Livres - Miss Elaine and Mme Klein-mokhtefi

Par Belkacem Ahcene-Djaballah•13 min de lecture
Brifa
Livres - Miss Elaine and Mme Klein-mokhtefi
Résumé IA

La réédition des mémoires d'Elaine Mokhtefi, née Klein à New York en 1928, rend hommage à cette Américaine devenue algérienne par conviction, qui a traversé l'histoire de l'indépendance depuis le Paris des années 1950 jusqu'à l'Algérie post-coloniale.

Militante antiraciste et anticolonialiste, elle travaille comme interprète pour l'ONU, rejoint le GPRA à New York en 1960, puis s'installe à Alger en 1962 où elle occupe des postes à la présidence, à l'APS, à la RTA et à l'école de journalisme, tout en servant de liaison pour les mouvements de libération et les Black Panthers d'Eldridge Cleaver.

Expulsée d'Algérie en 1974 après son mariage avec le moudjahid Mokhtar Mokhtefi, elle vit à Paris puis à New York, avant d'être invitée à fêter ses 97 ans à Alger et de recevoir la nationalité algérienne par décret présidentiel cet été.

Son récit, mêlant aventures personnelles et indiscrétions politiques sur Ben Bella, Cleaver et le système algérien, se lit comme un roman tout en radiographiant les premières décennies de l'Algérie indépendante.

L

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Le Quotidien d'Oran

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Re-publiée en hommage à une héroïne -

américaine de naissance et algérienne de cœur, de conviction, d’engagement... et de nationalité - de la guerre de Libération nationale)

Pour Elaine, «la vie était une véritable aventure» et à la lire, on ne peut que la croire (les amis de mon âge ayant travaillé dans le secteur de l’Information et de la Culture et les étudiants et enseignants de l’Enjsj de la rue Jacques Cartier... durant les années 70, se souviennent certainement bien d’elle).

A vingt-trois ans, en décembre 1951, elle (la militante de gauche anti-raciste, socialiste et anticolonialiste et membre très active de la branche étudiante des United World Federalists (sorte de militants pour un «gouvernement mondial» assimilé au «communisme» par la droite et ne supportant plus entre autres le Mc Carthysme) quitte les States (Newport News) et se rend en Europe dans un petit bateau transatlantique néerlandais. Paris ! Elle découvre une ville grise, ayant certes perdu sa superbe car sortie d’une occupation, mais «non sans fantaisie». Mais, elle découvre aussi la sous-classe et la sous-culture des travailleurs algériens et nord-africains immigrés. Elle raconte «l’effet lumière» dont elle a été marquée: Le 1er Mai 1952, elle a assisté à la mise à l’écart du défilé des syndicats des ouvriers algériens. Et, le 14 juillet, la police française tire sur des manifestants algériens, blessant des centaines et tuant sept d’entre eux.

Maîtrisant de plus en plus le français, elle arrive à se faire embaucher comme interprète ou traductrice et participe à pas mal de réunions internationales organisées par l’Unesco, la Fao, Association des juridiques démocrates... payée souvent par les délégations (en 1953, le gouvernement Eisenhower avait introduit un «serment de fidélité» pour tout employé des Nations unies. Aucun Américain ne pouvait être embauché de quelque façon que ce soit - ni pour une heure ni pour une journée- par une agence spécialisée de l’Onu sans présenter un document connu sous le titre de «clearance». Elle n’a jamais pu l’avoir... le Fbi veillant au grain. C’était le temps de la guerre froide....et de la décolonisation accompagné de luttes armées ! Elle s’implique à fond.

A Accra, elle rencontre, au début de la guerre d’Algérie, Mohamed Sahnoun et Franz Fanon... De retour aux Etats-Unis en septembre 60, elle rencontre, grâce à Sahnoun, Abdelkader Chanderli (journaliste parlant cinq langues) et accepte de travailler dans son équipe (46ème rue à l’est de Manhattan) aux Nations unies. Le début de son «aventure algérienne» : des activités intenses et des rencontres formidables... et des éclairages instructifs. Le reste est simple. A l’indépendance, elle «rentre» en Algérie en octobre 62. A ses côtés, dans l’avion, un simple hasard du grand retour au pays, Abdelhamid Benzine !

Du travail, à l’époque, il y en avait : l’Onat, puis au bureau de presse et d’information de la Présidence (avec Cherif Guellal) , puis journaliste à l’Aps, puis à la Rta (1968), et enseignante de journalisme (à l’Ensj-J.Cartier), puis ministère de l’Information... tout cela dans une ville, Alger, à la vie nocturne «plutôt monotone» mais avec une vie «parallèle» (entre amis, en «famille», entre collègues...) bien remplie et des soirées assez pleines. Ah, les nuits d’Alger ! (évoquées très rapidement mais plein d’«images») De plus, des invitations aux réceptions officielles en veux-tu en voilà. On faisait souvent appel à elle pour traduire ou servir d’interprète lors des conférences internationales.

