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Le Parlement européen appelle à sanctionner le Maroc

Par Cherif Lahdiri•4 min de lecture
Brifa
Le Parlement européen appelle à sanctionner le Maroc
Résumé IA

Le Parlement européen a adopté par 339 voix contre 225 une résolution qualifiant la gestion migratoire marocaine à Ceuta de «guerre hybride» et d'«instrumentalisation» contre l'intégrité territoriale d'un État membre.

Le texte instaure une conditionnalité financière — suspension des versements et récupération des fonds en cas de non-coopération — et valide le déploiement permanent de Frontex aux présides, transformant un différend hispano-marocain en dossier européen.

La stratégie de coercition de Rabat se retourne contre elle : le Maroc perd sa crédibilité de partenaire, voit ses financements menacés et assiste au renforcement institutionnel de la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla.

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Le Maroc vient de subir une déroute historique en Europe. Par 339 voix contre 225, le Parlement européen a adopté une résolution sur les «attaques hybrides récentes et l’instrumentalisation des migrants à Ceuta». Le message est sans ambiguïté : ce que Rabat présentait comme un simple différend frontalier avec Madrid est désormais qualifié, à Strasbourg, de guerre hybride contre l’intégrité territoriale d’un Etat membre de l’Union.

C’est d’abord l’histoire d’un faux calcul du pouvoir marocain qui se retourne contre son auteur. En laissant filer, aux abords de Ceuta, des vagues migratoires calibrées comme moyen de pression sur l’Espagne, le Maroc pensait circonscrire l’épreuve de force à une relation bilatérale qu’il croyait maîtriser. Il s’est trompé sur toute la ligne. Il se retrouve désormais face à l’Union européenne tout entière, Parlement, Commission et Etats membres confondus.

La formule d’Ursula von der Leyen, «Ceuta est Espagne, Ceuta est l’Europe», n’avait rien d’une politesse diplomatique : c’était un avertissement. En une phrase, la présidente de la Commission a transformé un dossier hispano-marocain en dossier européen, et dans ce nouveau cadre, le Maroc n’est plus un partenaire, il est le problème. Le second enseignement tient au vocabulaire employé, et il pèsera plus lourd encore que la résolution elle-même. Strasbourg n’a pas parlé de «crise migratoire» ni de simple «pression» : mais bel et bien d’instrumentalisation et de guerre hybride, des mots jusqu’ici réservés à la Russie ou au Bélarus.

Ce basculement sémantique fait basculer le Maroc (partenaire associé, bénéficiaire de financements européens) dans la catégorie des Etats hostiles qui utilise des populations vulnérables comme une arme contre les frontières de l’Union. Que les socialistes espagnols aient tenté d’édulcorer le texte n’y change rien : le cadre conceptuel est posé, et il est accablant. Chaque négociation future avec Bruxelles, chaque demande de financement se heurtera désormais à cette étiquette. Et la conditionnalité financière votée dans la foulée (suspension des versements, récupération des fonds déjà accordés en cas de «défaut de coopération») transforme l’aide européenne en privilège révocable plutôt qu’en droit acquis.

L’ironie est cruelle : en voulant déstabiliser Madrid, Rabat lui a offert l’appui institutionnel qu’elle n’aurait peut-être jamais obtenu autrement. José Manuel Albares a pu plaider à Bruxelles pour une présence permanente de Frontex à Ceuta et Melilla. La souveraineté espagnole sur les présides, que le Maroc conteste depuis toujours, se trouve désormais adossée à l’Union tout entière, précisément ce que Rabat redoutait le plus.

Une dernière leçon, plus discrète mais tout aussi révélatrice : deux doctrines diplomatiques se distinguent implicitement dans cette séquence : celle qui instrumentalise des vulnérabilités humaines pour arracher un rapport de force, et celle qui, par principe de non-ingérence, refuse ce type de chantage. La première finit sanctionnée, isolée, sous conditionnalité. La seconde ne s’expose jamais à ce genre de déconvenue, parce qu’elle ne joue tout simplement pas ce jeu-là. La crise de Ceuta illustre, à sa manière, ce que coûte une diplomatie de la coercition face à une diplomatie du non-alignement.

Le Maroc a cru pouvoir manier les flux migratoires comme un levier. Il découvre que ce levier a un prix : sa crédibilité européenne, ses financements, sa position sur la question des présides. L’Europe, en se saisissant du dossier, vient de rappeler une évidence que Rabat avait sous-estimée : on ne fait pas chanter impunément un Etat membre de l’Union européenne.

Par Cherif Lahdiri

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