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Sabah Ferdi, Archéologue : «L’Agence nationale d’archéologie est la gardienne permanente de notre territoire»

Par M’hamed H.•12 min de lecture
Brifa
Sabah Ferdi, Archéologue : «L’Agence nationale d’archéologie est la gardienne permanente de notre territoire»
Résumé IA

Le président Tebboune a créé l'Agence nationale d'archéologie sous tutelle présidentielle pour redynamiser la recherche et protéger le patrimoine historique algérien.

L'archéologue Sabah Ferdi salue l'initiative mais exige des bases scientifiques rigoureuses et un passage de la segmentation par périodes à la continuité territoriale.

Elle envisage l'agence comme un musée, un centre de recherche et un observatoire patrimonial avec huit missions dont conservation, recherche, transmission et participation citoyenne.

La vision long terme requiert une gouvernance scientifique indépendante, un conseil international et une perspective 20-30 ans intégrant territoire physique, reconstruction scientifique et mémoire collective.

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Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a récemment officialisé la création de l’Agence nationale d’archéologie (ANA), un nouvel organisme placé sous la tutelle directe de la présidence. Cette structure aura pour mission de redynamiser la recherche, ainsi que de protéger et valoriser le patrimoine historique national. Si cette initiative présidentielle suscite déjà le débat au sein de la communauté scientifique, l’idée gagne à être enrichie par les contributions des chercheurs locaux. C’est dans ce cadre que l’archéologue Sabah Ferdi nous livre son point de vue sur cette institution naissante.

  • Quel est votre premier sentiment en tant que scientifique ?

C’est une excellente initiative attendue depuis très longtemps par les professionnels. Nous formulons le vœu qu’elle démarre sur des bases scientifiques rigoureuses, répondant ainsi aux attentes des chercheurs et du public. A terme, cette institution devra porter une idée fondatrice majeure : passer de la simple succession des périodes à la continuité du territoire, pour une approche historique et géographique unifiée. C’est ce changement de paradigme qui donnera toute sa cohérence aux travaux futurs.

  • Justement, comment cette structure peut-elle faire le lien entre des disciplines diverses comme l’archéologie, l’histoire, l’aménagement du territoire et les technologies nouvelles… ?

Elles sont indissociables. Pour bâtir l’avenir d’un espace, il faut comprendre son passé continu.

  • Qu’entendez-vous par exactement «continuité du territoire» ?

Trop souvent, on segmente l’espace par époques : le site antique, d’un côté, la ville médiévale, de l’autre, et les projets d’urbanisme moderne ailleurs. La continuité du territoire, c’est l’inverse. C’est l’étude d’un même lieu à travers le temps. L’archéologie fouille les sols, l’histoire décrypte les archives et l’aménagement du territoire utilise ces strates pour concevoir des projets durables et respectueux de l’identité locale et les technologies nouvelles nous aident à la restitution, reconstitution modélisation d’un site, monument ou artefact disparu ou fragmenté.

  • Au-delà de cette vision, quelles seront les missions concrètes et les grands défis qu’elle devra relever à l’avenir ?

Le principal défi sera l’accès et la transmission des données : il faut décloisonner la recherche pour que les urbanistes intègrent naturellement l’histoire et l’archéologie avant de transformer un paysage. Ses missions futures devront inclure la numérisation et la cartographie à grande échelle, mais aussi la sensibilisation des citoyens. Réussir à faire d’un patrimoine ancien le moteur d’un aménagement durable, c’est le grand défi scientifique et démocratique qui nous incombe.

  • Mais au-delà de ce lancement, quelle doit être, selon vous, la vision à long terme de cette structure ?

Peut-on encore raconter un territoire en morceaux, alors que son histoire forme un continuum ? Le principe pourrait être formulé ainsi : Il ne s’agit pas de juxtaposer les époques, mais de faire comprendre comment un même territoire s’est transformé, habité, parcouru, exploité, organisé, représenté et transmis à travers le temps. Territoire, milieux naturels, premières occupations, sociétés, mobilités, villes, échanges, croyances, productions, pouvoirs, paysages, mémoires. Les périodes historiques deviennent des moments successifs d’une même histoire territoriale, et non des compartiments étanches. C’est précisément ce qui pourrait constituer l’originalité intellectuelle de cette institution. Je distingue trois dimensions indissociables. Un musée qui conserve, étudie et présente les collections : objets archéologiques, vestiges, œuvres, documents, archives, cartes, photographies, objets ethnographiques, témoignages, éléments du patrimoine industriel et artisanal… où chaque objet serait replacé dans son écosystème territorial et historique.
Un centre de recherche ; l’agence pourrait devenir un véritable laboratoire pluridisciplinaire du territoire, réunissant archéologues, historiens, géographes, anthropologues, géologues, paléo-environnementalistes, architectes, spécialistes du patrimoine, restaurateurs, historiens de l’art, spécialistes des archives et des humanités numériques. Un observatoire patrimonial ; c’est peut-être l’aspect le plus novateur. L’agence pourrait avoir pour mission de documenter en permanence l’évolution du patrimoine du territoire : sites archéologiques, paysages historiques, patrimoine bâti, patrimoine religieux, patrimoine industriel, patrimoine rural, traditions et savoir-faire, mémoire orale, patrimoine naturel, patrimoine immatériel, transformations contemporaines. Elle deviendrait ainsi une sorte de mémoire scientifique permanente du territoire.

  • Quelles seraient ses grandes missions énoncées par les médias ?

