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La femme, obsession de nos romanciers ?

Par Mustapha Aggoun•3 min de lecture
Brifa
La femme, obsession de nos romanciers ?
Résumé IA

La littérature algérienne contemporaine place souvent la femme au centre du récit, comme le montrent les romans de Boudjedra, Oulebsir, Zaoui ou Laredj, soulevant la question des motivations de cette fascination récurrente.

L'auteur interroge si cet intérêt vise à dénoncer la condition féminine, briser les tabous ou répondre aux attentes d'un lectorat occidental friand de figures de femmes arabes victimes ou rebelles.

Il plaide pour des personnages féminins plus complexes, capables de refuser l'injustice sans renier leur culture, ni être réduites au rôle de symboles de transgression ou de contestation.

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Le Quotidien d'Oran

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Elle devient le centre du récit, parfois même le moyen par lequel l’écrivain interroge ou défie la société.

 Rachid Boudjedra avec ‘La Répudiation’, Rachid Oulebsir avec ‘La Femme qui écoutait la montagne’, Amin Zaoui avec ‘Le Parfum de la femelle’, Waciny Laredj avec ‘Les Femmes de Casanova’. La liste pourrait être longue. Pourquoi cette fascination ? Pour dénoncer la condition de la femme ? Pour briser les tabous ? Pour exprimer une révolte contre la société? Ou, parfois, pour séduire un lectorat occidental particulièrement attentif à la femme arabe et musulmane lorsqu’elle apparaît comme victime, rebelle ou prisonnière de son milieu ?

Il serait trop facile de donner une seule réponse. Le roman peut dénoncer une injustice sans condamner toute une société. Notre société est musulmane. Elle possède une morale, des valeurs et une certaine conception de la dignité. La pudeur, l’attachement à la famille et le respect de certaines limites ne sont pas nécessairement des formes d’oppression. On peut vouloir faire évoluer la condition de la femme sans considérer que toute notre morale doit disparaître. C’est là que la littérature doit éviter les simplifications. Une femme peut refuser une injustice sans rejeter sa culture. Elle peut chercher sa liberté sans renier ses valeurs. Elle peut être moderne sans être obligatoirement dans la transgression.

Le regard occidental mérite aussi d’être interrogé. La femme musulmane qui se libère, qui défie les interdits ou qui brise les tabous constitue un personnage puissant et immédiatement lisible pour un lecteur occidental. Cette attente existe et le romancier ne peut pas toujours l’ignorer. La question reste alors entière : nos écrivains utilisent-ils la femme pour mieux comprendre leur société ou parce qu’elle est devenue le moyen le plus efficace de la provoquer ? La transgression peut nourrir la littérature. Elle ne suffit pas à faire une grande œuvre. Peut-être faudrait-il simplement laisser davantage de place à une femme plus complexe, ni victime idéale, ni symbole de rébellion. Une femme qui puisse avoir ses contradictions, ses croyances, ses désirs et ses propres choix.

C’est peut-être à cette condition que la femme cessera d’être seulement un instrument de contestation littéraire pour devenir pleinement un personnage.

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