Les Emirats s’engouffrent dans l’isolement régional

Un rapport de Foreign Affairs avertit que les Émirats arabes unis s'orientent vers un isolement régional sans précédent en raison de leur politique radicale et de leurs interventions militaires controversées au Yémen, au Soudan et en Afrique.
L'Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec Abou Dhabi, dénonçant sa normalisation avec Israël, son soutien au MAK, sa protection de fugitifs et ses tentatives d'encerclement du Sahel.
Dubaï est qualifiée de capitale du blanchiment d'argent, la police espagnole ayant récemment démantelé un réseau lié à la «Dubaï Bank» avec 21 arrestations et 20 millions d'euros saisis.
Malgré l'aide algérienne au développement pétrolier émirati dans les années 1970, les Émirats mènent aujourd'hui une stratégie qualifiée d'impérialiste en Afrique par le Financial Times.
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Le Quotidien d'Oran
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C’est la conclusion de plusieurs enquêtes sérieuses et de rapports lourds, qui affirment que les Emirats arabes unis, avec lesquels l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques, se dirigent vers un isolement régional sans précédent et un avenir incertain.
Un récent rapport publié par la revue américaine ‘Foreign Affairs’, rédigé par Andrew Leber, chercheur à la Fondation Carnegie pour la paix internationale, intitulé : «Can the UAE go it alone?» (Les Emirats peuvent-ils avancer seuls ?), prévient que la trajectoire suivie par les Emirats les conduit vers un avenir incertain et un «isolement régional sans précédent», au détriment de leurs relations traditionnelles avec leur environnement arabe. Le rapport qualifie le discours officiel émirati de «radical», soulignant que les Emirats suivent une politique de «gestion de la fragmentation pour empêcher l’effondrement total», ce qui expliquerait leurs interventions militaires et financières controversées au Yémen, au Soudan, dans la Corne de l’Afrique et dans le voisinage régional africain.
Le rapport a indiqué que la voie choisie par Abou Dhabi, en continuant d’étendre son influence en dehors des normes régionales habituelles, conduit vers un isolement qui pourrait coûter cher aux Emirats à moyen et long termes, tant sur le plan politique qu’économique, soulignant que cette tentative de se dissocier du consensus arabe révèle des tensions internes sur la définition même du rôle et de l’avenir des Emirats au sein d’un environnement régional qui ne peut être ignoré.
Il est certain que ces «graves conséquences» contre lesquelles a mis en garde le rapport, sont les mêmes que celles dénoncées par le Gouvernement algérien.
En effet, «face à la multiplication des agissements provocateurs et hostiles de la part des Emirats arabes unis, l’Algérie a fait montre d’une grande retenue et d’un sens élevé des responsabilités et n’a cessé, dans un esprit de respect des principes qui régissent les relations entre Etats, d’appeler leur attention et de les mettre en garde contre les graves conséquences de leur comportement regrettable et injustifiable». La décision du Gouvernement algérien de rompre ses relations diplomatiques avec cet Etat-relais ne relève pas d’une réaction conjoncturelle, car la diplomatie algérienne, avec son poids historique, ses principes constants et sa réputation reconnue par tous, a traité la politique inconsidérée d’Abou Dhabi en soumettant les relations bilatérales à une planification stratégique rigoureuse qui équilibre entre les principes constants, au premier rang desquels l’intérêt national, la sécurité nationale et la souveraineté de la décision, et les circonstances fluctuantes.
Dubaï, la capitale de l’argent sale
Il ne s’agit donc pas d’un différend sur la position ou l’orientation, mais bien de la fracture qui sépare un État souverain, dont les politiques intérieures et extérieures reposent sur une vision stratégique à long terme, et un État-relais, qui fonde ses politiques sur des intérêts étroits et des rôles de procuration, quitte à semer le chaos et la destruction et à faire couler le sang pour atteindre ses fins.
Parmi les raisons ayant conduit à la rupture des relations diplomatiques, plusieurs diplomates algériens évoquent «la normalisation avec l’entité sioniste et le soutien très actif aux visées hostiles de l’axe Rabat-Tel Aviv», ainsi que les ingérences répétées dans les affaires intérieures, à travers un soutien effectif et déclaré au mouvement ‘MAK’, la protection de fugitifs recherchés par la justice algérienne, la tentative d’encerclement de la région du Sahel, et la volonté d’établir des partenariats et des investissements suspects sur le plan bilatéral, qui ne sont en réalité que des instruments de détournement. A ce propos, d’innombrables rapports classent les Emirats comme une plaque tournante du blanchiment d’argent et Dubaï comme la capitale de l’argent sale. Il y a quelques jours, la police espagnole a démantelé un vaste réseau de blanchiment d’argent lié à ladite «Dubaï Bank», qui offrait des services à des figures de proue du trafic international de cocaïne en Europe, avec l’arrestation de 21 individus dans plusieurs pays et la saisie d’avoirs d’une valeur de 20 millions d’euros. Malgré leur supposée influence, les Emirats ont échoué à dissimuler leurs viles manœuvres, en tentant de bloquer un rapport de l’ONU sur les réseaux de soutien extérieur aux milices des Forces de soutien rapide au Soudan, publié récemment par la Mission internationale indépendante d’établissement des faits pour le Soudan.
La présence des Emirats arabes unis dans plusieurs crises régionales et africaines s’appuie sur des interventions indirectes, notamment en offrant un soutien financier à des acteurs et réseaux locaux influents, devenant, ainsi, le chef d’orchestre de tous les conflits, avait rapporté le média britannique «Middle East Eye.»
Dans une tribune publiée par l’analyste David Hearst, le média a souligné que les Emirats «normalisent un état de guerre permanent au Moyen-Orient». Dans ce même cadre, une enquête publiée récemment par le Financial Times a qualifié « d’impérialiste » la stratégie d’influence exercée par les Emirats arabes unis en Afrique, notamment à travers un dosage sournois entre investissement et soutien militaire à des parties au dépends d’autres dans les conflits guerriers. Enfin, pour réveiller un peu la mémoire courte de certains, l’Algérie, fidèle à ses principes, a répondu favorablement au début des années 70 à la sollicitation de Cheikh Zayed ben Sultan Al Nahyan (le père de Mohammed ben Zayed) demandant à l’Algérie de contribuer à la création et au développement du secteur pétrolier des Emirats, après que les puissances étrangères et les sociétés multinationales ont spolié leurs richesses souterraines.