Essais nucléaires français en Algérie : La France appelée à plus de transparence et de responsabilité

Par Amel Blidi•9 min de lecture
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Essais nucléaires français en Algérie : La France appelée à plus de transparence et de responsabilité
Résumé IA

Le ministère français des Armées a reconnu avoir remis un dossier sur les conséquences des essais nucléaires à l'Algérie lors de la visite de Macron en août 2022, mais ce document reste inaccessible au public.

Entre 1960 et 1966, la France a réalisé 17 explosions nucléaires et 35 autres expérimentations à Reggane et In Ekker, laissant sur place déchets radioactifs et matériels irradiés sans transmettre les cartes précises d'enfouissement.

Plusieurs groupes de travail franco-algériens créés depuis 2008 n'ont jamais publié leurs résultats, tandis que l'AIEA réclame depuis 2005 la poursuite des investigations radiologiques sur ces sites.

L'Algérie a lancé en février 2026 une première décontamination à Taourirt Tan Afella, et 42 députés français demandent une commission d'enquête, alors que les ONG exigent la déclassification des archives, la remise des cartographies et un financement partagé de la réhabilitation.

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Depuis des années, les autorités algériennes réclament à la France la communication des cartes, plans et archives permettant de localiser précisément les zones contaminées et les déchets enfouis.

Plus de soixante ans après les derniers essais nucléaires français dans le Sahara algérien, une révélation du ministère des Armées vient relancer la question des déchets radioactifs restés en Algérie. Dans un communiqué signé par l’Observatoire des armements et «Ican ‘France», les autorités françaises sont interpellées sur la transparence et la responsabilité autour de ce dossier. Il leur est demandé de rendre public le dossier remis à la partie algérienne, ainsi que l’ensemble des cartes et informations détenues par la France concernant les déchets enfouis et les zones radiologiquement contaminées. Il leur est également demandé de mettre en place un groupe de travail spécifique chargé d’établir un état des lieux complet et de formuler, au plus vite, des recommandations pour la prise en charge sanitaire des victimes et la réparation des conséquences des essais nucléaires. Le communiqué souligne que dans une réponse publiée le 8 septembre 2026 à une question écrite déposée le 3 mars par la députée Sabrina Sebaihi, le ministère français des Armées a reconnu qu’un dossier consacré aux conséquences des essais nucléaires a été remis aux autorités algériennes lors de la visite officielle d’Emmanuel Macron en Algérie, du 25 au 27 août 2022.
Il est à rappeler qu’entre 1960 et 1966, la France a réalisé 17 explosions nucléaires et 35 autres expérimentations nucléaires dans le Sahara algérien, principalement à Reggane et In Ekker.
Lorsque la France a quitté ces territoires, elle a rapatrié ses archives. Mais les déchets radioactifs et non radioactifs ont été laissés sur les anciens sites d’expérimentation. Le rapport «Sous le sable, la radioactivité» publié en 2020 par ICAN France et l’Observatoire des armements, a notamment documenté la question des matériaux et déchets abandonnés dans ces zones. Depuis des années, les autorités algériennes réclament à la France la communication des cartes, plans et archives permettant de localiser précisément les zones contaminées et les déchets enfouis. «Si toutes les informations disponibles ont déjà été rassemblées dans un dossier remis à Alger en 2022, pourquoi ces documents restent-ils inaccessibles au public ?», interroge-t-on. Et les rédacteurs du communiqué de s’interroger : s’agit-il des archives originales françaises ou de reproductions ? Quelles cartes ont été transmises ? Quels documents décrivent les zones contaminées ? Les emplacements des déchets enfouis y sont-ils précisément cartographiés ? Les données radiologiques et environnementales disponibles ont-elles également été communiquées ?

