France : la fachosphère se déchaîne contre l’écrivaine d’origine algérienne Louisa Yousfi

L'essayiste française d'origine algérienne Louisa Yousfi subit une campagne de haine orchestrée par l'extrême droite après une déformation volontaire de ses propos sur la « humanité générique » empruntée à Marx.
Des élus RN et UDR ainsi que des figures d'extrême droite l'accusent de « racisme anti-blancs » et d'« ingratitude », exigeant des poursuites judiciaires pour des mots qu'elle n'a pas prononcés.
Son éditeur dénonce une tentative de faire taire une voix antiraciste légitime, jugeant que le mal est déjà fait par la mise au pilori sur les réseaux sociaux.
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TSA Algérie
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Louisa Yousfi, journaliste et essayiste française d’origine algérienne, fait l’objet d’une campagne de désinformation et de haine menée par les milieux extrémistes. Elle est accusée de “racisme anti-blancs” et d’ “ingratitude” envers la France après une déformation délibérée de ses propos.
Dans un podcast diffusé début septembre, l’essayiste a développé la situation dominante des blancs, déclarant notamment que les blancs “ne sont pas rattachés à ce qu’on appelle l’humanité générique”. Le concept n’est pas d’elle, il est de Karl Marx.
La suppression du mot “générique” a fait croire que l’écrivaine a tout simplement dit que “les blancs ne sont pas rattachés à l’humanité”. Une campagne de haine s’est aussitôt enclenchée.
L’association LÉA Antiracisme a annoncé qu’elle engage une procédure afin que la justice examine les propos et leur éventuelle qualification pénale.
Alexandre Allegret-Pilot, député UDR (parti d’Éric Ciotti), a déclaré lui aussi qu’il saisira le procureur de la République pour “racisme anti-Blanc”.
Dans beaucoup de réactions du courant extrémiste, il est fait référence au fait que Louisa Yousfi a pu faire des études en France et bénéficier de l’intégration républicaine. C’est donc, pour eux, de “l’ingratitude”.
Louisa Yousfi, une écrivaine française d’origine algérienne dans la tourmente
“Les Blancs ne sont pas rattachés à l’humanité. Voilà ce que dit Louisa Yousfi programmée au festival Actoral, lequel est financé par la Ville de Marseille, le Département et la Région”, a écrit sur X le député RN Franck Allisio. “Le racisme anti-blanc payé avec votre argent”, a-t-il ajouté.
“La République l’a formée, nourrie, distinguée, pensionnée à Rome ; elle lui rend la monnaie en racialisant le pays qui lui a donné la langue dans laquelle elle brille”, lit-on en outre sur la page French Carcan.
Pour Alexandre Devecchio, rédacteur en chef du Figaro, un journal proche de l’extrême droite, il s’agit d’une “dérive racialiste” et d’un “revirement” qui tient “aussi bien à la mauvaise conscience qu’à une forme d’opportunisme”.
“Louisa a compris que, dans notre époque, il est plus payant de jouer le rôle d’indigène offensée que le jeu de l’intégration”, a-t-il accusé.
François Bousquet, essayiste d’extrême-droite, est allé plus loin, en généralisant l’accusation. “Nous pourrons leur donner autant de diplômes, de postes, d’honneurs, de places en résidences, de piscines, de billets d’avions, de médiathèques et de chèques-cadeaux, ils continueront à nous cracher aux visages”, a-t-il écrit.
“Il s’agit de faire taire une voix antiraciste”
L’Algérie, pays d’origine de l’écrivaine, n’est évidemment pas épargnée.
“Elle ne doit rien à l’Algérie, n’a pas vécu la période coloniale, et pourtant son discours est empreint d’une haine et d’un esprit revanchard envers la France”, écrit Sébastien Jallamion, ancien policier.
Face à cette déferlante de haine, l’éditeur de Louisa Yousfi (éditions La Fabrique) a pris sa défense. “Il s’agit de faire taire une voix antiraciste, digne, intransigeante et littéraire qui s’est faite avec talent l’écho du destin de l’immigration postcoloniale en France”, a écrit la maison d’édition dans un communiqué. Assurant que la justice ne va pas “perdre son temps” avec cette affaire, l’éditeur déplore que “le mal est en partie fait quand l’opprobre est ainsi jeté sur les réseaux sociaux où vient lugubrement communier toute l’extrême-droite”.
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