Prix et littérature amazighs : Un outil de valorisation de l’identité et de la création

Une table ronde s'est tenue jeudi 17 septembre à la maison de la culture Taos Amrouche de Béjaïa, dans le cadre du 3e Salon national du livre amazigh, pour débattre du rôle des prix littéraires dans la promotion de la création en langue amazighe.
Les représentants du Prix du Président de la République, du Prix Mohamed Dib, du Prix Assia Djebar et du Prix de Berbère Télévision ont souligné que ces distinctions, dotées de 250 000 à un million de dinars, stimulent la production et offrent aux auteurs une visibilité accrue dans le paysage littéraire national.
Abderrezak Dourari a plaidé pour la création d'un Prix Mouloud Mammeri, tandis que les intervenants ont noté une hausse progressive des candidatures au Prix du Président sur six ans et l'émergence de jeunes plumes via le Prix Assia Djebar, signe d'un renouvellement générationnel encourageant.
Les participants s'accordent à dire que ces prix dépassent la récompense financière pour devenir des leviers de reconnaissance institutionnelle, de consécration et de développement de l'édition en tamazight.
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Les échanges ont permis de mettre en évidence le rôle que peuvent jouer ces distinctions dans la visibilité des écrivains, l’encouragement à la création et le développement de l’édition d’une manière générale.
Par Nordine Douci
La place des prix littéraires dans la promotion de la création en langue amazighe, leur impact sur les parcours des auteurs ainsi que les critères d’évaluation ont été au cœur d’une table ronde organisée jeudi 17 septembre à la maison de la culture Taos Amrouche de Béjaïa.
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la 3e édition du Salon national du livre amazigh, qui se déroule du 16 au 19 septembre. Modérée par Lamri Wahid, chercheur au Centre de recherche en culture et langue amazighes (CRLCA), la rencontre a réuni des représentants de plusieurs prix littéraires, notamment le Prix du Président de la République, le Prix Mohamed Dib et le Prix Assia Djebar et le Prix de Berbère Télévision.
Les échanges ont permis de mettre en évidence le rôle que peuvent jouer ces distinctions dans la visibilité des écrivains, l’encouragement à la création et le développement de l’édition en langue amazighe. Avec des récompenses pouvant aller d’un million à 250 000 DA, selon les établissements et les catégories, ces concours constituent, pour les intervenants, «un levier d’encouragement à la production littéraire et scientifique. Au-delà de la récompense financière, ils offrent aux auteurs une reconnaissance susceptible d’accroître la visibilité de leurs œuvres et de favoriser leur présence dans le paysage littéraire national». Intervenant en qualité de représentant du Prix Mohamed Dib, Abderrezak Dourari a insisté sur l’importance de l’existence de prix consacrés à la création littéraire et culturelle.
Reconnaissance
Selon lui, «l’idée d’établissement des prix a un très grand intérêt pour les langues et pour notre culture locale et nationale». Pour l’universitaire, ces distinctions permettent de valoriser la création et les éléments constitutifs de l’identité culturelle. Il estime que leur portée dépasse la seule reconnaissance d’un auteur ou d’une œuvre, puisqu’elles contribuent également «à rendre plus visible une dimension historique et culturelle longtemps marginalisée». «Nous sommes dans une société qui a longtemps réprimé ce que nous sommes», a-t-il souligné, considérant que la reconnaissance institutionnelle progressive de l’amazighité et de l’algérianité participe aujourd’hui à une nouvelle représentation de l’identité nationale. Ainsi, Abderrezak Dourari considère que les prix littéraires constituent un moyen de rendre visible cette dimension historique. Il a toutefois appelé à renforcer le travail de sensibilisation, de communication et de valorisation autour de ces distinctions afin de leur donner davantage de visibilité auprès du public et des acteurs du monde culturel.
Le Prix du Président: une production en progression
L’intervenant a également évoqué l’absence, dans le paysage culturel et littéraire, d’un Prix Mouloud Mammeri. Pour lui, «la création d’une telle distinction constituerait à la fois une reconnaissance envers cette sommité de la littérature et une manière de rappeler la dimension universelle de son œuvre et de ses travaux sur les civilisations».
Pour Aatout Hassiba, représentant le Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA) pour le Prix du Président de la République, les distinctions ont également un effet direct sur la production littéraire et scientifique. Elle relève que «la compétition instaurée par ce prix d’excellence pousse les auteurs à améliorer et à perfectionner leurs productions».
«Le prix a un impact sur la production littéraire ou scientifique», a-t-elle expliqué, soulignant que les candidats sont incités à présenter des œuvres de plus en plus abouties. L’évolution du nombre de candidatures constitue, selon elle, un autre indicateur de cet engouement. Au cours des six dernières années, le nombre d’auteurs postulant dans les quatre catégories de ce prix a progressivement augmenté. Une évolution qui témoigne du dynamisme de la création en langue amazighe, ainsi que dans les autres disciplines. Elle relève par ailleurs que les ouvrages en tamazight occupent régulièrement une place importante parmi les productions distinguées, confirmant ainsi leur présence et leur qualité croissante dans la production littéraire nationale.
De nouvelles plumes
La question du renouvellement générationnel a également été abordée à travers le Prix Assia Djebar, qui récompense les meilleurs ouvrages dans les trois langues, selon les catégories retenues. Son représentant, Ahcen Marriche, a mis en avant, en autres aspects positifs de ce concours, celui de l’arrivée d’un nombre croissant de jeunes auteurs. Cette présence constitue, selon lui, un signe encourageant pour l’avenir de la création littéraire.
Il a également expliqué que les auteurs qui écrivent en tamazight sont souvent animés avant tout par «l’attachement à leur langue et la volonté de la promouvoir», avec une dimension de militantisme culturel qui peut accompagner leur démarche littéraire. La participation aux concours leur permet toutefois de se faire connaître davantage et de trouver une place dans un paysage littéraire où la concurrence est importante.
«Ce type de concours permet l’émergence de nouvelles plumes», a-t-il souligné. Les échanges ont également porté sur le fonctionnement des jurys et sur les modalités de sélection des œuvres, mettant en avant la nécessité de disposer de critères d’évaluation transparents et adaptés à la diversité des productions littéraires en langue amazighe. Ainsi, les intervenant s’accordent à dire que le prix littéraire ne se limite pas à une récompense financière. Il peut constituer un facteur de reconnaissance, de visibilité et de progression dans le parcours d’un écrivain.
Cette table ronde a ainsi ouvert un débat sur «les enjeux liés à la consécration, aux critères de qualité, au renouvellement des auteurs et à la reconnaissance institutionnelle de la littérature amazighe», des enjeux qui s’inscrivent pleinement dans les objectifs de cette troisième édition du Salon national du livre amazigh, consacrée à la promotion du livre et de la production littéraire en tamazight.
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