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Rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) : Les réserves mondiales d’eau douce s’épuisent

Par Amel Blidi•9 min de lecture
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Rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) : Les réserves mondiales d’eau douce s’épuisent
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Le dernier rapport de l'Organisation météorologique mondiale, publié le 17 septembre, documente un épuisement persistant des réserves mondiales d'eau douce depuis une dizaine d'années, 2025 marquant l'une des années les plus sèches pour les cours d'eau depuis plus de trois décennies.

Les débits fluviaux ont été inférieurs à la normale sur plus de 36 % des bassins hydrographiques, tandis que les deux tiers des puits surveillés affichent des niveaux anormalement bas et que les glaciers perdent de la masse pour la quatrième année consécutive, soit 408 gigatonnes en 2025 seulement.

Les événements extrêmes s'intensifient : sécheresses prolongées et inondations répétées se succèdent parfois à quelques mois d'intervalle, l'Asie et l'Afrique concentrant plus de la moitié des catastrophes hydriques et 80 % des décès associés entre 2021 et 2025.

L'OMM appelle à renforcer les réseaux d'observation hydrologique sur le terrain, à améliorer le partage international des données et à coopérer sur la gestion transfrontalière des bassins versants, l'eau ne respectant pas les frontières politiques.

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Par Amel Blidi

Les réserves d’eau stockées dans les sols, les lacs, les nappes, la neige et la glace diminuent depuis une dizaine d’années. Et, parallèlement, les épisodes d’inondation deviennent suffisamment rapprochés dans certaines régions pour que les populations n’aient plus le temps de récupérer entre deux catastrophes.

C’est ce que que documente le dernier Rapport sur l’état des ressources en eau dans le monde de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), publié le 17 septembre. L’évaluation porte sur l’année 2025 et synthétise également les tendances observées au cours des cinq dernières années. Elle s’appuie sur des observations nationales, des données satellitaires et des simulations issues de 13 modèles hydrologiques mondiaux. Il y apparait ainsi que le cycle de l’eau devient plus irrégulier et plus difficile à prévoir. «En 2025, les cours d’eau de la planète ont connu l’une de leurs années les plus sèches depuis plus de trois décennies», peut-on y lire. Les débits ont été inférieurs à la normale sur plus de 36% de la superficie des bassins hydrographiques mondiaux. Pour la septième année consécutive, les bassins présentant des conditions considérées comme «normales» sont restés nettement minoritaires. Ils ne représentaient que 34 à 38% du total, contre une moyenne de 46% sur la période 1991-2020. Le rapport relève ainsi, entre 2021 et 2025, des débits régulièrement inférieurs à la normale dans de vastes parties des bassins de l’Amazone et de la Plata, en Amérique du Nord, en Afrique centrale et orientale, en Asie centrale et au Moyen-Orient. Mais certaines régions ont, au contraire, connu des débits très supérieurs à la normale.

Le «compte d’épargne» de la planète se vide

En 2025, cela a notamment été le cas dans plusieurs parties de l’Asie du Sud et du Sud-Est ainsi que dans certaines régions du nord de l’Amérique du Sud. En Afrique, des écoulements supérieurs à la normale ont été observés dans les bassins du Sénégal, du Niger, du lac Tchad, de l’Orange et du Limpopo. A l’inverse, les bassins du Nil, du Congo et du Zambèze ont enregistré des débits très inférieurs à la normale.«Nous épuisons le compte d’épargne de la planète», a déclaré la secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, faisant référence aux réserves d’eau souterraine, aux glaciers et à l’accumulation saisonnière de neige, qui jouent un rôle de réserve face aux périodes de sécheresse. Certains éléments de ce cycle évoluent rapidement, comme les précipitations, l’écoulement fluvial et l’humidité du sol, et réagissent aux conditions météorologiques en quelques jours ou semaines. D’autres éléments, comme les eaux souterraines, les glaciers et le manteau neigeux saisonnier, évoluent plus lentement. Ils s’accumulent ou diminuent au fil des saisons, voire des décennies ou plus.

Habituellement, ces réserves à renouvellement lent jouent le rôle de compte d’épargne de la planète: des éléments régulateurs qui atténuent les mauvaises années afin qu’une seule sécheresse ou une seule saison sèche ne se traduise pas directement par une crise de l’eau», a déclaré la Secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo.

