans à New York
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La journaliste et militante américaine Elaine Mokhtefi, naturalisée algérienne par décret présidentiel en juillet 2026, est décédée le 11 septembre à New York à l’âge de 98 ans.

Née en 1928, elle a soutenu la cause algérienne dès les années 1950, travaillé à l’APS après l’indépendance, organisé le Festival panafricain de 1969 et facilité l’exil d’Eldridge Cleaver avant d’épouser le moudjahid Mokhtar Mokhtefi.

L’ambassade d’Algérie, le ministre des Moudjahidine et son ami Ahmed Bedjaoui lui ont rendu hommage, saluant une «patriote exemplaire» qui devait revenir à Alger en octobre pour célébrer sa nationalité.

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Née Klein, Elaine Mokhtefi,  journaliste, interprète et autrice américaine, militante de la cause algérienne, est décédée vendredi 11 septembre dans un hôpital de New-York, à l’âge de 98 ans.

Il y a deux mois, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lui avait octroyé la nationalité algérienne. «Par décret présidentiel du 8 Safar 1448 correspondant au 23 juillet 2026, est naturalisée algérienne dans les conditions prévues par les articles 11 (alinéa 1er) et 12 de l’ordonnance n° 70-86 du 15 décembre 1970, modifiée et complétée, portant code de la nationalité algérienne, la dénommée Elaine Klein, née le 10 décembre 1928 à New York (Etats-Unis d’Amérique).»

L’ambassade d’Algérie aux Etats-unis a publié un communiqué où elle indique : «C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès, survenu aujourd’hui à New York, de la militante algérienne Elaine Klein Mokhtefi, épouse du défunt combattant pour la liberté Mokhtar Mokhtefi. Le nom d’Elaine Mokhtefi restera à jamais gravé dans la mémoire des Algériens pour son engagement sans faille en faveur de la lutte du peuple algérien pour la liberté et l’indépendance, qu’elle a soutenue dès les années 1950.

Après l’indépendance, elle a choisi de s’installer en Algérie, où elle a contribué au journalisme, à la culture et aux causes des mouvements de libération dans les pays en développement, notamment en organisant le Festival culturel panafricain de 1969 en Algérie ; elle était également membre de l’Association des amis de la Révolution algérienne. En juillet dernier, elle s’est vu accorder la nationalité algérienne par décret présidentiel du président Abdelmadjid Tebboune, en hommage à une vie entière d’engagement et de dévouement envers l’Algérie. En cette triste circonstance, l’ambassadeur Sabri Boukadoum et le personnel de l’ambassade d’Algérie à Washington adressent leurs plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches.»

«L’Algérie perd une patriote exemplaire»

Ahmed Bedjaoui, personnalité majeure du cinéma algérien et ami de la défunte, témoigne : «J’ai l’immense douleur de vous annoncer le décès dans un hôpital de New York, ce matin du 11 septembre, de ma grande amie Elaine Mokhtefi, à l’âge de 98 ans. Elle avait l’année dernière fêté ses 97 à Alger à l’invitation du Festival international d’Alger et de l’Association des Amis de la Révolution, avec laquelle nous nous apprêtions à la recevoir le 10 octobre prochain à Alger pour fêter son acquisition de la nationalité algérienne, après que le président Abdelmadjid Tebboune a signé cet été le décret de naturalisation. J’échangeai quotidiennement avec elle et elle était impatiente de venir retrouver son pays de cœur  (…). Avec la disparition d’Elaine Mokhtefi, l’Algérie perd une grande moudjahid et une patriote exemplaire. Paix à son âme et gloire à nos martyrs.»

Dans un message de condoléances, le ministre des Moudjahidine et des Ayants droit lui a rendu un vibrant hommage, en exprimant sa «profonde tristesse et sa vive émotion suite à la disparition de cette grande figure militantiste», tout en rappelant son parcours riche en combats et en dévouement. «Tout au long de sa vie, Elaine Mokhtefi est restée indéfectiblement liée à l’Algérie, fidèle aux principes de libération et constante dans son soutien à la lutte du peuple algérien (…) la défunte comptait parmi les voix emblématiques solidaires de la glorieuse Révolution de libération nationale.

Ayant choisi de se ranger aux côtés du peuple algérien dans son combat légitime pour la liberté et l’indépendance, son itinéraire demeure un témoignage éloquent de la profondeur de la solidarité humaine envers la cause algérienne, incarnant ces hommes et femmes libres du monde entier qui ont cru en sa justice et défendu ses valeurs…»

Elaine Klein, journaliste, interprète et autrice, née en 1928, est une jeune New-Yorkaise d’origine juive venue en France en 1952. Elle y a découvert la situation faite aux Algériens et a vite pris fait et cause pour la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. Elle s’est installée à Alger au lendemain des Accords d’Evian en tant que journaliste à Algérie Presse Service (APS), couvrant notamment les événements tiers-mondistes. En 1969, lors du premier Festival panafricain d’Alger, elle s’occupa de l’accueil de membres de mouvements de libération nationale africains (Mozambique, Angola, Afrique du Sud) et de la section internationale des Blacks Panthers. Elle organisera notamment l’exil clandestin d’Edridge Cleaver en Algérie après qu’il a fui les Etats-Unis, par Cuba, jusqu’en 1974, où elle devient Elaine Mokhtefi, après avoir épousé Mokhtar, un militant du FLN (décédé en 2015). Elle a veillé Frantz Fanon, qu’elle avait connu en Algérie, dans sa chambre d’hôpital lorsqu’il se mourrait d’une leucémie aux Etats-Unis.

La lutte pour l’indépendance l’a conduite à vivre 12 ans en Algérie, où elle a travaillé comme journaliste et traductrice. Ses mémoires témoignent de l’effervescence des luttes anticoloniales des années 1960, vécue dans l’intimité des grandes figures de l’époque, notamment Ben Bella et Castro, dans une ville qui a gagné avec sa liberté des allures de capitale de la révolution mondiale. Une histoire fascinante, qu’Elaine Klein Mokhtefi raconte avec une passion et une conviction intactes dans son ouvrage Alger, la révolutionnaire. Un beau témoignage sur Alger, devenue le refuge des mouvements anticolonialistes et antiracistes du monde entier, traçant le portrait d’une ville devenue mythique… Le 10 octobre prochain, elle devait retourner à Alger pour fêter son acquisition de la nationalité algérienne, le destin en a décidé autrement. Paix à son âme !
Chahredine Berriah

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