Crise en mer Rouge : Les Houthis ciblent une base militaire en Arabie saoudite

Les Houthis ont attaqué une base militaire saoudienne à Sharurah avec des drones et des missiles, après leur offensive éclair sur la côte yéménite de la mer Rouge.
Ils contrôlent désormais les îles du détroit de Bab el-Mandeb, un carrefour maritime stratégique par lequel transitent 12% du commerce mondial et un tiers du fret conteneurisé.
Les combats dans l'ouest du Yémen ont fait des centaines de morts et poussé plus de 70 000 personnes à fuir depuis septembre, selon l'OIM qui craint une aggravation.
Face à la pression, le prince héritier saoudien MBS aurait demandé à Donald Trump de frapper les Houthis, mais le président américain a refusé d'intervenir dans le conflit.
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Les Houthis du Yémen ont pris le contrôle, vendredi, de la côte yéménite sur la mer Rouge et des îles du détroit de Bab el-Mandeb, au terme d’une offensive éclair.
Les Houthis du Yémen ont revendiqué, hier, une attaque contre une base militaire en Arabie saoudite, qui soutient les forces gouvernementales face à l’offensive éclair des combattants houthis. Les combats de ces dernières semaines dans l’ouest du Yémen ont fait des centaines de morts et provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) craignant une augmentation des déplacés dans les prochains jours. Face à la progression des Houthis, les forces gouvernementales ont annoncé, samedi et hier, plusieurs vagues de frappes sur la région bordant la mer Rouge. Les Houthis ont de leur côté fait état de multiples bombardements saoudiens, auxquels ils ont affirmé, hier, avoir répliqué en attaquant avec des drones et des missiles une base militaire dans le sud du royaume. Cette attaque a ciblé «des dépôts d’armes ainsi que des centres de commandement et de contrôle d’où est dirigée l’agression contre notre nation et notre peuple, sur la base militaire de Sharurah», près de la frontière avec le Yémen, a déclaré sur X le porte-parole militaire des Houthis, YahyaSaree. Peu avant, la Défense civile saoudienne avait fait état de deux blessés à la suite de la chute d’un projectile tiré par les Houthis dans la région de Jiza, également frontalière. Les Houthis, qui avaient annoncé en juillet un blocus maritime contre l’Arabie saoudite et visé ses pétroliers, avaient lancé une attaque d’ampleur cette semaine contre le royaume, à la tête d’une coalition de soutien aux forces gouvernementales du Yémen qui ont subi d’importants revers ces derniers jours.
Détroit stratégique
Les Houthis du Yémen ont pris le contrôle, vendredi, de la côte yéménite sur la mer Rouge et des îles du détroit de Bab al-Mandeb, au terme d’une offensive éclair qui consolide leur emprise sur ce passage stratégique reliant l’Europe à l’Asie. «Tout ce qui était sous notre contrôle sur la côte occidentale est tombé», a reconnu un responsable militaire du gouvernement yéménite, reconnu par la communauté internationale et soutenu par Riyad. Premier exportateur mondial de pétrole brut, l’Arabie saoudite se retrouve prise en étau : le détroit d’Ormuz, de l’autre côté de la péninsule, est verrouillé par Téhéran depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Ses infrastructures pétrolières ont aussi été la cible cette semaine d’une vaste attaque de drones et de missiles des Houthis, qui a contraint le royaume à fermer temporairement son oléoduc Est-Ouest, utilisé pour contourner Ormuz. Les Houthis ont cependant démenti vouloir fermer Bab al-Mandeb ou imposer des droits de passage. «La navigation est sûre pour toutes les compagnies, à l’exception des navires saoudiens qui ont déjà été interdits d’accès», a déclaré le porte-parole militaire du mouvement, YahyaSaree. Bab el-Mandeb, est, avec le détroit d’Ormuz, l’un des carrefours maritimes les plus importants pour le transport de pétrole et de marchandises depuis le Golfe vers la mer Méditerranée via le canal de Suez. On estime que 12% du commerce mondial passe par ce détroit, dont le tiers des marchandises conteneurisées mondiales. Les pétroliers et navires commerciaux empruntent le détroit de Bab al-Mandeb pour rallier la mer Rouge, puis le canal de Suez et la Méditerranée, et en sens inverse vers l’océan Indien.
