Université Alger 3 : Ouverture de la première voie nationale vers le marché du capital-risque

L'Université Alger 3 a créé la première société d'investissement en capital-risque à caractère universitaire en Algérie, la SIF-UA3, qui a obtenu l'agrément de la Cosob le 25 février 2026.
Dotée d'un capital initial de 188,8 millions de dinars, la société intervient par investissement direct et fonds d'investissement selon des critères stricts d'innovation, de viabilité économique et de potentiel de croissance.
La SIF-UA3 se positionne en complémentarité avec le Fonds algérien des start-up (ASF), accompagnant les projets universitaires de l'incubation jusqu'à l'accès aux financements nationaux.
L'université prépare également un FCPR universitaire géré par la SIF-UA3, réunissant 20 établissements pour mutualiser ressources financières, humaines et scientifiques dans un véhicule d'investissement commun.
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L’université algérienne n’est désormais plus appelée à se limiter à la formation, à la production des connaissances et à la recherche scientifique. Elle est appelée à jouer un rôle économique plus affirmé, en transformant les connaissances, l’innovation et les compétences en projets, entreprises, produits et services capables de créer une véritable valeur ajoutée.
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’expérience de l’Université Alger 3, qui constitue l’une des nouvelles initiatives institutionnelles majeures du secteur de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, avec la création de la Société d’investissement financier de l’Université Alger 3 (SIF-UA3), une société d’investissement en capital-risque à caractère universitaire.
L’importance de cette initiative ne réside pas uniquement dans la création d’une nouvelle structure rattachée à l’université. Elle réside également dans la mise en place d’un mécanisme financier et d’investissement permettant de passer de la production d’idées et de projets à leur financement et à leur accompagnement, puis à leur transformation en entreprises capables de créer de la richesse et des emplois.
Un agrément de la plus haute autorité de régulation du marché financier
L’importance de cette expérience s’est renforcée avec l’obtention, par la Société d’investissement financier de l’Université Alger 3, de l’agrément de la Commission d’organisation et de surveillance des opérations de Bourse (Cosob), sous le numéro 01/2026, relatif à la constitution d’une société d’investissement en capital-risque. La Cosob a officiellement annoncé que la décision d’agrément de la «Société d’investissement financier de l’Université Alger 3» a été prise le 25 février 2026, faisant de la SIF-UA3 la première société d’investissement en capital-risque à caractère universitaire à obtenir cet agrément en Algérie.
L’importance de cet agrément tient à la nature même de l’activité de capital-risque, qui ne constitue pas une activité financière ordinaire, mais qui est soumise à un cadre juridique et réglementaire spécifique visant notamment à protéger les investisseurs, à renforcer la transparence et la gouvernance, et à améliorer la gestion des risques. Le cadre juridique algérien a, au cours des dernières années, connu une évolution notable dans ce domaine, avec la reconnaissance des organismes de placement collectif en capital-risque, notamment les Sociétés d’investissement à capital-risque (Sicar) et les Fonds communs de placement à risque (FCPR). La Cosob a également adopté de nouvelles réglementations et instructions visant à renforcer le contrôle, la gouvernance et la gestion des risques dans ce secteur. Cela signifie, dans son essence, que l’université dispose désormais d’un écosystème d’innovation et d’entrepreneuriat composé notamment d’incubateurs, de laboratoires de recherche, de centres de développement de l’entrepreneuriat et de filiales économiques, auquel s’ajoute un outil financier capable d’intervenir à différentes étapes de la vie d’un projet.
Si l’incubateur aide l’étudiant à transformer son idée en projet et si le défi ProtoMarket permet au projet de se transformer en produit final, la société d’investissement intervient à un stade plus avancé, en étudiant le projet, en évaluant sa viabilité économique, puis en déterminant la forme d’investissement appropriée et en assurant son suivi et son accompagnement jusqu’à sa phase de croissance et d’expansion.
La philosophie de la SIF-UA3 repose ainsi sur un parcours clair :
projet → financement → accompagnement → création → croissance → expansion sur le marché.
L’importance de ce parcours réside dans le fait que le problème auquel est confronté l’écosystème de l’innovation n’est pas toujours lié à un manque d’idées. Il réside souvent dans la difficulté à faire passer les idées viables du stade du prototype à celui de l’activité économique, de l’investissement et de l’expansion.
188,8 millions de dinars pour amorcer un nouveau parcours d’investissement
Selon les données figurant dans la vision stratégique de la SIF-UA3, son capital initial s’élève à 188,8 millions de dinars, avec deux mécanismes d’intervention : l’investissement direct et les fonds d’investissement. L’université ne se limite donc plus à produire des projets. Elle devient également un acteur capable de participer à l’écosystème du capital-risque selon des critères économiques et financiers précis.
