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Contribution / « Avec Sid Ahmed Agoumi disparaît une grandeur du théâtre algérien »

Par R. C.•4 min de lecture
Brifa
Contribution / « Avec Sid Ahmed Agoumi disparaît une grandeur du théâtre algérien »
Résumé IA

L'écrivain et comédien Slimane Benaissa rend hommage à Sid Ahmed Agoumi, figure majeure du théâtre algérien, décédé récemment.

Les deux hommes ont partagé près de 1200 représentations ensemble, des tournées sahariennes aux scènes internationales, forgant une complicité artistique et fraternelle de plusieurs décennies.

Agoumi a marqué des générations de téléspectateurs, de la télévision en noir et blanc aux réseaux sociaux, par une justesse de jeu qui effaçait l'interprète derrière le personnage.

Son talent rare lui permettait de passer de la sérénité à la folie totale avec une vérité qui emportait l'adhésion immédiate du public.

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El Watan

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Aujourd’hui, je suis orphelin de mon deuxième frère, après la mort d’Omar Guendouz, Sid Ahmed Agoumi.

Il est des départs qui laissent un silence plus profond que les autres. Aujourd’hui, c’est celui d’un ami, d’un compagnon de route, d’un acteur, qui nous rassemble dans la peine et dans le souvenir. Je suis muet d’une parole, que seul lui savait dire et faire entendre. Il portait en lui une énergie à vivre qui défiait la mort, mais le destin restera toujours vainqueur. Je suis triste, accablé par l’impuissance.

Quand on est homme de théâtre, on vit une double vie, la nôtre et celles de nos personnages et, au milieu de cette turbulence, seul Sid Ahmed savait donner l’éclat à la folie par un rire qui se déploie jusqu’au bout de l’écho du fou-rire. Un acteur ne disparaît jamais tout à fait, il laisse derrière lui des voix, des gestes, des regards, des silences. Il laisse des personnages auxquels il a prêté son corps, son souffle, ses blessures et parfois une part secrète de lui-même.

Avec Sid Ahmed, nous avons traversé le monde sur scène, des bases pétrolières de Ain Amenas jusqu’à Toronto et les chutes du Niagara en passant par l’Europe.

C’était un frère, un ami, un compagnon de route, un complice pour la gloire ! Il était la tasse de café au petit matin de nos tournées et le verre du guerrier après la représentation.
Mais derrière l’acteur, il y avait surtout l’homme. Celui que j’ai connu, aimé, côtoyé. L’ami avec lequel on partageait bien davantage que la scène : des discussions interminables, des enthousiasmes, des colères, des projets, des rires, parfois des désaccords, mais toujours cette complicité que seules les années savent construire.

Car le théâtre possède cette force extraordinaire : ce qui a été vécu intensément sur une scène continue de vivre dans la mémoire de ceux qui l’ont partagé.

Comment raconter 1200 représentations partagées… le théâtre algérien souffrira longtemps de l’absence de Sid Ahmed Agoumi

Il avait le talent d’une Algérie naissante et qui l’a fait naitre. Il a habité la mémoire de plusieurs générations : celles de la télévision «noir et blanc», de la télévision en couleurs et des réseaux.
Dans tous ses rôles, il était juste généreux et une précision qui faisait oublier l’interprète derrière le personnage qui devenait réel dans sa mise à nu.

Sid Ahmed… Sid Amed…

Tu appartenais à cette famille d’artistes pour lesquels jouer n’était pas seulement exercer un métier. C’était une manière d’habiter le monde, de l’interroger, de le comprendre et parfois de lui résister.

Sid Ahmed, tu resteras à jamais dans mon esprit. Tu es unique, sur scène, ton élégance sublime geste et confère au personnage une dimension presque abstraite. Tu avais cette capacité rare de passer de la sérénité à la folie la plus totale avec une aisance déconcertante et une vérité qui emportait toutes les convictions. C’est ce qui fait ta singularité : le public n’a jamais remis en question ce que tu faisais, il s’est toujours interrogé sur la manière dont tu faisais.
L’acte théâtral de Sid Ahmed est une évidence qui interroge.

Aujourd’hui, ton absence est immense.
Nous deux, nous savons que nous avons porté la tragédie de notre société depuis notre naissance. Chacun de nous a sa propre tragédie qui l’emportera… Nous ne sommes pas des héros, nous sommes simplement des comédiens courageux et intègres.
Repose en paix, cher frère, c’est entre les mains de Dieu que nous finirons tous, j’espère que toi, tu seras applaudi par les anges, car tu le mérites.

Par Slimane Benaissa

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