Une perturbation durable obligerait les navires à envisager des routes beaucoup plus longues, avec à la clé des coûts de transport, d’assurance et de carburant supplémentaires. Le marché pétrolier commence déjà à intégrer cette nouvelle menace. Le contrôle du détroit de Bab al-Mandeb intervient dans un contexte déjà extrêmement tendu entre Washington, Téhéran et leurs alliés. Selon deux sources iraniennes citées par Reuters, l’Iran aurait demandé aux Houthis de mener des attaques contre Riyad en échange d’armes et de fonds supplémentaires. Téhéran a toutefois affirmé ne pas contrôler le mouvement. Les Houthis, qui avaient entamé leur offensive la semaine dernière, se sont emparés, jeudi, du port de Mokha et de l’île de Zugar, avant la conquête décisive de celle de Mayyoun (connue aussi sous le nom de Périm), située au coeur du détroit, et enfin des deux dernières îles du couloir maritime, la Grande et la Petite Hanish, d’après des sources gouvernementales. Pour tenter de reprendre les territoires perdus, l’Arabie saoudite a mené des frappes sur l’aéroport de Mokha, selon la chaîne de télévision Almasira, affiliée aux Houthis.Les forces armées gouvernementales ont aussi annoncé des raids, appelant les civils à éviter certaines routes. L’Arabie saoudite, qui a déclaré plus tôt cette semaine avoir toujours privilégié «les possibilités de négociation», a également affirmé qu’elle avait le droit de se défendre.
Blocus maritime
Alors que les chefs des diplomaties iranienne et saoudienne se sont entretenus, jeudi, sur la situation dans la région, un conseiller du Guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a qualifié, vendredi, de «victoire éclatante» la dernière percée des Houthis. Le conflit met sous pression l’Arabie saoudite, attaquée également plusieurs fois par l’Iran ces derniers mois comme d’autres alliés des Etats-Unis dans le Golfe. Selon le média américain en ligne Axios, le prince héritier et dirigeant de fait de l’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, avait appelé Donald Trump à deux reprises, jeudi, pour lui demander de frapper les combattants yéménites, mais il avait été éconduit. Le président américain a dit, samedi, que les Houthis, qui avaient subi des bombardements américains en 2025 pour s’être attaqués à des bateaux commerciaux dans le détroit de Bab al-Mandeb pour soutenir Hamas dans sa guerre contre Israël, lui ont demandé de ne pas intervenir dans la guerre au Yémen. Après des années d’accalmie à la faveur d’une trêve entre le gouvernement et les Houthis, le Yémen a replongé dans la guerre en juillet et est entraîné dans le conflit régional déclenché fin février par l’offensive américano-israélienne contre l’Iran. Les Houthis avaient annoncé dans la foulée un blocus maritime de l’Arabie saoudite, visant des navires pétroliers. Les combats de ces dernières semaines dans l’ouest du Yémen ont fait des centaines de morts et ont provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes, notamment un afflux de réfugiés vers Aden, la grande ville du Sud où siège le gouvernement reconnu par la communauté internationale. Plus de 70 000 personnes ont fui, rien que depuis septembre, selon un porte-parole de l’OIM, qui met en garde «contre une crise de déplacements». «Les stocks d’urgence ont déjà été épuisés après les interventions menées récemment pour faire face à des inondations», a averti l’OIM dès vendredi, en soulignant les besoins urgents d’abris, de nourriture, d’eau et autres matières de première nécessité. Les autorités de Djibouti ont déclaré, samedi, que quelque 1400 personnes avaient fui le Yémen en vingt-quatre heures vers le territoire de ce petit pays de la Corne de l’Afrique qui borde le détroit de Bab al-Mandab.
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