Législatives au Maroc : Un scrutin sur fond de crise sociale et de défiance politique

Près de 16 millions d'électeurs marocains ont voté pour renouveler les 395 députés de la Chambre des représentants, dans un scrutin marqué par les inquiétudes sur le pouvoir d'achat et l'emploi.
À midi, le taux de participation atteignait seulement 11,34 %, traduisant une forte défiance, notamment chez les jeunes, après la crise migratoire de Ceuta qui a révélé le malaise social.
Le PAM et le RNI d'Aziz Akhennouch, tous deux proches du Makhzen, demeurent les principaux concurrents, malgré un bilan contesté et des accusations de conflits d'intérêts visant le chef du gouvernement.
Aucun changement majeur n'est attendu dans la configuration politique, bien que Fatima Ezzahra du PAM soit pressentie pour devenir la première cheffe du gouvernement du Maroc.
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Hier, les Marocains (près de 16 millions d’électeurs inscrits) sont allés aux urnes pour élire les 395 députés de la Chambre des représentants. Un vote dominé par les préoccupations liées au pouvoir d’achat, à l’emploi et aux inégalités, dans un contexte de défiance envers les partis politiques.
A midi, selon le premier communiqué du ministère de l’Intérieur, le taux de participation a atteint 11,34%. L’afflux des jeunes aux bureaux de vote avait été fortement constaté. L’on n’est pas loin de l’invasion de l’enclave espagnole de Ceuta par plus de 70 000 migrants marocains, dont une très grande majorité de jeunes. Un événement qui a révélé au monde entier le malaise social et le manque de perspectives d’une partie de la population juvénile. Une jeunesse qui a préféré boycotter ces législatives.
Interrogée par l’AFP à Rabat, une femme âgée de 50 ans a déclaré : «Je ne vais pas voter, car j’ai perdu toute ma confiance en la classe politique. Nous voulons que notre pays aille de l’avant, mais les politiques ne semblent pas se soucier de nos problèmes liés à la santé, l’éducation et le pouvoir d’achat…» Des inquiétudes justifiées au regard des promesses illusoires faites tout au long de la campagne électorale. «Nous organiserons la finale de la Coupe 2030 au Maroc», avait lancé, dans un meeting, Fouzi Lakdjaâ, ministre chargé du Budget et président de la Fédération royale marocaine de football, nouvelle recrue du Parti authenticité et modernité (PAM).
«Et alors, avaient riposté des jeunes, est-ce que cela nous sortirait de notre misère ?»
Le Rassemblement national des indépendants (RNI) de l’actuel chef du gouvernement décrié, Aziz Akhennouch, demeure, peut-être, le seul sérieux concurrent du PAM. Lui aussi, balayant d’une main la colère des citoyens quant à son bilan négatif, il a insisté à dresser un tableau en or de ses réalisations. «Nous avons mené des réformes de l’éducation et de la santé, nous avons augmenté les salaires…» Des déclarations vite rejetées par des huées.
Riche homme d’affaires, Akhennouch n’a pas échappé au déballage sur ses conflits d’intérêts en lien avec sa société de distribution d’hydrocarbures Afriquia et autres accusations…
Un parti dont deux de ses cadres ont été condamnés à 10 et 12 ans de prison ferme pour trafic de drogue.De toutes les façons, au Maroc, ce n’est un secret pour personne, qu’il s’agisse du PAM ou du RNI, les deux formations politiques «appartiennent» au Makhzen, puisque leurs personnalités sont proches du Palais royal. A l’issue de ce scrutin dont les résultats devaient être connus dans la soirée, l’on ne s’attendait pas à un grand changement dans la configuration politique du pays. Beaucoup ici pensent que Fatima Ezzahra, l’autre figure du PAM, ministre de l’Aménagement du territoire et maire de Marrakech, est pressentie pour devenir la première cheffe du gouvernement.
Enfin, un autre parti, celui de l’Istiqlal, conduit par Nizar Baraka, actuel ministre de l’Equipement, pourrait glaner quelques sièges. Quant au parti islamiste (Parti de la justice et du développement), mené par l’ex-chef du gouvernement, il a déclaré : «Si nous travaillons bien, le roi finira par fermer l’ambassade d’Israël.» Rien que cela… Aujourd’hui, le Maroc sera fixé sur son sort.
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