Nécessité de poursuivre les investigations

Et surtout : pourquoi le contenu de ce dossier n’a-t-il jamais été rendu public depuis sa remise, il y a quatre ans ? Le fait est que ces informations ne concernent pas seulement les relations diplomatiques entre Paris et Alger mais qu’elles intéressent directement les populations vivant à proximité des anciens sites d’essais, les chercheurs, les médecins, les associations, les journalistes et, plus largement, tous ceux qui cherchent à comprendre les conséquences sanitaires et environnementales de cette histoire nucléaire. La transparence apparaît d’autant plus nécessaire que les conséquences des essais ne se sont pas arrêtées avec la dernière explosion. Dans sa réponse, le ministère des Armées évoque également le groupe de travail franco-algérien créé en 2008, sous les présidences de Nicolas Sarkozy et Abdelaziz Bouteflika, afin d’étudier notamment la réhabilitation des anciens sites d’expérimentations nucléaires françaises au Sahara. Mais près de vingt ans après sa création, rappelle le communiqué, les travaux de ce groupe n’ont jamais été rendus publics. Un autre groupe avait été mis en place en 2012, sous la présidence de François Hollande. Là encore, les résultats de ses travaux demeurent largement inconnus. A la suite d’une mission effectuée en 1999, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avait publié en 2005 un rapport consacré à la situation radiologique des anciens sites français d’expérimentations nucléaires en Algérie. Ce rapport constituait une évaluation préliminaire. Il soulignait notamment la nécessité de poursuivre les investigations et d’améliorer les connaissances relatives à la situation radiologique et environnementale de ces territoires.
Le sujet a connu un regain d’attention en 2025, lorsque les conséquences des essais français ont de nouveau été évoquées en marge de la 69e Conférence générale de l’AIEA. En Algérie, le 13 février 2026, une première opération de décontamination a été engagée sur l’ancien site des explosions souterraines de Taourirt Tan Afella, dans la région d’In Ekker. Dans ce contexte, la proposition de résolution déposée à l’initiative de la députée Dominique Voynet et soutenue par 42 parlementaires issus de plusieurs courants politiques vise à créer une commission d’enquête sur la politique française d’expérimentation nucléaire en Algérie.
A l’heure où l’Algérie a engagé ses premières opérations de décontamination, où l’AIEA poursuit ses travaux sur les conséquences radiologiques des activités nucléaires et où des parlementaires français demandent la création d’une commission d’enquête, les rédacteurs du communiqué estiment que l’heure n’est plus au silence. 

Sites contaminés : le dossier que la France refuse encore d’ouvrir

A Reggane comme au Hoggar, matériels irradiés, sols contaminés et déchets radioactifs enfouis sans cartographie transmise aux autorités algériennes demeurent sur place, plus de soixante ans après les derniers tirs. Ces zones sont aujourd’hui interdites d’accès, bouclées et surveillées par l’armée algérienne, faute d’un état des lieux fiable fourni par la puissance qui les a irradiées. La France dispose pourtant, dans les archives du Commissariat à l’énergie atomique et du ministère des Armées, des éléments qui permettraient de lever ce flou : protocoles des essais, relevés de dosimétrie réelle, plans d’enfouissement, rapports sur la dispersion des retombées. Une partie reste classifiée ou n’a jamais été transmise à Alger, une rétention qui empêche toute décontamination rigoureuse et tout suivi épidémiologique sérieux. Trois obligations en découlent, aucune n’étant à ce jour pleinement honorée : déclassifier l’ensemble du dossier sans invoquer un «secret défense» a posteriori sur des documents vieux d’un demi-siècle ; remettre à l’Algérie les cartographies précises des sites d’enfouissement ; et financer, aux côtés de l’Algérie et non à sa seule charge, la décontamination des sols et le suivi sanitaire des populations. Sans ces trois actes, la réforme de l’indemnisation individuelle ne traite qu’une partie du dossier : elle répare, au mieux, les malades d’hier, sans rien garantir aux populations nomades qui traversent aujourd’hui près de sols dont la France n’a jamais rendu publique la carte complète. S. A. H.

Comment déposer une demande d’indemnisation

Conditions. Trois critères cumulatifs ouvrent droit à la présomption de causalité : avoir séjourné dans les zones concernées (Reggane, In Ekker, ou les zones polynésiennes) durant les périodes des essais (1960-1998) ; être atteint de l’une des 23 pathologies radio-induites reconnues (leucémies, cancers du sein, de la thyroïde, du poumon, du côlon, de l’estomac, cancers cutanés hors mélanome, lymphomes, myélomes…) ; ou, pour les ayants droit, prouver le décès de la victime des suites de l’une de ces pathologies. Dossier. Documents d’état civil, justificatifs médicaux, et toute preuve de présence dans la zone et la période concernées (témoignages, affectations militaires, contrats de travail, actes administratifs). Envoi. Par lettre recommandée avec accusé de réception au Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen), 101 rue de Grenelle, 75 007 Paris. Formulaires disponibles en plusieurs langues sur le site du Civen. Délais. Le Civen dispose de huit mois pour se prononcer ; sans réponse dans ce délai, la demande est réputée rejetée. En cas de refus, deux mois pour saisir le tribunal administratif du lieu de résidenceou, pour un demandeur algérien, désigner un avocat en France. Contact. Civen : +33 1 42 75 72 30, du lundi au vendredi, 9h-12h et 13h 30-16h 30 (heure de Paris). Un accompagnement par un avocat spécialisé en dommages corporels, bien que facultatif, est vivement recommandé. S. A. H.

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