A Boussouil, sous les gouffres, une pollution menace l’eau : Alerte écologique sous le mont de Djurdjura

Par R. Mag•7 min de lecture
Brifa
A Boussouil, sous les gouffres, une pollution menace l’eau : Alerte écologique sous le mont de Djurdjura
Résumé IA

Des spéléologues et des membres du Parc national du Djurdjura ont nettoyé le 18 septembre les gouffres de Boussouil, dans la plaine d'Aswel, pour alerter sur une pollution souterraine menaçant les ressources en eau.

Cette opération, menée à l'occasion de la Journée internationale des cavités et du karst, a révélé l'accumulation de plastiques et de détritus dans les cavités, invisibles depuis la surface.

Les eaux de pluie qui s'infiltrent dans les gouffres entraînent les déchets vers les galeries et les puits du réseau karstique, contaminant les sources qui alimentent les villages en aval.

L'Algérie ne disposant toujours pas de Fédération nationale de spéléologie, les acteurs présents appellent à une protection durable et à une meilleure gestion du pâturage sur les plateaux.

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Les déchets abandonnés sur les plateaux ou jetés dans les cavités peuvent être entraînés par les eaux d’infiltration et s’accumuler dans les galeries, les puits et les zones profondes.

Malgré l’alerte météorologique annonçant le 18 septembre, de fortes pluies, des spéléologues, des membres du Parc national du Djurdjura (PND) et des amis du massif ont pris le chemin de la plaine d’altitude d’Aswel, dans le Djurdjura. Leur objectif était double : marquer la Journée internationale des cavités et du karst, consacrée le 13 septembre par l’Union internationale de spéléologie (UIS), et surtout s’attaquer à une pollution qui échappe presque totalement au regard : celle qui s’accumule dans les gouffres de Boussouil. L’initiative rappelle la valeur exceptionnelle de ces milieux souterrains, encore largement méconnus et insuffisamment protégés. Elle intervient aussi dans un contexte où la spéléologie reste peu structurée en Algérie. Le pays ne dispose toujours pas d’une Fédération nationale de spéléologie, ce qui ne facilite ni l’organisation de la discipline, ni sa reconnaissance, ni la mise en place d’actions durables en faveur du patrimoine karstique. À Aswel, l’enjeu était toutefois très concret. Il s’agissait de nettoyer les abords des plateaux de Boussouil et de retirer, autant que possible, les déchets accumulés dans les cavités. Une opération qui prend une autre dimension lorsqu’on sait que les eaux qui pénètrent dans les gouffres participent aux circulations souterraines et alimentent, directement ou indirectement, les sources des villages situés en aval. La pollution des gouffres possède une particularité. Elle disparaît du regard sans disparaître de l’environnement. Les déchets abandonnés sur les plateaux ou jetés dans les cavités peuvent être entraînés par les eaux d’infiltration et s’accumuler dans les galeries, les puits et les zones profondes.
Plastiques, détritus divers et autres déchets restent ainsi piégés dans un milieu souterrain fragile. Leur présence est difficilement perceptible depuis la surface. Seuls ceux qui descendent dans les cavités peuvent mesurer l’ampleur de cette accumulation. Mohamed Tabèche, spéléologue et témoin de longue date de l’évolution de ces milieux, en parle à partir de son expérience de terrain. « Avec mes compagnons spéléologues, en 1988, on a remonté une brebis du Grand Boussouil », se souvient-il. Des années plus tard, le même gouffre a livré un autre type de découverte, autrement plus tragique. « Un cadavre humain est remonté de ce même puits. ». Ces épisodes anciens disent aussi la fonction que certains ont fini par attribuer aux gouffres : des endroits où l’on abandonne ce que l’on ne veut plus voir. Une pratique dont les conséquences se prolongent pourtant sous terre. Pour Mohamed Tabèche, la réalité de cette pollution est d’abord celle d’un témoin qui descend dans les profondeurs. «Seuls ceux qui descendent dans les cavités peuvent réellement voir ce qui s’y accumule au fil des années», souligne-t-il, évoquant les plastiques, les détritus et autres déchets qui trouvent dans les gouffres «un refuge invisible aux regards». L’expression résume à elle seule le paradoxe du karst. Ce qui disparaît de la surface réapparaît ailleurs, parfois dans les circuits de l’eau. Les gouffres de Boussouil ne constituent pas des espaces isolés du milieu naturel. Les précipitations qui s’y infiltrent rejoignent les réseaux souterrains du massif. Les déchets présents dans les cavités se trouvent ainsi dans un environnement directement traversé par l’eau. Cette situation donne à la pollution une portée qui dépasse largement la seule question de la propreté des sites.

Les eaux en première ligne

La dégradation d’un gouffre peut affecter un système hydrologique dont les ramifications sont difficiles à percevoir depuis la surface. Les spéléologues figurent parmi les premiers témoins de cette réalité. Leur connaissance des cavités leur permet d’identifier les zones où les déchets s’accumulent et de participer concrètement à leur extraction. Leur travail constitue aussi un moyen de documenter un phénomène qui demeure largement invisible pour le grand public. Cette mission mérite toutefois de s’inscrire dans la durée. Une opération de nettoyage, aussi importante soit-elle, ne peut suffire à traiter des décennies d’accumulation. Il faut poursuivre les interventions, surveiller les cavités et surtout empêcher l’arrivée de nouveaux déchets. La fréquentation pastorale appelle également une réflexion. Le nombre important de bêtes présentes toute l’année sur ces plateaux peut contribuer à la dégradation des sols et des eaux qui pénètrent ensuite dans le système karstique. Une meilleure gestion du pâturage apparaît dès lors comme l’un des éléments à intégrer dans une stratégie globale de protection. La protection d’Aswel, de Boussouil et des gouffres du Djurdjura ne peut se limiter à la préservation du paysage visible. Elle concerne un patrimoine souterrain fragile, mais aussi les circulations naturelles de l’eau qui relient les hauteurs du massif aux territoires situés en contrebas. Mohamed Tabèche et les autres spéléologues présents le 18 septembre en ont fait une démonstration concrète. Leur intervention rappelle surtout que la connaissance du monde souterrain passe par ceux qui l’explorent, le documentent et en observent les transformations au fil des années.
L’opération menée à Aswel doit donc être considérée comme un point de départ plutôt qu’un aboutissement. Nettoyer les gouffres, sensibiliser les usagers, mieux encadrer les pratiques sur les plateaux et empêcher les nouveaux dépôts constituent les conditions d’une protection durable. Le Djurdjura possède une richesse qui ne se mesure pas uniquement à ses paysages. Une partie essentielle de cette richesse se trouve sous terre, hors de portée du regard. À Boussouil, un déchet qui disparaît dans un gouffre, ne disparaît pas de l’environnement. Il entre dans un autre circuit, celui des profondeurs
et de l’eau.

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