Perturbations dans les flux énergétiques : L’Europe face à la flambée des prix des carburants

L'escalade du conflit au Moyen-Orient, avec les attaques houthies contre les installations saoudiennes et le blocage de l'oléoduc Est-Ouest, a suspendu les livraisons de brut vers l'Europe et fait flamber les prix de l'énergie.
Le baril dépassant 108 dollars (+35 % depuis juin) propulse l'essence à 170 pence au Royaume-Uni, 4,32 dollars le gallon aux États-Unis et 2,15 euros en France, le gaz naturel ayant presque doublé.
La Corée du Sud, le Canada, le Royaume-Uni, l'Italie et Chypre ont prolongé ou instauré des baisses de taxes sur les carburants, aux taux et durées variables, le Canada étendant son exonération jusqu'en janvier 2027.
Les stocks de gaz européens tombent à 69 % contre 85 % en moyenne, incitant la France à convoquer un G7 énergétique et l'Allemagne à préparer un plafonnement des prix du carburant.
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El Watan
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L’escalade du conflit au Moyen-Orient particulièrement après les attaques houthies contre plusieurs installations pétrolières saoudiennes impacte le marché mondial de l’énergie.
Le blocage de l’oléoduc stratégique Est-Ouest, devenu essentiel depuis le début de la crise dans la région pour faire passer via la mer Rouge une bonne partie des exportations de l’Arabie saoudite entravées par la fermeture du détroit d’Ormuz, a fortement accentué les perturbations d’approvisionnement énergétique.
Ce qui a poussé l’Arabie saoudite à informer au moins deux de ses clients raffineurs européens de la suspension des approvisionnements en pétrole brut dès le mois prochain, comme rapporté par Bloomberg News vendredi, citant des sources proches du dossier. Les clients européens d’Aramco seront donc privés de pétrole saoudien dans moins de deux semaines. Ils avaient déjà été informés précédemment que certaines cargaisons de brut seraient annulées après les attaques de drones la semaine dernière qui ont conduit la fermeture de son oléoduc Est-Ouest.
Place alors aujourd’hui côté européen à la recherche de nouveaux fournisseurs pour sécuriser les approvisionnements. Mais aussi pour faire face aux répercussions de la hausse des prix du pétrole sur les carburants et à la montée en flèche des prix du gaz sur un autre plan, surtout avec l’approche de l’hiver. Avec un prix du baril ayant dépassé les 108 dollars il y a quelques jours contre 70 en juin 2026 (soit une augmentation de plus de 35%%), l’inquiétude est en effet grandissante dans les pays importateurs de pétrole et de gaz, particulièrement en Europe.
Et ce d’autant que l’impact de ces perturbations d’approvisionnements et de cette hausse des prix est déjà là. Dans la plupart des pays, le prix de l’essence et du diesel a augmenté, alors qu’au Royaume-Uni et en Europe, le prix de gros du gaz naturel – utilisé pour le chauffage des habitations et la production d’électricité – a presque doublé depuis juillet. Exemples : Au Royaume-Uni, le prix moyen de l’essence a dépassé les 170 pence le litre, soit le niveau le plus élevé depuis 2022, contre 150 en juillet. Aussi, en raison du quasi-doublement du prix du gaz naturel au Royaume-Uni, le plafond des prix domestiques fixé par le régulateur de l’énergie Ofgem devrait augmenter de 25% en janvier prochain.
Les prix des carburants en hausse
Aux Etats-Unis, le prix d’un gallon (3,8 litres) d’essence est passé de 3,80 dollars en juillet à 4,32, selon l’indice des prix de l’essence de l’AAA. Parallèlement, le prix du diesel a enregistré un niveau record de plus de 6 dollars le gallon, un prix encore plus élevé qu’après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022. En France, les prix du diesel et de l’essence ont atteint respectivement 2,35 et 2,15 euros le litre, au-delà du pic de juin 2022.
Face à une telle situation, place à la mise en place de mesures d’atténuation. Pour l’heure, certains pays ont arrêté des décisions notamment via la réduction des taxes sur les carburants.
Ainsi, la Corée du Sud, le Canada, le Royaume-Uni, l’Italie et Chypre ont pris des mesures visant à réduire les taxes ou à prolonger les réductions existantes. L’ampleur des réductions et leur durée varient d’un pays à l’autre : certaines mesures s’étendent jusqu’en octobre ou novembre, tandis que d’autres se poursuivent jusqu’au début de l’année 2027.
Le ministère sud-coréen des Finances et de l’Economie a annoncé, ce 18 septembre, la prolongation du programme de réduction des taxes sur les carburants de deux mois supplémentaires, jusqu’à fin novembre, selon l’agence Yonhap. Cette décision maintient la réduction fiscale à 15% sur l’essence et à 25% sur le diesel et le gaz de pétrole liquéfié, alors que le programme devait initialement prendre fin en septembre.
