Selon Anthropic : «Les Émirats arabes unis ont utilisé l’IA pour cibler des experts de l’ONU»

La start-up américaine Anthropic accuse les Émirats arabes unis d'avoir utilisé son IA Claude, depuis 2023, dans une vaste opération d'influence ciblant les Frères musulmans et le conflit soudanais.
L'opération aurait mobilisé environ 300 faux comptes, une personnalité virtuelle nommée «Deadshot», ainsi que des témoignages et documents falsifiés destinés à l'ONU.
Abou Dhabi a catégoriquement démenti ces accusations, tandis que la Commission européenne a exhorté les fournisseurs d'IA à garder leurs modèles «sous contrôle».
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El Watan
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L’affaire révélée par Anthropic donne une dimension concrète aux risques liés à l’intelligence artificielle (IA) dans les conflits contemporains. La start-up américaine affirme avoir identifié une vaste opération qu’elle attribue, avec un «degré de certitude élevé», au gouvernement des Emirats arabes unis. Abou Dhabi dément catégoriquement ces accusations.
Selon Anthropic, l’opération, déclenchée en 2023, aurait utilisé les agents de Claude pour mener une campagne principalement dirigée contre les Frères musulmans, tout en cherchant à influencer la perception internationale du conflit soudanais. L’IA aurait servi à produire des documents, des publications destinées aux réseaux sociaux et des témoignages présentés comme provenant d’acteurs locaux. L’un des dispositifs reposait sur une personnalité virtuelle baptisée «Deadshot», appelant à une «opération régionale et transatlantique coordonnée pour démanteler les Frères musulmans dans le monde entier». Une autre initiative aurait consisté à usurper l’identité d’une ONG soudanaise et à rédiger les témoignages de deux personnes, afin de faire parvenir aux Nations unies des éléments favorables à l’un des camps comme s’ils provenaient de témoins indépendants. Anthropic affirme également avoir découvert la constitution de dossiers destinés à fragiliser des rapporteurs de l’ONU ayant critiqué le rôle présumé d’Abou Dhabi dans le conflit. L’opération aurait utilisé environ 300 faux comptes sur les réseaux sociaux. L’entreprise précise toutefois ne pas avoir pu établir si les témoignages ou les dossiers étaient effectivement parvenus à leurs destinataires ni s’ils avaient influencé des décisions politiques. Le cas soudanais révèle une nouvelle dimension de la guerre informationnelle. Produire des centaines de contenus, multiplier les identités numériques, fabriquer des témoignages et adapter les messages à différents publics exigeait auparavant d’importantes ressources humaines. L’IA permet désormais d’en industrialiser une partie. Le danger ne réside plus seulement dans la fabrication d’une fausse information. Il réside dans la capacité à produire à grande échelle un environnement informationnel artificiel dans lequel faux témoins, faux comptes, faux documents et contenus générés automatiquement peuvent donner l’illusion d’un mouvement réel. La Commission européenne a réagi à ces révélations. Son porte-parole Thomas Regnier a appelé les fournisseurs d’IA à «mettre de l’ordre dans leurs affaires» et à veiller à garder leurs modèles avancés «sous contrôle». Le précédent soudanais pose ainsi une question qui dépasse largement ce conflit. Si une IA peut contribuer à fabriquer des récits destinés à influencer l’ONU, les opinions publiques et les décideurs, qui contrôlera demain la frontière entre information, propagande et réalité ?
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