Alger constituant un carrefour pour tous les mouvements de libération et antifascistes des années 60 («Alger Mecque des révolutionnaires» mais aussi refuge de pas mal de «Pirates de l’air», sorte de corsaires des temps modernes), elle devint assez rapidement une sorte d’agent de liaison assez demandé par les uns et par les autres. Des noms prestigieux : Tambo, Mandela, Nkomo, Nujoma... Stokely Carmichael...

Puis, en juin 1969, la vie allait prendre une autre tournure «dramatique» en la catapultant dans l’orbite du Parti des Black Panthers (Bpp)... et de son dirigeant Elridge Cleaver....arrivé (avec sa femme Kathleen) clandestinement en Algérie, après avoir quitté la Havane (car devenu un «fardeau» pour Cuba)... Toute une histoire mais que d’histoires... et que de «révélations» (sur le mariage de Ben Bella alors emprisonné avec Zohra Sellami, sur les nombreuses «aventures» amoureuses de Elridge Cleaver (un «obsédé du sexe») , sur les finances des Panthers, sur les luttes intestines, sur la vie d’«Américains» à Alger, sur les pressions des «services»...) !

Février 1972, c’est la rencontre avec son futur époux... puis son «expulsion» le 29 janvier 74 (laissant tout derrière elle : vêtements, bijoux, meubles, toiles, photos... Bien sûr, l’appartement fut vite vidé puis occupé par une amie d’un haut responsable de la police). Revenue à Alger avec un visa en bonne et due forme, elle est «remise» dans l’avion qui l’avait ramenée de Paris et ce sans explications. Elle était sur la «liste» ! Elridge Cleaver était, lui, accueilli à Paris avec sa femme... avant de se rendre à la justice américaine. «Il finira moins grand».

Novembre, Mokhtar la rejoint. Paris durant plusieurs années, un mariage célébré en 1991 en Floride, puis l’installation définitive à New York en 1994...! Que «histoires» vécues par une jeune Américaine progressiste, ayant fait un pan de l’«Histoire» du pays ; celle de la guerre et celle du développement.

L’Auteure : Elaine Mokhtefi, née Klein à New York en 1928 est issue d’une famille juive (non pratiquante) très modeste. Sa participation à la lutte pour l’indépendance de l’Algérie (à partir de New-York et de la France) va l’amener à Alger en 1962. Interprète, traductrice, médiatrice, journaliste (Aps et Rta) , enseignante universitaire (Ecole de Journalisme d’Alger), elle a côtoyé les plus grands. Elle a vécu douze années en Algérie (et durant les années 60, elle a été la seule Américaine à travailler dans l’Administration algérienne)... avant d’être expulsée. Elle n’y est plus revenue, bien que «non rancunière».Mariée à Mokhtar Mokhtefi (voir plus bas), un moudjahid (décédé en 2015). Elle avait l’année dernière fêté ses 97 à Alger à l’invitation du Festival international d’Alger et de l’Association des Amis de la Révolution. Elle devait revenir à Alger le 10 octobre prochain à Alger pour fêter son acquisition de la nationalité algérienne, après que le Président Abdelmadjid Tebboune ait signé cet été le décret de naturalisation.

Extraits : «Dès 1954, la première année du conflit, la torture devenait une arme de guerre employée aussi couramment que le fusil» (p 35), «Ces événements (prise de pouvoir par l’Armée des frontières commandée par Houari Boumediene, fin août-début septembre 1962) allaient avoir une effet durable sur l’avenir du pays : l‘emploi de la force et les méthodes brutales, plutôt que les processus démocratiques, allaient devenir, les instruments essentiels du gouvernement» (p65) «J’imitais la signature de Ben Bella sur ses portraits officiels et les expédiais aux demandeurs. C’était une signature «gonflée» avec des B exagérément ronds. Plus tard, j’y verrais le reflet de sa personnalité» (p 73), «Mon histoire avec l’Algérie ne se terminera jamais. Elle a envahi et occupé mon être durant toutes ces années. J’étais parmi les rêveurs qui y sont allés pour construire un monde nouveau. J’ai cru en le peuple algérien, en son cœur et son âme, à travers la guerre et dans la reconstruction du pays martyrisé. En retour, j’ai reçu affection et reconnaissance, en plus d’un chez moi» (p 245)