Le ministère a justifié cette décision par la nécessité d’alléger le fardeau des coûts du carburant pour les citoyens, tout en tenant compte de la capacité du pays à faire face à toute hausse éventuelle des fluctuations des prix du pétrole.
Séoul a maintenu la réduction la plus importante sur le diesel, en raison de son importance pour les activités industrielles et logistiques, ainsi que sur le gaz butane, largement utilisé comme carburant pour les camionnettes.
Mesures fiscales
De son côté, le gouvernement canadien a prolongé la suspension temporaire de la taxe fédérale sur les carburants jusqu’au 31 janvier 2027, dans le cadre des mesures visant à lutter contre la hausse du coût de la vie et du prix des carburants.
Cette suspension est pour rappel déjà entrée en vigueur le 20 avril. Il est prévu dans ce cadre l’application de 50% des taux d’imposition habituels en février et mars 2027, avant le rétablissement intégral de la taxe à partir d’avril.
Le gouvernement canadien estime le coût financier supplémentaire de la prolongation de l’exonération à environ 2,9 milliards de dollars canadiens.
De son côté, le Royaume-Uni a maintenu la réduction temporaire de la taxe sur les carburants de 0,05 livre sterling (0,067 dollar) par litre, le gouvernement ayant décidé de la prolonger jusqu’à la fin de l’année en cours. Il était initialement prévu de commencer à réduire cette baisse à partir de septembre, en augmentant la taxe de 0,01 livre sterling (0,013 dollar) par litre, mais le gouvernement a revu son plan et maintenu la réduction dans son intégralité jusqu’à la fin de l’année.
Londres a également approuvé une réduction temporaire supplémentaire de 0,037 livre sterling (0,050 dollar) par litre sur le taux réduit applicable au diesel rouge, au biodiesel et à certains autres types de carburants, pour la période allant du 15 juin à la fin décembre.
En Europe, l’Italie a baissé la taxe sur le diesel en prolongeant la réduction des taxes sur le diesel jusqu’au 5 octobre, dans le cadre de la dernière mesure en date visant à faire face à la hausse des coûts du carburant.
Selon l’agence italienne ANSA, le montant de la réduction, TVA comprise, passe de 0,17 euro (0,20 dollar) auparavant à 0,122 euro (0,14 dollar) par litre pendant la période du 18 au 25 septembre.
Du 26 septembre au 5 octobre, la réduction sera ramenée à 0,061 euro (0,07 dollar) par litre, dans le cadre d’un plan progressif de réduction des aides fiscales. Chypre a décidé, pour sa part, de prolonger la réduction de la taxe spéciale sur la consommation de carburants automobiles jusqu’au 30 novembre, alors que la mesure devait initialement prendre fin le 17 septembre.
Le Conseil des ministres chypriote a pour rappel approuvé le 10 septembre le maintien de cette réduction de 0,0833 euro (0,096 dollar) par litre d’essence et de diesel, selon un communiqué officiel du ministère des Finances.
Les stocks de gaz en baisse en Europe
En France, le président Emmanuel Macron a annoncé le 18 septembre que la France allait convoquer une réunion du G7 consacrée aux «sujets énergétiques», qui se tiendrait «dans les prochaines semaines», afin notamment d’«avancer sur une meilleure coordination sur les niveaux de stocks».
En Allemagne, la coalition gouvernementale de Friedrich Merz s’est entendue sur des mesures d’allégement du prix du carburant, comme rapporté par l’AFP citant des sources proches du gouvernement.
Ces mesures prévoient un rabais fiscal sur le prix du carburant qui doit s’appliquer jusqu’à la fin de l’année, puis ensuite un plafonnement des prix du carburant, ont détaillé ces sources.
Concernant le gaz, notons aussi que la situation n’est guère rassurante pour les Européens avec des stocks (69%) destinés à faire face aux chocs d’approvisionnement et des prix pendant les mois d’hiver.
Un niveau plus bas que la moyenne de 85% enregistrée à cette période au cours des cinq dernières années, selon l’organisme professionnel Gas Infrastructure Europe.
L’Allemagne et les Pays-Bas, qui détiennent à eux deux 35% de la capacité de stockage de l’UE, accusent un retard important.
La situation sur le marché a dissuadé les entreprises d’acheter et les gouvernements d’imposer des objectifs nationaux de stockage. Pour rappel, l’indice de référence du gaz s’échange à 81 euros par mégawattheure, soit une hausse de 150% sur un an et un niveau supérieur aux prévisions «défavorables» de la Banque centrale européenne, les risques penchant vers des chiffres encore plus élevés.
Le risque, selon les analystes, réside dans la diminution des capacités de stockage et le maintien des prix à un niveau élevé. Samira Imadalou
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