Économie

Industrie pharmaceutique en Algérie : l’Agence du médicament (ANPP) verrouille l’investissement

Par Ali Idir•5 min de lecture
Brifa
Industrie pharmaceutique en Algérie : l’Agence du médicament (ANPP) verrouille l’investissement
Résumé IA

L'Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP) a annoncé mardi un projet de rationalisation limitant l'enregistrement à trois génériques et deux biosimilaires par spécialité, verrouillant l'accès à l'investissement dans le secteur.

La Société algérienne des affaires réglementaires (SAARPE) salue la digitalisation mais rejette ce plafonnement, plaidant pour le maintien du taux d'intégration en valeur comme critère principal d'évaluation des projets.

Des experts alertent que cette mesure créerait des oligopoles protégés, provoquerait un désinvestissement massif et renchérirait la facture d'importation des matières premières, fragilisant l'industrie nationale.

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L’Algérie s’apprête à mettre de nouvelles conditions pour l’investissement dans l’industrie pharmaceutique. Un projet de rationalisation et de digitalisation de l’accès à l’activité a été annoncé mardi 8 septembre par l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP).

Parallèlement, le principe de limitation du nombre de produits par spécialité est retenu. La décision a fait réagir la Société algérienne des affaires réglementaires et de pharmacoéconomie (SAARPE).

Industrie pharmaceutique : vers la création de monopoles 

Cette dernière salue dans un communiqué diffusé samedi 12 septembre la démarche de digitalisation et de modernisation de la gestion de l’accès aux produits pharmaceutiques, qui constitue, selon elle, “une évolution importante en matière de transparence, de traçabilité, de visibilité réglementaire et d’adaptation de l’offre pharmaceutique aux besoins de santé publique”.

Elle émet néanmoins des réserves sur le principe de limitation du nombre de produits par spécialité. De quoi s’agit-il ?

Suivant les explications fournies, la proposition limite l’enregistrement à trois produits génériques et deux biosimilaires (génériques des produits biotech, oncologie…). Autrement dit, il n’y aura pas de nouvel enregistrement si le seuil indiqué est atteint sur le marché.

Ce qui équivaut à l’abandon de la disposition en vigueur qui stipule que l’enregistrement ou son renouvellement doit se faire en fonction du taux d’intégration en valeur.

“La rationalisation de l’accès au marché pharmaceutique constitue un objectif légitime. Elle doit cependant être articulée avec les critères objectifs et mesurables déjà consacrés par la réglementation algérienne”, plaide l’association que préside l’ancien ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed.

Le critère principal doit être le taux d’intégration qui constitue “un indicateur pertinent de la performance industrielle et de la contribution réelle d’un projet à l’économie nationale”, afin que “la rationalisation recherchée puisse pleinement contribuer au développement d’une industrie pharmaceutique nationale compétitive, durable et créatrice de valeur », complète la SAARPE.

Les professionnels plaident pour le critère du taux d’intégration 

Dans son argumentaire, la SAARPE explique que lorsqu’une spécialité est déjà représentée sur le marché, l’examen d’un nouveau produit pourrait notamment prendre en considération sa contribution industrielle et économique, en particulier sa capacité à présenter un taux d’intégration en valeur supérieur ou plus favorable à celui des produits déjà représentés.

“Une telle approche permettrait de favoriser la concurrence par la performance plutôt que la concurrence par le seul historique des enregistrements”, indique-t-elle.

Les nouvelles dispositions risquent d’ “hypothéquer toute la progression de l’industrie pharmaceutique algérienne, qui s’intégrait en valeur de plus en plus, au profit de la mise en place d’oligopoles qui bénéficieront d’une rente de situation”, confirme à TSA un spécialiste du secteur.

Pour lui, si cette mesure est adoptée, elle provoquerait “une nette régression du secteur et conduirait à un désinvestissement important” sans compter les perturbations d’approvisionnement prévisibles en cas de défaillance des opérateurs déjà en place.

L’intégration en valeur permet la baisse continue de la facture d’importation des matières premières et autres intrants, assure-t-il, mettant en garde contre la remise en cause de ce fondement de la politique pharmaceutique nationale qui déboucherait sur une industrie pharmaceutique qui “générerait moins de valeur ajoutée, participant peu au PIB du pays et générant une facture d’importation considérable”.

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