Cela ne signifie pas que la société financera tout projet simplement parce qu’il est issu de l’université. Sa philosophie repose sur la sélection et l’évaluation, sur la base notamment du niveau d’innovation, de la viabilité économique, du potentiel de croissance et d’expansion, de la valeur ajoutée, de la capacité à créer des emplois, des possibilités de commercialisation et d’exportation, ainsi que de la compétence de l’équipe et de sa capacité à assurer l’exécution du projet. Cette orientation devrait progressivement contribuer à instaurer une nouvelle culture de l’investissement au sein du monde universitaire.
SIF-UA3 n’est pas un concurrent de l’ASF
Il est important de distinguer la SIF-UA3 du Fonds algérien des start-up (ASF). Selon le portail officiel de l’écosystème algérien des start-up, l’ASF est une société publique de capital-risque destinée au financement des entreprises ayant obtenu le label «Start-up», à travers des fonds propres et quasi-fonds propres. Elle a été créée sur décision du président de la République, avec la participation de six banques publiques. La SIF-UA3 relève, quant à elle, d’un modèle différent, tant par son origine que par sa fonction. Il s’agit d’une société d’investissement en capital-risque à caractère universitaire, issue de l’écosystème de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, et particulièrement orientée vers les projets, les innovations, les compétences, les brevets et les start-up issus du milieu universitaire.
La relation entre les deux modèles apparaît ainsi davantage comme une relation de complémentarité que de concurrence. Un projet étudiant peut ainsi commencer au sein de l’incubateur universitaire, bénéficier d’un financement et d’un accompagnement à travers les mécanismes universitaires, puis, après sa transformation en start-up, accéder aux instruments de financement disponibles au sein de l’écosystème national, notamment l’ASF et d’autres investisseurs et fonds.
Le FCPR universitaire… une étape qui dépasse la création d’une société d’investissement
L’un des aspects les plus importants de l’expérience de l’Université Alger 3 est que le projet ne s’est pas limité à la création d’une Sicar, mais s’est également étendu à la réflexion autour de la création de FCPR. Le FCPR constitue un véhicule d’investissement collectif permettant de regrouper les fonds des souscripteurs et de les orienter vers des projets et entreprises éligibles, tout en répartissant les risques, en diversifiant les investissements et en adoptant un horizon d’investissement à moyen ou long terme.
L’idée dépasse ici les frontières d’une seule université
Selon la vision présentée par la SIF-UA3 , les universités et les filiales économiques universitaires pourraient participer en qualité de souscripteurs et de détenteurs de parts dans le fonds, permettant ainsi de mutualiser les ressources financières, humaines et scientifiques des universités au sein d’un instrument d’investissement commun. La Cosob accompagne ainsi le secteur de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, à travers ses filiales économiques, dans l’obtention du premier agrément accordé par cette autorité à un FCPR à caractère universitaire en Algérie, avec la participation de 20 établissements universitaires, géré par la SIF-UA3, après l’obtention de son agrément auprès de la Cosob. Cette étape revêt une importance particulière. Elle indique que l’université algérienne ne cherche pas seulement à financer ses propres projets, mais entend également contribuer à la construction d’un marché de l’investissement universitaire capable de mobiliser des capitaux et de les orienter vers l’innovation.
Du financement des projets au financement de l’avenir
La valeur fondamentale de ce modèle ne réside pas uniquement dans le volume des capitaux susceptibles d’être investis, mais dans la philosophie de financement qui le sous-tend.
Le financement traditionnel s’appuie généralement sur les garanties et la capacité actuelle de remboursement. Le capital-risque, quant à lui, recherche les projets disposant d’un potentiel futur, en évaluant l’équipe, le marché, le niveau d’innovation et la capacité de croissance. Cette approche correspond particulièrement à la nature des projets universitaires qui peuvent ne pas disposer, à leurs débuts, d’importants actifs matériels, mais qui reposent sur des connaissances, une technologie, un brevet ou un modèle économique susceptible de changer d’échelle.
La SIF-UA3 peut ainsi ouvrir à l’étudiant une voie différente : au lieu que le parcours universitaire se termine par l’obtention d’un diplôme suivie de la recherche d’un emploi, il peut commencer par une idée, se transformer en projet, puis en entreprise, avant d’entrer dans un cycle d’investissement et de croissance, jusqu’à devenir lui-même créateur d’emplois.
L’université devient un partenaire du développement économique
Cette transformation s’inscrit dans la nouvelle orientation du secteur de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique en Algérie, fondée sur le renforcement des liens entre l’université et son environnement économique et social, la valorisation des résultats de la recherche scientifique, l’encouragement de l’innovation et de l’entrepreneuriat et la transformation des connaissances en valeur économique. Les données figurant dans la vision stratégique de la SIF-UA3 font état d’un nombre important de projets innovants — 2100 projets labellisés —, de start-up — 650 entreprises —, d’incubateurs — 134 incubateurs — et de filiales économiques — 450 filiales économiques — au sein de l’écosystème universitaire.
