Le silence des mots

Par El yazid Dib•3 min de lecture
Brifa
Le silence des mots
Résumé IA

L'auteur déplore que les mots contemporains aient perdu leur densité pour verser dans la vilenie et l'attaque, appelant à une écriture vertueuse qui sacralise l'amour, l'émerveillement et le pardon.

La nature, comparée à un cycle hormonal, ne saurait justifier l'irrespect, pas plus qu'un texte dépourvu de valeurs ne peut survivre, tel un empire déchu ou une civilisation sans empreinte.

Face aux ténèbres qui gangrènent le langage, le silence devient salutaire : mieux vaut s'enfermer dans l'aphasie que d'injecter virus oral et mal épistolaire, selon le précepte « parle bien ou tais-toi ».

L

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Le Quotidien d'Oran

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Néanmoins, l’on sent que les mots actuels n’ont plus de densité, ils versent dans la vilenie, dans l’attaque. On aimerait lire un texte qui puisse exhumer la beauté égarée des mots, surpasser la logique des sens interdits, braver les injonctions émotionnelles. Un texte qui fait preuve de clairvoyance, tel un doux vent sachant danser les feuilles au lieu de les secouer. Un texte qui n’offense aucune croyance et qui se garde le droit de croire en ce qui le subjugue.

L’on ne peut user de ces mots qui profanent les matinées automnales, juste pour le ciel grisâtre qu’elles étalent ou insulter les soirées estivales pour l’absence de fraîcheur qu’elles dégagent. La nature est un cycle hormonal à l’image de la croissance de l’homme. Ce ne sont pas ses sournois caprices qui auront à faire absenter tout respect.

L’on n’aurait plus, cependant de penchants à narrer la chose politique. Certaines sources se tarissent à sa moindre confluence. Leur inspiration ne s’abreuve jamais d’une eau fécale, ni leur plume ne se trempe dans une encre fétide. Par contre tout le monde aimerait réciter les poèmes d’antan et versifier des odes et des sonnets. Écrire et décrire la vertu, sacraliser l’amour, l’émerveillement et le pardon.

Un texte qui ne s’habille pas de valeur cesse de vivre. Il devient dévêtu comme une vierge effarouchée. Tel un empire qui a perdu ses palmes de gloire ou une civilisation qui n’a gardé, de son apogée, nulle empreinte.

Un édit tacite peut être cette parole hésitante qui peine à sortir, qui se baragouine pour qu’en finalité intrépide, elle brise tous les goulots d’étranglement. Parfois elle est un profond et lointain soupir qui abdique à s’extérioriser.

On aimerait que chaque jour qui se lève enfante une aube flamboyante et éparpille ses rayons sur tous les mots que les ténèbres gangrènent. C’est ainsi que naîtra une terminologie facile et passionnée. Loin de l’invective, des ragots et de la malfaisance.

A défaut de pouvoir transcrire la paix ou prêcher la bonne parole, il vaudrait mieux se murer dans son aphasie et ne plus faire parler le silence. Ça sera une œuvre de salubrité publique. De n’injecter aucun virus oral, aucun mal épistolaire et bien au contraire ne semer que douceur et amabilité. Parle bien ou tais-toi, écris bien ou abstiens-toi.

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