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L’école algérienne face au défi de la modernité

Par Cherif Lahdiri•4 min de lecture
Brifa
Résumé IA

Le président Tebboune mène depuis 2019 une refonte de l'école algérienne avec un nouveau statut enseignant, des revalorisations salariales et une formation obligatoire de 80 heures pour les instituteurs.

Seules les réformes du primaire sont validées, celles du lycée gelées pour préserver l'école de toute instrumentalisation idéologique et privilégier un modèle scientifique et progressiste.

Les pédagogues réclament un changement de paradigme : moins de mémorisation, plus de pensée critique, un enseignant facilitateur et un recrutement ultra-sélectif parmi les 5 à 10 % des meilleurs diplômés.

Le multilinguisme arabe, tamazight, français et anglais doit devenir un atout d'ouverture au monde plutôt qu'une source de crispations identitaires.

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La rentrée scolaire a, cette année encore, ravivé le débat sur les réformes du système éducatif national. Depuis 2019, le président Tebboune a engagé un chantier de refonte allant du nouveau statut particulier des enseignants fin 2024, aux revalorisations salariales successives, en passant par la refonte des mécanismes de promotion. Les avancements automatiques ont cédé la place à un dispositif plus exigeant : une formation obligatoire de 80 heures, étalée sur quatre mois, désormais requise pour les instituteurs remplissant les critères d’ancienneté. L’objectif affiché est à la fois de réguler les avantages salariaux et d’adosser toute progression de carrière à une réelle montée en compétences.
Sur le plan pédagogique, le chef de l’Etat a tranché, il y a quelques jours, un point qui suscitait des interrogations légitimes. Seules les réformes touchant le cycle primaire, validées en Conseil des ministres, demeurent d’actualité. Les mesures de restructuration initialement envisagées pour le lycée sont, elles, gelées. Ce choix n’est pas anodin : il traduit une volonté de préserver l’école de toute instrumentalisation idéologique et de consacrer une institution résolument scientifique, moderne et progressiste. Dans un pays où l’éducation demeure un terrain de tensions symboliques autant que pédagogiques, cette prudence mérite d’être saluée.
Les pédagogues algériens, nombreux à s’être exprimés ces derniers temps, plaident pour un paradigme profond. Il ne s’agirait plus seulement d’ajuster les statuts ou les grilles salariales, mais de faire basculer l’école d’un modèle centré sur la performance académique brute vers un modèle tourné vers l’épanouissement personnel et l’innovation. Moins de mémorisation, plus de réflexion : réduire les volumes de programmes pour laisser enfin de la place à la pensée critique, à la résolution de problèmes et à la créativité, et privilégier la qualité des interactions en classe à l’accumulation de connaissances ingurgitées puis oubliées.
Ce recentrage pédagogique suppose aussi de repenser le rôle de l’enseignant. «Enseigner moins pour apprendre plus» : moins de cours magistraux, davantage de projets, de discussions, d’expérimentations où l’élève devient acteur de son propre apprentissage. La suppression annoncée de plusieurs épreuves d’examens de fin d’année s’inscrit dans la même logique : libérer du temps pour l’apprentissage autonome et desserrer l’étau de l’anxiété scolaire, sans pour autant renoncer à l’exigence.
Il y a un autre chantier que rien ne saurait remplacer : celui des enseignants eux-mêmes, pierre angulaire de toute réforme réussie. Un recrutement ultra-sélectif, puisant parmi les 5 à 10% des meilleurs diplômés du pays, conditionnera la performance de l’ensemble de l’édifice. Une école ne vaut, in fine, que par la qualité de celles et ceux qui l’animent.
Enfin, la politique linguistique demeure un pilier incontournable. Le multilinguisme (arabe, tamazight, français et anglais) doit être assumé comme une richesse plutôt que subi comme une contrainte, à condition d’en faire un vecteur d’ouverture sur le monde et non un nouveau front de crispations identitaires.
L’école algérienne se trouve ainsi à la croisée des chemins : entre ambition pédagogique, pragmatisme scientifique et modernité. La réussite de ce pari dépendra moins des textes que de la constance politique à les mettre en œuvre, année après année, salle de classe après salle de classe.

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