Le prochain défi consiste donc à passer de la multiplication des projets à la qualité des projets, à leur capacité à attirer l’investissement et à leur potentiel de croissance.
C’est précisément là que la société d’investissement peut jouer le rôle de maillon reliant l’écosystème de l’innovation à celui du financement.
Vers une économie puisant sa force dans l’université et la recherche scientifique
Si cette expérience parvient à atteindre ses objectifs, ses effets ne se limiteront ni à l’Université Alger 3 ni aux 20 établissements universitaires qui constitueront le premier FCPR. Le modèle pourrait être étendu à travers la création de fonds sectoriels spécialisés, réunissant universités, centres de recherche, entreprises économiques et investisseurs autour de priorités stratégiques telles que l’intelligence artificielle, l’industrie 4.0, la transition énergétique, l’hydrogène, les technologies financières, l’industrie pharmaceutique, l’économie circulaire et bien d’autres secteurs.
L’université pourrait ainsi devenir un partenaire dans la construction de chaînes de valeur nationales et non plus seulement un fournisseur de compétences pour le marché du travail. L’université dispose du chercheur, de l’étudiant, du laboratoire, du brevet, de la connaissance et de la capacité à produire des solutions.
L’entreprise économique dispose du marché, de l’expertise industrielle et de besoins concrets en matière d’innovation. Le capital-risque apporte, quant à lui, le maillon financier permettant de transformer ces potentialités en projets viables.
L’Algérie à l’aube d’une nouvelle étape dans le financement de l’innovation
L’évolution du cadre réglementaire du capital-risque en Algérie traduit une volonté de diversifier les sources de financement de l’économie. Les évolutions législatives et réglementaires ont permis la création d’organismes de placement collectif en capital-risque, notamment les Sicar et les FCPR, ouvrant la voie à des instruments de financement davantage adaptés aux entreprises innovantes et aux sociétés à fort potentiel de croissance. La Cosob œuvre également au développement de l’environnement du capital-risque et a adopté des propositions et recommandations visant à dynamiser la création et le développement des fonds de capital-risque et à offrir des solutions de financement adaptées aux entreprises innovantes et aux start-up. Dans cette perspective, l’expérience de l’Université Alger 3 intervient à un moment particulièrement important, puisqu’elle rapproche deux trajectoires qui sont longtemps demeurées relativement séparées : la production de la connaissance et la mobilisation du capital.
L’université algérienne avance vers un nouveau rôle économique
La création de la SIF-UA3 ne devrait pas être considérée comme une simple opération financière ou administrative, mais comme le signe d’une transformation plus profonde de la philosophie de l’université algérienne. L’université qui produisait la connaissance est désormais appelée à la valoriser. L’université qui formait les étudiants est désormais appelée également à les encourager à créer des entreprises.
L’université qui produisait de la recherche est désormais appelée à transformer les résultats de cette recherche en solutions, produits et services.
L’université qui considérait l’économie comme un environnement extérieur est désormais appelée à devenir un partenaire direct de la création de valeur et de richesse. C’est dans cette perspective que se révèle toute l’importance stratégique de l’expérience de la SIF-UA3. Elle constitue une tentative de construire un pont institutionnel entre la connaissance et l’investissement, entre l’innovation et le marché, entre l’étudiant et l’entreprise, entre la recherche scientifique et le développement économique. Si l’Algérie a franchi, au cours des dernières années, des étapes importantes dans la construction de son écosystème de start-up, d’incubateurs et d’entrepreneuriat universitaire, le passage à une nouvelle phase, celle de l’investissement organisé en capital-risque, pourrait constituer une nouvelle étape qualitative.
Conclusion
En définitive, le succès de cette expérience ne se mesurera pas uniquement au nombre de fonds créés ou au nombre de projets financés, mais au nombre d’entreprises capables de croître, au nombre d’emplois créés, au volume de valeur ajoutée générée et à la capacité de la recherche scientifique algérienne à atteindre le marché. C’est une nouvelle équation que l’on peut résumer en un seul parcours : de l’université à l’investissement, de l’investissement à l’entreprise, de l’entreprise à l’emploi, de l’emploi à la création de richesse et de la création de richesse au développement national. En ce sens, l’Université Alger 3 ne crée pas seulement une société d’investissement. Elle contribue à construire un nouveau modèle de l’université algérienne : une université qui produit la connaissance, innove, investit dans les compétences et participe à la construction de l’économie nationale.
Professeur Ahmed Mir , Spécialiste en économie
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