Je cerne huit grandes missions. Connaître le territoire dans la profondeur de son temps (temps géologiques et formation même des paysages et des milieux dans lesquels l’histoire humaine va s’inscrire) ; conserver les collections, mais également contribuer à la sauvegarde du patrimoine immobilier, archéologique, paysager, documentaire et immatériel.
Chercher : faire de l’agence un pôle scientifique qui accueillera des programmes de recherche, missions archéologiques, campagnes de prospection, études environnementales, publications, colloques, résidences de chercheurs, doctorats, partenariats universitaires et programmes internationaux.
Transmettre : C’est l’une des missions fondamentales de l’agence qui pourrait s’adresser simultanément aux chercheurs, étudiants, élèves, aux habitants, aux touristes, aux professionnels des patrimoines et au public international. L’objectif serait de construire plusieurs niveaux de lecture d’un même récit. Interpréter : l’Agence ne devrait pas évoquer «voici ce qui existait» mais poser des questions : comment vivait-on ? pourquoi cette cité est elle apparue ici ? Comment le climat a-t-il transformé le paysage ? Pourquoi cette route a-t-elle été tracée ? Comment les religions ont-elles transformé les villes ? Comment une technique s’est-elle transmise ? Pourquoi certains lieux ont-ils continué à être habités pendant plusieurs millénaires ? Autrement dit, passer de l’objet patrimonial à l’intelligence du territoire. Relier : (cette mission serait probablement la signature intellectuelle de l’agence). Relier nature et culture ; archéologie et histoire ; territoire et mémoire ; sciences et humanités ; patrimoine matériel et immatériel ; passé et présent ; recherche et médiation. Faire participer les communautés et les populations locales : l’Agence pourrait recueillir les mémoires familiales, récits locaux, photographies anciennes, archives privées, traditions, savoir-faire, récits de métiers, toponymie, mémoire des quartiers et des villages.
En un mot, faire entrer dans l’agence le patrimoine vécu. Le territoire ne serait plus seulement étudié «par les spécialistes» : ses habitants deviendraient également acteurs de sa documentation et de sa transmission. Faire rayonner le territoire. «Un territoire, des millions d’années» ; l’agence devrait être pensée comme une «tête de réseau» qui pourrait fédérer musées locaux, sites archéologiques, monuments, centres d’interprétation, archives, bibliothèques, universités, associations, collectivités, itinéraires culturels, paysages patrimoniaux.
Cette agence serait le centre nerveux d’un réseau patrimonial territorial. Il faudrait prévoir aussi une gouvernance scientifique indépendante et un Conseil scientifique international composé de spécialistes binationaux de différentes disciplines. A mon sens, c’est à partir de cette architecture (le territoire que l’on voit, le territoire que la science reconstruit et le territoire que la mémoire transmet.) Que nous pourrions concevoir une véritable institution avec une vision à 20–30 ans et affirmer : «de la mémoire de la terre à la mémoire des hommes». Son apport serait considérable : faire dialoguer plusieurs millions d’années d’évolution du milieu avec plusieurs milliers d’années d’histoire humaine, sans rupture artificielle entre les périodes. Le point de départ ne serait donc pas une date historique, une dynastie ou une civilisation. Le point de départ serait le territoire lui-même.

  • Que gagne le public à regarder l’histoire comme une continuité plutôt que comme une succession d’époques ?

Peut-on encore raconter un territoire en séparant strictement nature, archéologie, histoire et mémoire ? Sommes-nous prêts à accepter une institution qui ne raconterait pas seulement notre passé, mais qui permettrait de comprendre comment notre territoire est devenu ce qu’il est et comment il pourrait devenir ce qu’il sera ?

Recherches archéologiques à Tagdemt : Résultats des premiers sondages de terrain

Une équipe spécialisée du Centre national de recherche en archéologie (CNRA) a récemment effectué une opération de fouilles archéologiques préventives, sous forme de sondages, sur le site archéologique de Tagdemt, dans la commune éponyme (wilaya de Tiaret), a-t-on appris dimanche auprès de la direction de la culture et des arts. Cette opération avait pour objectif de vérifier l’éventuelle présence de vestiges ou de témoignages matériels présentant une valeur historique, a précisé la directrice de la culture et des arts de la wilaya, Mme Bachir Mama. Menés sur une superficie d’environ dix hectares aux abords de la commune de Tagdemt, ces sondages ont été réalisés à la demande des autorités locales afin de s’assurer que les terrains concernés ne renfermaient pas de vestiges susceptibles de compromettre la réalisation de projets de développement au profit des habitants, a expliqué la responsable. L’équipe technique a achevé ses travaux sans relever de découvertes archéologiques présentant une valeur historique particulière, selon la même source. La direction de la Culture et des Arts devrait recevoir prochainement le rapport final de cette opération. Ce document permettra d’élaborer un dossier technique et administratif consacré au site, qui sera soumis à l’approbation des autorités compétentes et contribuera à déterminer les terrains susceptibles d’accueillir les futurs projets de développement. Une partie des terrains concernés par les fouilles préventives doit notamment accueillir plusieurs projets, dont des logements sociaux, une polyclinique et des établissements scolaires, destinés à renforcer les infrastructures et les services de base de la commune. Dans ce cadre, des spécialistes en archéologie assureront un suivi des différentes étapes de réalisation de ces projets, notamment lors des travaux de terrassement et de construction, tout en veillant au respect des hauteurs autorisées, afin de préserver le site archéologique, a indiqué Mme Bachir. Situé à environ huit kilomètres de la ville de Tiaret, le site de Tagdemt est classé site archéologique national depuis le 20 novembre 1978 et s’étend sur une superficie d’environ 37 hectares. L’importance historique de ce site est notamment liée à deux périodes majeures de l’histoire de l’Algérie.
La première remonte à la fondation de l’Etat Rostémide, dont Tahert fut la capitale entre 777 et 909.
La seconde est liée à l’Emir Abdelkader, qui fit de Tagdemt sa capitale en 1838.

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