L’éternelle injustice de l’ONU envers l’Afrique

L'Afrique a réclamé d'une seule voix à la 81e Assemblée générale de l'ONU une représentation permanente au Conseil de sécurité, appuyée par l'Algérie, le Ghana et le secrétaire général Guterres.
Un consensus de façade existe sur le principe de deux sièges permanents, mais Washington, Moscou et Pékin refusent d'accorder le droit de veto, créant une catégorie de membres de seconde zone.
Pour l'Algérie, cette impasse confirme que la gouvernance mondiale issue de 1945 ne se réformera pas par l'argument moral tant que les cinq membres permanents protègent leur privilège.
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El Watan
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Il aura suffi d’une semaine de tribune onusienne pour mesurer l’ampleur du consensus et l’ampleur du blocage. A New York, où se tient jusqu’au 28 septembre la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, l’Afrique a une nouvelle fois porté, d’une seule voix ou presque, une revendication vieille de plusieurs décennies : obtenir enfin une représentation permanente au sein du Conseil de sécurité.
L’Algérie a réitéré son appel à un multilatéralisme «juste et équitable» et à la fin d’une «injustice historique». Le président ghanéen, John Dramani Mahama, a inscrit cette demande dans une généalogie de la réparation due à la colonisation. Le secrétaire général, António Guterres, a lui-même jugé «injuste et indéfendable» qu’un continent de 1,5 milliard d’habitants reste à l’écart de l’organe le plus décisif de la gouvernance mondiale.
Sur le papier, l’unanimité est frappante. Le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte fixent depuis longtemps la position commune africaine : deux sièges permanents avec droit de veto et cinq sièges non permanents. Washington dit soutenir l’octroi de deux sièges permanents. Moscou ne s’y oppose pas dans son principe. La déclaration conjointe du Brésil, de l’Allemagne, de l’Inde et du Japon (ce groupe des «demandeurs similaires») va dans le même sens. Même les BRICS, dans leur récent communiqué, endossent explicitement le Consensus d’Ezulwini.
Mais cette convergence de façade s’effondre dès qu’on aborde la question qui compte réellement : le droit de veto. Washington pose une condition qui vide la revendication africaine de sa substance : de nouveaux sièges permanents, oui, mais sans droit de veto. Moscou défend le même distinguo. Pékin évite soigneusement de se prononcer sur ce point précis, tout en affichant un soutien rhétorique à une «meilleure représentation» du continent.
Pour l’Union africaine, la ligne rouge est pourtant claire : des sièges permanents sans veto ne feraient que créer une deuxième catégorie de membres permanents, un strapontin honorifique qui perpétuerait, sous une forme à peine maquillée, l’inégalité qu’il s’agit précisément de corriger.
C’est là tout le paradoxe de cette réforme, réclamée depuis plus de vingt ans : elle bénéficie d’un soutien de principe quasi universel, mais elle échoue systématiquement sur l’unique point qui la rendrait réellement transformatrice. Les cinq membres permanents actuels, unis par un intérêt commun malgré leurs rivalités, n’ont aucune raison structurelle de diluer un privilège qui fait précisément leur singularité. Réclamer l’abolition du veto pour tous, comme le suggère par ailleurs la position africaine, se heurterait au même mur ; l’étendre à de nouveaux membres reviendrait, aux yeux de Washington, à multiplier les points de blocage dans un organe déjà largement paralysé.
Pour l’Algérie, dont la diplomatie a fait de la réforme du Conseil un axe constant de son action multilatérale (de la voix portée par l’ambassadeur Amar Bendjama aux travaux autour de l’initiative «UN 80»), ce nouvel épisode confirme une conviction de fond : la gouvernance mondiale héritée de 1945 ne se réformera pas par la seule force de l’argument moral. Tant que le Conseil de sécurité restera l’otage des intérêts des puissances qui l’ont façonné à leur image, l’Afrique continuera de plaider dans le vide d’une salle qui l’écoute poliment sans jamais lui céder la place.
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