L’art de répondre sans comprendre
L'école algérienne réussit à faire entrer les enfants dans ses murs, mais échoue à leur apprendre à penser par eux-mêmes une fois diplômés.
Les élèves accumulent des réponses apprises par cœur, sans jamais construire une compréhension profonde, répétant le monde sans l'interroger.
Être véritablement éduqué, c'est passer du réflexe de récitation à celui du doute fertile, où le savoir devient une inquiétude créatrice.
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Le Quotidien d'Oran
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Massivement. Généreusement. Obstinément. Mais une école ne se juge pas au bruit de ses portes qui s’ouvrent. Elle se juge au silence de ce qui reste, une fois qu’on en sort. Et dans ce silence, quelque chose inquiète.
Trop souvent, l’élève apprend à redire le monde comme on récite une prière apprise par cœur — sans trembler, sans hésiter, mais aussi sans comprendre. Il accumule des réponses comme on empile des pierres, sans jamais construire la maison. Il sait, mais ne voit pas. Il répète, mais ne pense pas toujours.
Puis il avance, diplôme en main, vers un réel qui ne ressemble à aucune question déjà posée. Et là, il hésite. Ce n’est pas un échec spectaculaire. C’est plus subtil : une fragilité intérieure, une difficulté à habiter le monde, à l’interroger, à y prendre place autrement qu’en répétant une leçon. On parle souvent de réformes comme on parle de saisons : elles passent, reviennent, changent la couleur des textes et des programmes. On réécrit, on ajuste, on corrige. Mais quelque chose résiste, comme une vieille pierre sous la peinture neuve. Car la vraie question est ailleurs. Elle ne s’écrit pas dans les circulaires.
Comment apprend-on à penser ?
Comment fait-on naître, chez un enfant, ce moment où il cesse de répéter pour commencer à comprendre ? Ce moment où le savoir n’est plus une réponse, mais une inquiétude fertile ?
C’est là que l’école se joue vraiment — dans cet instant presque invisible où un élève découvre qu’il peut douter, relier, inventer. Qu’il peut, face au monde, ne pas seulement répondre, mais interroger. Et cet instant-là ne se décrète pas. Il se transmet, presque en secret, dans une manière de parler, d’écouter, de regarder. L’école algérienne a réussi à faire entrer les enfants dans ses murs. Il lui reste, peut-être, à leur apprendre à en sortir autrement, non pas chargés de réponses, mais habités par des questions. Car être éduqué, au fond, c’est peut-être cela : ne plus répéter le monde — mais commencer, enfin, à le comprendre.