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Une ambassade israélienne à Rabat : le Maroc s’enfonce dans le déshonneur

Par Riyad Hamadi•5 min de lecture
Brifa
Une ambassade israélienne à Rabat : le Maroc s’enfonce dans le déshonneur
Résumé IA

Le Maroc et Israël élèvent leurs relations au rang d'ambassades avec échange d'ambassadeurs, scellant l'acte II de leur normalisation lors d'un accord à New York le 16 septembre.

Ce pas symbolique intervient pendant le génocide à Gaza et l'isolement grandissant d'Israël, menacé de sanctions par ses alliés européens.

Rabat, en crise socio-économique avec l'exode vers Ceuta et sous pression du Parlement européen, tend une perche à Tel-Aviv.

L'annonce coïncide avec la rupture algéro-émiratie, l'interdiction d'entrée aux Algériens et les élections législatives, imposant un fait accompli malgré l'impopularité interne.

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C’est un pas que Rabat a hésité pendant six ans à franchir : ouvrir avec Israël des ambassades dans leurs capitales respectives.

C’est désormais fait. Mercredi 16 septembre, le Maroc, Israël et les États-Unis de Donald Trump ont conclu un nouveau deal à New York dans la continuité de celui de 2020 portant normalisation des relations du royaume avec l’État hébreu en échange de la reconnaissance américaine de sa « souveraineté » sur le Sahara occidental.

Le Maroc et Israël accomplissent l’acte II des Accords d’Abraham

Israël et le Maroc ont convenu de relever leur représentation diplomatique réciproque de bureaux de liaison au rang d’ambassades, avec échange d’ambassadeurs.

Sur le plan pratique, la mesure ne changera pas grand-chose, dans le sens où l’absence d’ambassadeurs n’a pas empêché les deux pays d’aller très loin ces six dernières années dans leur partenariat, y compris -et surtout- militaire et sécuritaire.

Des contrats d’armement pour des centaines de millions de dollars ont été passés, des soldats israéliens ont foulé le sol marocain et vice-versa, des partenariats conclus dans divers domaines et des liaisons aériennes ouvertes.

Les autorités marocaines sont allées jusqu’à expulser leurs propres citoyens de leurs maisons et de leurs terres réclamées par des revenants d’Israël, non sans réprimer brutalement les voix dissidentes et les soutiens de la cause palestinienne. Bref, des ambassades et des ambassadeurs ne feront pas du Maroc et d’Israël de parfaits alliés. Ils le sont déjà.

Forte charge symbolique

C’est la très forte charge symbolique de la nouvelle annonce qui est à retenir. Le royaume de Mohammed VI a franchi le nouveau pas alors que le génocide de Gaza n’a pas tout à fait pris fin et à un moment où Israël est plus jamais isolé à cause précisément des crimes de son armée, aux ordres d’un gouvernement extrémiste de Benyamin Netanyahu, dans l’enclave palestinienne et en Cisjordanie.

C’est une perche de salut que Rabat tend à Tel-Aviv, alors même qu’Israël se rapproche chaque jour davantage de subir l’affront historique de sanctions de la part de ses plus solides alliés européens, la France et la Grande-Bretagne notamment.

S’il est encore tôt pour spéculer sur la contrepartie de ce nouveau deal, le contexte de l’annonce peut fournir des éléments de compréhension des motivations de Rabat.

Le Maroc est dans l’œil du cyclone depuis que des dizaines de milliers de ses jeunes ont tenté une évasion collective vers l’enclave espagnole de Ceuta, signe d’une crise économique et sociale qui s’aggrave.

Les accusations de chantage migratoire ont refait surface et le Parlement européen s’apprête à mettre de nouveau au pilori la monarchie. La perche est peut-être réciproque.

Mohammed VI a franchi toutes les lignes rouges avec la cause palestinienne

La décision survient aussi au moment où les développements s’accélèrent et bousculent la carte géopolitique au Moyen-Orient. Le timing interpelle également par la coïncidence de ce renforcement des relations entre Rabat et Tel-Aviv avec la décision de l’Algérie de rompre ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, à la fois alliés d’Israël et du Maroc.

Le jour même de la divulgation du deal de New York, le Maroc a décidé d’interdire l’accès à son territoire aux Algériens non-résidents. Un hasard ?

En interne, ce renforcement de la relation avec Israël intervient à une semaine des élections législatives. Étonnant quand on sait l’impopularité de la normalisation auprès de l’opinion publique marocaine.

On peut penser que le gouvernement en place veut mettre le prochain devant le fait accompli même si, contrairement à la société, la classe politique marocaine ne diverge pas sur la question. Faut-il rappeler que la normalisation a été ratifiée de la main d’un chef de gouvernement islamiste, Saad dine El otmani en l’occurrence ?

Quoi qu’il en soit, cet épisode confirme qu’Israël et le Maroc sont des alliés pour le pire : le premier, coupable du premier génocide du 21ᵉ siècle, a entraîné le second dans le déshonneur. Reste à savoir jusqu’où ils sont prêts à aller. Le roi Mohammed VI a déjà fait fi de toutes les lignes rouges avec la cause palestinienne. Il ne lui reste qu’à implanter, lui le prétendu président du comité Al Qods, son ambassade à Al Qods.

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