Dr Nadira Benabdallah. Ancienne coordinatrice en santé scolaire et universitaire : «Avec ce vaccin, neuf types de hpv sont cibles»

Le vaccin nonavalent contre le papillomavirus (HPV) intègre le calendrier national de vaccination scolaire à la rentrée, ciblant les adolescents de 11 à 13 ans, filles et garçons.
Ce vaccin protège contre neuf types de HPV, dont sept à haut risque responsables de cancers du col de l'utérus, de l'anus, du pénis, de la vulve, du vagin et de la région oropharyngée.
La vaccination en milieu scolaire garantit l'équité d'accès et repose sur une organisation collective des équipes de santé, incluant surveillance post-injection de 15 minutes et traçabilité rigoureuse.
Le message aux parents insiste sur la prévention avant toute exposition au virus, avec un profil de sécurité favorable validé par l'OMS, sans lien avec les comportements des adolescents.
Publié par
El Watan
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
Le vaccin contre le papillomavirus humain (HPV) fait son entrée dans le calendrier national de vaccination à partir de cette rentrée scolaire. Destiné aux adolescents de 11 à 13 ans, filles et garçons, il sera notamment déployé dans le cycle moyen. Pour le Dr Nadira Benabdallah, ancienne coordinatrice en santé scolaire et universitaire, cette nouvelle vaccination constitue une étape importante de la prévention. Elle insiste sur la nécessité d’une information claire des familles et sur le rôle central des équipes de santé scolaire dans son organisation et son suivi.
- Le vaccin contre le papillomavirus humain fait son entrée dans le programme de vaccination scolaire dès cette rentrée. Pourquoi cette décision et quel est son objectif principal ?
Cette décision s’inscrit dans une vision moderne et préventive de la santé publique. Aujourd’hui, nous savons qu’un certain nombre de cancers peuvent être prévenus grâce à la vaccination. Les infections persistantes par certains types de HPV peuvent, après plusieurs années, être à l’origine de lésions précancéreuses puis de cancers. Notre objectif est donc d’agir bien avant l’apparition de la maladie. La vaccination contre le HPV permet de renforcer la prévention de plusieurs cancers, avec notamment une protection contre les principaux types de HPV responsables du cancer du col de l’utérus et d’autres cancers associés au virus. C’est donc avant tout une démarche de prévention des cancers et de protection de la santé de l’enfant et du futur adulte.
- Quels élèves sont concernés par cette vaccination ? Quel âge constitue le critère de référence et quel schéma vaccinal est prévu ?
Selon le calendrier national de vaccination modifié en 2026, la vaccination contre le HPV concerne les adolescents âgés de 11 à 13 ans. Il est important de préciser que le critère de référence est l’âge de l’enfant, conformément au calendrier vaccinal national, et non uniquement la classe fréquentée. Concernant le nombre de doses et les intervalles entre les doses, les équipes de santé scolaire appliqueront strictement le schéma vaccinal fixé par les instructions techniques nationales. Notre priorité est que chaque élève concerné bénéficie de la vaccination dans le respect du calendrier et dans les meilleures conditions de sécurité.
- Pourquoi avoir choisi le milieu scolaire pour cette vaccination ?
L’école constitue un cadre particulièrement important pour la prévention en santé. Elle nous permet d’aller vers les enfants et les adolescents, d’organiser les séances de vaccination de manière structurée et de garantir une plus grande équité d’accès à la prévention.
Le milieu scolaire permet également de renforcer la collaboration entre les professionnels de santé, le secteur de l’Éducation nationale et les familles. C’est précisément cette complémentarité qui fait la force de la santé scolaire. La vaccination à l’école ne se limite pas à l’acte vaccinal. Elle comprend également l’information, l’écoute, la surveillance, la traçabilité et l’accompagnement des élèves.
- Le HPV est souvent associé au cancer du col de l’utérus. Quels sont les autres risques liés à ce virus ?