Et de poursuivre : «Nous sommes en train de vider ce compte d’épargne. Les réserves mondiales des eaux continentales présentent une tendance à la baisse depuis 2014-2016, soit un signal persistant depuis une décennie. Pour la quatrième année consécutive, toutes les grandes régions glaciaires de la planète ont perdu de la masse glaciaire. Les eaux souterraines suivent cette tendance: près des deux tiers des puits surveillés dans le monde ont affiché en 2025 des conditions s’écartant de la norme historique, et le bilan s’est encore davantage orienté vers un déficit par rapport à 2024, et non vers un rétablissement».

Le stockage des eaux continentales (qui comprend notamment les eaux souterraines, les lacs et les cours d’eau, l’humidité des sols, la végétation ainsi que la neige et la glace) présente une tendance à la baisse depuis le milieu des années 2010.

Le rapport parle d’un signal persistant depuis environ une décennie. «Près des deux tiers des puits surveillés dans le monde ont par ailleurs affiché en 2025 des niveaux qui s’écartaient de leur norme historique, avec une évolution davantage orientée vers le déficit qu’en 2024», souligne le rapport Dans plusieurs régions, le rapport relève ainsi des niveaux des eaux souterraines inférieur à la normale sur plusieurs années, notamment en Europe centrale et orientale, dans le centre des États-Unis, dans certaines parties du Mexique, au nord et au centre du Chili, dans le nord-est et le centre-ouest du Brésil, au nord de l’Afrique du Sud, dans le nord-ouest de l’Inde ou encore dans certaines régions du sud de l’Australie. Ces déficits témoignent, selon l’OMM, d’une déperdition cumulée associée à des tendances de sécheresse pluriannuelle.

Les glaciers disparaissent

Pour la quatrième année consécutive, toutes les grandes régions glaciaires du monde ont enregistré une perte nette de masse. Au cours de l’année hydrologique 2025, les glaciers ont perdu environ 408 gigatonnes de masse, selon le rapport en question. Sur la période 2023-2025, la perte cumulée atteint environ 1400 gigatonnes d’eau. D’après l’OMM, cela correspond à l’eau nécessaire pour remplir environ 560 millions de piscines olympiques, soit approximativement un tiers des prélèvements annuels mondiaux d’eau douce.

Certaines régions connaissent des sécheresses prolongées tandis que ’autres sont frappées par des inondations répétées. Parfois, les deux phénomènes se succèdent à quelques mois d’intervalle. Entre 2021 et 2025, des conditions de sécheresse persistante ont notamment touché les bassins de la Plata et de l’Amazone, le Moyen-Orient et la Corne de l’Afrique. Dans le même temps, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et l’Asie du Sud-Est ont connu à plusieurs reprises de graves épisodes d’inondation. Au cours de chacune des cinq dernières années, les Services météorologiques et hydrologiques nationaux ont signalé des sécheresses ou des inondations record. Dans certaines régions, précise le rapport, les populations n’ont même pas bénéficié d’un temps de récupération entre deux événements extrêmes.

Le rapport de l’OMM met également en évidence le fait qu’au cours des cinq dernières années, l’Asie et l’Afrique ont concentré ensemble au moins la moitié des phénomènes extrêmes liés à l’eau recensés dans le monde et plus de 80 % des décès qui leur sont associés. Plusieurs pays africains ont subi des inondations importantes pendant deux années consécutives, comme le Nigeria, voire trois années consécutives, comme la République démocratique du Congo.

En Asie du Sud et du Sud-Est, des cyclones tropicaux combinés à une mousson intense ont provoqué des catastrophes meurtrières dans plusieurs pays. Le bilan communiqué par l’OMM fait état de milliers de morts, notamment au Sri Lanka, au Pakistan, au Vietnam, en Indonésie, en Thaïlande, en Malaisie et aux Philippines. L’impact économique est lui aussi considérable, même s’il reste difficile à mesurer avec précision dans de nombreux pays.Lors du lancement du rapport, Celeste Saulo a insisté sur le fait que les estimations satellitaires et les modèles, aussi sophistiqués soient-ils, ne constituent pas un substitut complet aux observations de terrain.

L’OMM appelle donc à poursuivre les investissements dans les réseaux de surveillance hydrologique et à mieux partager les données entre pays. Il y a enfin une dimension politique et géographique. «L’eau ne respecte pas les frontières», rappelle Celeste Saulo. «Le bilan hydrique d’un bassin fluvial, dit-elle, peut dépendre de ce qui se passe dans un autre pays. Le recul d’un glacier dans un pays modifie la disponibilité de l’eau pour des populations situées à des centaines de kilomètres en aval». «C’est précisément pour cette raison que nous avons besoin de mettre en commun des données, des normes et des alertes précoces», insiste la secrétaire générale de l’OMM. A.B.

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