Exposition de photographies de Mohamed Kouacia l’institut Cervantès d’Oran : Plein zoom sur «L’œil de la révolution algérienne»

L'Institut Cervantès d'Oran accueille une exposition hommage à Mohamed Kouaci (1922-1996), surnommé «l'œil de la révolution algérienne», photographe emblématique de la Guerre de libération et des premières années de l'Algérie indépendante.
Né à Blida et installé à Alger, Kouaci a rejoint le service photographique du GPRA en 1958, couvrant les actions des moudjahidines, les camps de réfugiés et les célébrations de l'indépendance jusqu'en 1962.
Il a immortalisé de nombreuses personnalités, dont Ahmed Ben Bella, Houari Boumediène, Habib Bourguiba, Gamal Abdel Nasser, Fidel Castro et le Che Guevara, avant de poursuivre sa carrière de photographe indépendant jusqu'à sa mort en 1996.
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L’exposition organisée à l’Institut Cervantès d’Oran rend hommage à Mohamed Kouaci (1922-1996), «L’œil de la révolution», dont les photographies historiques et les portraits de dirigeants immortalisent avec art la Guerre de libération et la naissance de l’Algérie indépendante.
Dans le cadre des activités organisées en ce moment à Oran liées au bicentenaire de la création de la photographie – activités organisées par le groupe «Oran-photo-lab» – une exposition unique en son genre est en cours en ce moment à l’Institut Cervantès, où il est question des œuvres de Mohamed Kouaci.
Surnommée «L’œil de la révolution», ou «Le témoin oculaire ayant photographié une Algérie en train de naître», Mohamed Kouaci a été l’auteur, au cours de sa carrière, de milliers de photographies ayant trait d’abord à la Guerre de libération nationale, puis des premières années de l’Algérie indépendante. Si l’exposition actuelle devait contenir un total de 121 clichés, l’étroitesse des lieux a obligé les organisateurs à revoir leur ambition à la baisse, et se contenter, la mort dans l’âme, d’un nombre de photographies moindres. Le vernissage a eu lieu samedi dernier, en présence de l’artiste-photographe Nora Zaïr, celle à l’initiative de l’événement, Ana Navarro Ortega, la nouvelle directrice de l’Institut Cervantès à Oran ainsi que de trois invités de marque : Mme Kouaci, la veuve du photographe, Ryad Kouaci, son neveu et Fazia Khris, sa cousine. Parmi les photographies exposées, il y a celles de portraits de plusieurs personnalités, algériennes ou étrangères, des scènes de vie dans les maquis, et puis bien sûr celles du jour de l’indépendance du pays, et l’explosion de joie collective.
On peut apprécier aussi ce cliché où on voit les moujahidates Baya Hocine, Djamila Bouhired et Zohra Drif répondre aux question des journalistes, de ces écoliers réfugiés prenant des cours en plein air, avec des moyens rudimentaires, de ces visages marqués de réfugiés rentrant dans le pays en 1962, le défilé de la délégation algérienne, avec l’emblème nationale arborée pendant le festival mondial de la jeunesse à Moscou en 1957, etc.
Guerre de libération nationale
Né en 1922 à Blida, Mohamed Kouaci a grandi à la basse Casbah, à Alger, avant de s’installer à Bologhine. Au début des années 40, il a intégré le PPA-MTLD de Messali Hadj avant, en 1946, de partir en France où, à Paris, il a travaillé en usine en qualité de tourneur-fraiseur. C’est aussi à Paris qu’il a exercé, les années suivantes, comme photographe. En juillet 1955, soit quelques mois après le déclenchement de la Guerre de libération nationale, il s’est rapproché des milieux estudiantins et intellectuels algériens, notamment de la Fédération de France et de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (Ugema), dont il faisait partie. En l’automne 57, sous l’impulsion d’Abane Ramdane, le journal El Moujahid voit le jour à Tunis – nous sommes à une époque où la presse écrite, à plus forte avec la complémentarité de l’image, revêtait d’une importance capitale pour renseigner l’opinion publique – et en 1958, on fit appel à Mohamed Kouaci pour prendre la direction du service photographique pour le compte de tous les ministères du GPRA. En 1961, il assume les mêmes fonctions au sein du 2e GPRA, sous la présidence de Benyoucef Benkhedda. De ce fait, entre 1958 à 1962, il couvrira de nombreux événements : les actions des moujahidates, celles dans les bases militaires de l’ALN, des représentations culturelles à Tunis et à l’étranger, la situation des réfugiés hébergés dans des camps et, bien évidemment, la joie collective aux premiers jours de l’Indépendance du pays.
Il réalisera aussi plusieurs portraits, d’hommes politiques, qu’ils soient algériens ou étrangers, parmi lesquels on compte Ferhat Abbas, Benyoucef Benkhedda, la photo officielle du premier président de la République algérienne démocratique et populaire, Ahmed Ben Bella, celle du deuxième Houari Boumediène, mais également des chefs d’Etat étrangers, à l’image de Habib Bourguiba ou Gamal Abdel Nasser. Il a aussi pris en photo le Patrice Lumuba, Josip Broz Tito, Nikita Krouchtchev, Fidel Castro, Ernesto Ché Guevara pendant leur séjour en Algérie, et bien d’autres encore. Au lendemain de l’indépendance, Ahmed Ben Bella a nommé Mohamed Kouaci responsable du service photographique du ministère de l’Information. Un poste qu’il ne quittera pas jusqu’en 1969 pour devenir photographe indépendant, et s’installer, alors, dans un studio, au boulevard Zighout Youcef, à Alger-Centre.
Ainsi, il continuera à exercer son métier, avec toujours la même fougue et la même passion, et ce, jusqu’à l’année de sa mort, en 1996. Dix ans plus tard, en septembre 2006, à l’occasion d’un hommage qui lui a été rendu au palais de la culture, à Alger, Pierre Chaulet dira de Mohamed Kouaci qu’il n’était pas, à proprement parler «un reporter de guerre, ni un cinéaste d’actualités», mais qu’il était «un photographe», que «son engagement a amené à voir et à comprendre certains aspects de la guerre de libération nationale à laquelle, par l’image, il participait». «Il avait conservé de son métier de photographe professionnel à l’ancienne, le souci du bon cadrage, du bon éclairage, du temps qu’il faut pour saisir la meilleure expression des personnages, leur regard».
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