Lorsque les astres s’en vont, l’empreinte demeure
Il est des êtres qui, bien que partis, laissent une empreinte durable dans la mémoire collective à travers leur courage, leur créativité ou leur générosité.
Le martyr, l’écrivain et l’artiste illustrent chacun à leur manière cette survivance par l’héritage qu’ils transmettent aux générations futures.
La valeur d’une vie ne se mesure pas à sa durée mais à la trace qu’elle imprime dans le cœur et l’esprit d’autrui.
Publié par
Le Quotidien d'Oran
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
Il est des êtres qui quittent la vie mais laissent derrière eux quelque chose de plus durable que le corps et de plus pérenne que les années: leur empreinte. L’être humain quitte ce monde et la page de sa vie se tourne; pourtant, certaines pages ne se referment jamais. Elles demeurent ouvertes dans la mémoire des peuples, transmises de génération en génération, relatées par les livres, immortalisées par les œuvres et évoquées par les cœurs chaque fois que le besoin se fait sentir d’un modèle de courage, de créativité et de générosité. Il y a ce héros martyr dont la mort ne fut pas une fin, mais le début d’une autre vie dans la conscience de sa patrie. Il s’en est allé en portant une cause en laquelle il croyait, laissant derrière lui un héroïsme que le temps n’altère pas. Les visages peuvent changer et les années défiler, mais son nom gravé dans la mémoire de sa patrie; ses exploits sont racontés aux enfants et perpétuées par les générations, témoignant que certaines âmes choisissent de se sacrifier pour que d’autres puissent vivre dans la liberté et la dignité. Il y a ce grand écrivain dont le corps a disparu, mais dont les mots continuent de veiller aux côtés des lecteurs. Il a clos les yeux sur ce monde, tout en laissant des millions d’autres yeux grands ouverts sur les univers qu’il a façonnés de sa plume. Les livres qu’il a jadis tracés à l’encre font désormais partie de la mémoire humaine; ils sont lus par des générations qui ne l’ont ni connu ni côtoyé, mais qui le découvrent à travers ses verbes, ses personnages et ses idées. Ainsi, l’écrivain demeure présent en chaque lecteur qui ouvre l’un de ses ouvrages, comme si la mort n’avait pu arracher sa voix à la vie. Vient ensuite cet artiste émérite qui a choisi de s’exprimer dans une autre langue; celle de l’image, de la mélodie, du théâtre, du cinéma et du pinceau. Il nous a quittés mais ses œuvres demeurent pour témoigner de lui. Chaque tableau porte une part de son âme, chaque scène issue de sa créativité fait revivre sa voix, et chaque œuvre qu’il a laissé derrière lui prouve que l’art est capable d’offrir à son créateur une vie supplémentaire, que les années ne sauraient mesurer. Tous quels que soient leurs domaines respectifs, partagent une même vérité, la valeur d’un être humain ne se mesure pas uniquement au nombre d’années qu’il a vécues, mais à l’empreinte qu’il a laissée après son départ. Que d’êtres humains ont vécu de longues années pour finalement traverser la vie sans y laisser la moindre trace! Et que d’autres ont eu une vie brève, tout en laissant une empreinte qui a perduré des siècles durant ! L’histoire ne retient pas tous les noms, mais elle garde en mémoire ceux qui ont laissé une empreinte. Elle ne se souvient pas de ceux qui ont vécu pour le simple fait d’avoir vécu, mais de ceux qui ont apporté quelque chose à la vie d’autrui. L’héritage peut être une patrie plus libre, un livre qui éclaire un esprit, un poème qui éveille un sentiment, une toile qui résume une époque, une chanson qui reste gravée dans la mémoire ou un acte d’humanité inoubliable. Peut-être que ce qu’il y a de plus beau dans cet héritage, c’est qu’il ne reste pas prisonnier du passé. Il se transmet de génération en génération. Un enfant lit le livre d’un auteur disparu il y a des années, un jeune homme contemple l’œuvre d’un artiste qui a quitté ce monde, un étudiant découvre l’histoire d’un martyr qu’il n’a pas connu de son vivant, tous découvrent alors que la mort ne signifie pas toujours la fin. L’homme peut perdre sa voix, mais ses mots demeurent. Son visage peut disparaitre, mais son image ne s’efface pas de la mémoire des gens. Son cœur peut cesser de se battre, mais ses œuvres continent de battre au cœur de la vie d’autrui.