Avis : Absolument fascinant ! Se lit comme un roman (avec les mille une aventures dans un Alger qui va faire rêver beaucoup de nos jeunes... dont certains ne vont pas y croire) et s’apprécie comme un essai (car, avec des «vécus» et des «indiscrétions» qui radiographient le «système» politique algérien)

Citations : «Simon Malley m’a un jour confié des informations afin que j’écrive un article pour l’un des journaux égyptiens qu’il représentait. Il avait accompagné sa demande d’un conseil qui allait me guider chaque fois que je m’assiérai devant une machine à écrire : une idée du début jusqu’à la fin. Pas de digression» (p 42), «Les Damnés de la terre est devenue une lecture obligatoire, le manuel de la révolution pour des générations de militants à travers le monde. Pour Huey Newton et Bobby Seale du parti des Blacks Panthers, c’était la philosophie de la violence exemplaire, transformatrice dont avaient besoin les victimes des sociétés racistes» (p 62), «(A propos du discours populiste et du système du parti unique du Fln).On ne voulait pas entendre que ce n’était guère là le chemin de la démocratie. Malheureusement, la gloire d’être devenue une nation souveraine ne suffisait pas à renverser un système mis en place pendant la guerre de libération par des individus versés dans l’intrigue et la machination, et parvenus au pouvoir sur le dos de l’armée du peuple» (p 87)

J’étais Français-musulman. Intinéraire d’un soldat de l’Aln. Mémoires de Mokhtar Mokhtefi. Editions Barzakh, Alger 2016, 342 pages, 900 dinars (Fiche de lecture déjà publiée né en septembre 2027.

Voilà donc un livre qui ne va pas beaucoup plaire aux anciens des Transmissions (et du Malg). Un livre écrit (en tout cas proposé à un éditeur algérien, quelque temps à peine avant le décès de l’auteur) par un combattant de la première heure. Bachelier, il rejoint le maquis en passant au Maroc. Tout un parcours dans les Transmissions de l’Aln ; d’abord au Maroc pour une formation accélérée, en compagnie d’autres jeunes de son âge, dans la plus grande mais aussi la plus oppressante des clandestinités.

Guerre révolutionnaire oblige ! Encore fallait-il qu’elle soit très bien expliquée aux jeunes recrues, ce qui a entraîné bien des désillusions, bien des colères retenues et bien des inimitiés... On le sent bien à la lecture de bien des passages du livre qui raconte beaucoup plus le parcours (presque trop ) personnel de l’auteur que l’Histoire collective d’un pan important de la guerre de libération.

D’où un ouvrage très riche en anecdotes... avec une restitution assez réaliste de scènes vécues au village natal, à l‘école, puis au lycée et lors de la formation (au Maroc), puis au maquis (une véritable grande aventure que celle des Transmissions, qui a, peut-être, avec la formation de 959 techniciens, changé le cours des choses car cela a permis de tisser une Toile communicationnelle concurrençant et parfois dominant le réseau colonial d’informations). Puis en Tunisie.

L’Auteur : Né à Berrouaghia, il rejoint l’Aln (Wilaya 5) en 1957. A l‘Indépendance, il poursuit ses études universitaires en sociologie et en économie à Alger et à Paris. Il occupe plusieurs postes en Algérie puis rejoint la France où il publie des albums, sur l’Afrique du Nord et le monde arabe, destinés aux jeunes. En 1994, il s’installe à New York avec son épouse, Elaine Klein, une journaliste cinéaste (et peintre)...) décédé en 2015

Extraits : (...), «Malgré ses déconvenues, Boussouf reste l’homme dont le bilan est exceptionnel(...), C’était un homme qui n’hésitait pas à aller jusqu’au bout de ses convictions et de ses projets (...), même les plus terrifiants, dont l’assassinat, en particulier, de Abane Ramdane.Après 60 ans de l’histoire du pays, il est temps de regarder les hommes en face.» (p 333)

Avis : Trop long, trop de détails, peu d’analyses, mais un livre –écrit à la première personne - qui tient en haleine, et passionnant surtout pour tous ceux qui veulent connaître l’Histoire racontée dans ses «détails» par un combattant qui n’a pas sa langue «dans sa poche». Un journaliste l’a écrit avant moi (M. C Lachichi, Liberté ) : «Des passages croustillants que, probablement, certains voudront mettre en doute. Mais en vain !» c’est déjà écrit

Citations : «La Révolution utilise toutes les compétences, comme un torrent, elle charrie tout sur son passage» (p 205)

Extraits pour rappel. Fiche complète in www.almanach-dz.com/histoire/bibliotheque d’almanach)

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