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Les enseignements du conflit en mer Rouge

Par Cherif Lahdiri•4 min de lecture
Brifa
Résumé IA

Le pacte de sécurité saoudo-turco-pakistanais d'août 2026 n'a pas déclenché de riposte collective face aux attaques houthies, révélant l'absence de mécanismes contraignants.

Les intérêts nationaux du Pakistan et de la Turquie ont prévalu sur la solidarité promise, illustrant le doute croissant sur le parapluie américain.

L'Algérie subit une hausse des coûts d'importation due au détournement maritime, tout en bénéficiant d'un baril de Brent au-dessus de 100 dollars.

Cette ambivalence souligne la vulnérabilité algérienne aux chocs extérieurs et accélère la volonté de renforcer la production nationale et la sécurité alimentaire.

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El Watan

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Lorsque les Houthis du Yémen ont agressé les infrastructures gazières saoudiennes, ni Riyad, ni Ankara, ni Islamabad (ni même Washington) n’ont été en mesure de riposter conjointement. Pourtant, le Pacte signé le 7 août 2026 entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan devait incarner une nouvelle architecture de sécurité régionale, une réponse musclée à l’incertitude américaine. Ses signataires n’ont pas hésité à le comparer à l’article 5 de l’OTAN : une attaque contre l’un vaudrait attaque contre tous. Comme attendu, l’épreuve du réel a été cinglante. Ce silence opérationnel n’est pas un accident. Il révèle un flou soigneusement entretenu : le texte intégral du Pacte n’a jamais été rendu public, il n’établit ni commandement militaire commun ni force permanente et ne précise à aucun moment le seuil de gravité (sabotage, frappe de drone, blocus) qui déclencherait une intervention automatique. Une alliance sans mécanisme contraignant reste une déclaration d’intention, pas un bouclier. Ce flou illustre surtout des réticences anciennes.
Le Pakistan a toujours refusé, y compris en 2015, de s’engager militairement aux côtés de Riyad au Yémen, soucieux de préserver ses équilibres avec l’Iran. La Turquie, de son côté, se garde d’affronter directement des milices régionales par procuration. Ces prudences nationales, antérieures au Pacte, n’ont pas disparu avec sa signature, elles en dessinent déjà les limites. Derrière ce manque de solidarité collective se cache une question plus profonde : celle du retrait relatif des Etats-Unis comme garant ultime de la sécurité du Golfe. C’est précisément ce doute croissant qui avait poussé Riyad à chercher des alternatives régionales.
L’ironie est amère : le Pacte censé pallier le désengagement américain s’est montré tout aussi impuissant que la protection qu’il devait remplacer. Les analyses de plusieurs instituts de recherche internationaux convergent sur ce point : dans la région, les intérêts nationaux continuent de primer, largement, sur les promesses de défense collective. Cette crise, en apparence lointaine, ne laisse pourtant pas l’Algérie indemne.
La prise de contrôle par les Houthis de positions stratégiques à l’entrée du détroit de Bab el-Mandeb et, par extension, leur capacité à menacer l’accès au canal de Suez exposent le pays à une double réalité économique, aussi contradictoire que révélatrice. D’un côté, l’insécurité maritime force les armateurs à délaisser la mer Rouge et le canal de Suez au profit du cap de Bonne-Espérance, allongeant les trajets de dix à quinze jours et gonflant les coûts de carburant, d’immobilisation et d’assurance. Les surprimes de risque se répercutent directement sur les marchandises destinées aux ports algériens, notamment les produits plastiques (PET, PEHD, indispensables à l’industrie de l’eau minérale) et les engrais importés d’Asie. La facture globale des importations s’en trouve alourdie. De l’autre côté, la même crise dope les recettes de l’Etat. Les menaces sur le transit pétrolier ont porté le baril de Brent au-dessus de 100, voire 110 dollars ; une aubaine budgétaire pour un pays dont la fiscalité pétrolière finance une bonne partie de la dépense publique.
Cette ambivalence (inflation importée d’un côté, embellie budgétaire de l’autre) ne doit pas se lire comme un équilibre confortable. Elle rappelle plutôt combien l’économie algérienne demeure suspendue aux soubresauts d’un monde qu’elle ne contrôle pas. D’où l’urgence, déjà engagée par les pouvoirs publics, de bâtir une production nationale plus robuste et une sécurité alimentaire et industrielle moins dépendante des flux maritimes lointains.

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