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Aux portes de Tiaret : A Aïn Dheb, le sable grignote l’asphalte

Par Amellal Fawzi•7 min de lecture
Brifa
Aux portes de Tiaret : A Aïn Dheb, le sable grignote l’asphalte
Résumé IA

Le sable du désert envahit la route nationale 23 près d'Aïn Dheb, à seulement 60 km de Tiaret, forçant les déneigeuses à dégager des dunes en plein été.

Ce phénomène touche tout le sud de la wilaya et menace l'équilibre écologique de la steppe algérienne, zone tampon vitale de 20 millions d'hectares entre le Tell et le Sahara.

Les campagnes de reboisement ponctuelles et médiatisées échouent faute de suivi technique, de protection contre le surpâturage et d'irrigation, laissant la majorité des plants sécher sur place.

La désertification s'accélère sous l'effet conjugué du surpâturage qui a détruit la végétation fixatrice, du piétinement qui pulvérise les sols et du dérèglement climatique qui multiplie les tempêtes de sable.

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Lundi 24 août, sur le tronçon stratégique de la route nationale 23 reliant Aïn Dheb à Aflou, la visibilité devenue presque nulle s’est doublée d’un spectacle sidérant. Capturée sur le vif par l’objectif vigilant d’une ancienne consœur au regard toujours affûté, l’image résumait à elle seule l’urgence de la situation : ce n’est pas la neige que les engins de la viabilité routière tentaient de dégager en plein été, mais d’imposantes lames de sable orange. Voir une déneigeuse détournée de sa fonction première pour fendre des dunes accumulées sur l’asphalte relève du choc visuel. Un cliché brut qui met à nu le quotidien d’une menace désormais immédiate : la progression inexorable du désert vers le nord. Il est vrai que l’office national de la météorologie ait tiré la sonnette d’alarme à travers un BMS alors que la région était placée en vigilance orange mais sur le terrain, la météo s’est matérialisée par une réalité physique d’une brutalité saisissante.

A 60 kilomètres du chef-lieu : le front de l’aride à nos portes

Évoquer Aïn Dheb, ex-La Fontaine, ex-El Oussekh, ce n’est pas parler d’un confins saharien lointain ou d’une oasis isolée. C’est évoquer le verrou sud du chef-lieu de wilaya. Une soixantaine de kilomètres à peine séparent cette commune steppique de Tiaret. A peine à vol d’oiseau. Une distance dérisoire à l’échelle de la dynamique désertique, qui rappelle que la ligne de front ne se situe pas au-delà du Grand Erg, mais bien aux marges immédiates de notre bassin agricole et des hautes plaines du Sersou.
Le phénomène ne se limite pas à un tronçon bitumé. De Chehaïma à Nadorah, en passant par Aïn Dheb et les limites de Ksar Chellala, c’est tout le sous-ensemble méridional de la wilaya qui vacille. Et au-delà, c’est l’ensemble de la steppe algérienne, ce ruban vital de plus de 20 millions d’hectares s’étirant de Naâma à Tébessa qui voit ses équilibres écologiques séculaires voler en éclats. Cette zone-tampon fondamentale entre le Tell et le Sahara perd progressivement sa couverture biologique, transformant des parcours jadis fertiles en couloirs d’érosion éolienne incontrôlable.

Le leurre des campagnes de reboisement événementielles

Face à la régression continue de cet écosystème, les réponses apportées posent une lourde question d’efficacité. Chaque année, des campagnes de plantation très médiatisées sont organisées à l’occasion de journées nationales ou d’opérations de volontariat. Des milliers de jeunes plants sont mis en terre sous les projecteurs, portés par un élan institutionnel ou associatif indéniable.
Pourtant, le constat sur le terrain reste d’une sévérité implacable : ces opérations épisodiques ne modifient en rien la trajectoire du phénomène. Une fois les discours prononcés et les caméras éteintes, l’absence de suivi technique, de protection physique contre les troupeaux et d’irrigation régulière condamne la majorité de ces arbres à sécher sur place. Ces actions coup de poing, aussi bien intentionnées soient-elles, s’apparentent à des pansements dérisoires sur une plaie écologique béante. Planter sans garantir la pérennité du plant revient à entretenir l’illusion d’une réponse face à un péril structurel.

Surpâturage et rupture pastorale : Les racines du mal

Si le sable envahit aujourd’hui la RN23, c’est parce que la steppe a perdu son arme de défense naturelle : sa végétation pérenne. Les spécialistes du pastoralisme et de l’aménagement du territoire pointent une conjonction de facteurs destructeurs :
La dégradation du tapis végétal par le surpâturage : L’abandon progressif des pratiques traditionnelles de mise en défense (gdal), qui accordaient autrefois des périodes de repos biologique aux sols, couplé à la sédentarisation des élevages et à l’augmentation du cheptel ovin, a décapé le sol. Des espèces emblématiques comme l’Alfa (Stipa tenacissima) et l’Armoise blanche, qui agissaient comme de véritables crampons biologiques pour fixer la terre, ont drastiquement régressé.
Le piétinement et la déstructuration des sols : La concentration des troupeaux et la circulation mécanique effrénée sur des sols mis à nu brisent la croûte superficielle. La terre arable, pulvérisée, devient une proie facile pour les chasses-sable dès que souffle le sirocco.
L’amplification par le dérèglement climatique : La raréfaction des précipitations et l’élévation des températures moyennes accélèrent la désertification des zones arides, transformant le moindre épisode de vent fort en tempête de sable capable d’asphyxier le réseau routier.

Au-delà du déblaiement d’urgence : Repenser la stratégie

Au quotidien, les agents des travaux publics font preuve d’un dévouement remarquable pour maintenir la circulation et assurer la sécurité des usagers sur la RN23, un axe vital pour le transit des marchandises et des personnes entre les wilayas du Nord et du Sud. Mais le passage répété des engins de déblaiement ne fait que traiter la conséquence ultime d’un problème situé bien en amont.
Pour stopper cette avancée qui menace directement le cœur de la wilaya de Tiaret, il est impératif d’affranchir la lutte contre la désertification de la logique événementielle. La situation exige une stratégie globale et concertée :
Mettre en place une véritable cogestion des parcours steppiques avec les éleveurs locaux, garantissant le respect strict des périodes de régénération végétale.
Privilégier la fixation biologique des dunes par des essences locales rustiques et adaptées aux faibles pluviométries, assortie d’un plan rigoureux de suivi et d’entretien sur plusieurs années.
Moderniser le programme du Barrage Vert en s’appuyant sur des cartographies scientifiques récentes pour cibler prioritairement les couloirs d’avancée du sable. La photo prise ce lundi entre Aïn Dheb et Aflou n’est pas une simple anecdote estivale. Elle est le symptôme visible d’une rupture d’équilibre majeur. Si nous continuons à répondre à la désertification par des cérémonies de plantation sans lendemain et des déneigeuses de secours, le sable ne se contentera plus de couper la RN23 : il finira par s’installer durablement au cœur de nos cités. 

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