Il faut surtout retenir que le HPV est un virus qui peut, dans certaines situations, être à l’origine de cancers. Le cancer du col de l’utérus est le cancer le plus connu associé au HPV, mais il n’est pas le seul. Les HPV à haut risque sont également impliqués dans plusieurs autres cancers, notamment les cancers de l’anus, du pénis, de la vulve, du vagin et de la région oropharyngée, et certaines classifications retiennent également le cancer du rectum parmi les cancers associés aux HPV. C’est pourquoi nous parlons aujourd’hui de la vaccination contre le HPV comme d’une véritable vaccination de prévention des cancers. Il est également important de préciser qu’une infection par HPV ne signifie pas automatiquement qu’une personne développera un cancer. La majorité des infections sont contrôlées spontanément par l’organisme. Le risque concerne surtout les infections persistantes par certains types de HPV à haut risque.
- Pourquoi vacciner les adolescents à cet âge ? Quel message adresser aux parents ?
Le message essentiel que nous souhaitons adresser aux parents est très simple. Nous vaccinons aujourd’hui pour prévenir une maladie qui pourrait survenir plusieurs années plus tard. La vaccination est d’autant plus efficace qu’elle est réalisée suffisamment tôt, avant une éventuelle exposition au virus.
C’est le principe même de la prévention vaccinale : préparer l’organisme à se défendre avant qu’une maladie ne puisse s’installer. L’OMS recommande ainsi la vaccination contre le HPV au début de l’adolescence. Il ne faut donc pas interpréter cette vaccination comme le signe d’une quelconque anticipation du comportement de l’adolescent. Nous ne parlons pas de comportements ; nous parlons de prévention et de protection. Comme pour les autres vaccinations de l’enfant et de l’adolescent, nous intervenons au moment où la protection est la plus utile.
- Quelle est l’efficacité du vaccin contre le HPV et pourquoi est-il recommandé de vacciner tôt ?
Les vaccins contre le HPV ont démontré une efficacité importante dans la prévention des infections et des lésions précancéreuses liées aux types de HPV ciblés. Leur efficacité préventive est maximale lorsqu’ils sont administrés avant une éventuelle exposition au virus.
Avec le vaccin nonavalent, neuf types de HPV sont ciblés, dont sept types à haut risque associés à des cancers et deux types responsables principalement de condylomes génitaux. C’est un point essentiel à retenir : la vaccination contre le HPV est une vaccination qui permet de prévenir des cancers. Elle ne traite pas un cancer déjà installé et ne remplace pas, lorsqu’il est indiqué, le dépistage du cancer du col de l’utérus.
- La sécurité suscite souvent des interrogations lorsqu’il s’agit de vacciner des adolescents. Que peut-on dire sur ce point ?
Les interrogations des parents sont parfaitement légitimes et notre rôle est d’y répondre avec transparence. Les données scientifiques disponibles et la surveillance internationale des vaccins contre le HPV sont globalement très rassurantes. L’OMS indique que les vaccins contre le HPV disposent d’un profil de sécurité favorable et que leur sécurité continue à faire l’objet d’une surveillance.
Comme pour toute vaccination, des réactions peuvent survenir, notamment une douleur ou une rougeur au point d’injection, une fatigue, des courbatures ou parfois une réaction passagère. Chez les adolescents, une sensation de malaise ou une syncope peut également survenir autour de l’acte vaccinal. C’est précisément pour cette raison que l’organisation de la séance prévoit une surveillance après l’injection. La sécurité de l’élève reste une priorité à chaque étape.
- Comment sera organisée l’intervention des équipes de santé scolaire ?
La vaccination en milieu scolaire repose sur un véritable travail d’équipe. Le médecin assure notamment la supervision médicale, apprécie les situations particulières et intervient dans le respect de ses compétences professionnelles et des protocoles définis par notre tutelle.
L’agent vaccinateur paramédical participe à la réalisation pratique de la vaccination, conformément à ses compétences et aux procédures en vigueur.
Mais la réussite d’une séance de vaccination ne repose pas uniquement sur l’acte d’injection. Toute l’équipe de santé scolaire est mobilisée pour préparer et organiser la séance, accueillir les élèves, assurer l’information et la sensibilisation, contribuer au bon déroulement de la vaccination, assurer la surveillance après l’injection et garantir la traçabilité. Après la vaccination, l’élève reste 15 minutes sous observation de l’équipe de santé scolaire. C’est donc une démarche collective, organisée et sécurisée. Nous sommes une équipe, et notre objectif commun est que chaque élève concerné puisse bénéficier de cette protection au moment prévu par le calendrier national.
Posez votre question à la rédaction
Votre question…
Prénom ou pseudo *
Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.
Votre question * 0/1000
Envoyer Annuler