Boycotté par 77 pays et dénoncé par des manifestations populaires à New York : Netanyahu vante ses crimes et implique Trump dans ses guerres

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a prononcé un discours à l'Assemblée générale de l'ONU boycotté par 77 pays, tandis que des manifestants réclamaient l'exécution du mandat d'arrêt de la CPI.
Netanyahu a nié tout génocide à Gaza, qualifiant ces accusations de «plus gros mensonge du siècle», et a vanté ses attaques contre l'Iran et l'opération des bipeurs piégés contre le Hezbollah.
Mahmoud Abbas a dénoncé via vidéo un «projet colonial malveillant» et une «guerre génocidaire», l'administration américaine lui ayant refusé un visa pour s'exprimer en personne.
La visite de Netanyahu n'a duré que huit heures sans rencontre avec Donald Trump, une première, confirmant des relations tendues entre les deux dirigeants.
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Devant son discours enflammé, boycotté par des dizaines d’Etats membres de l’Assemblée générale de l’Onu, à New York, en raison du génocide à Ghaza, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, s’est livré à de virulentes attaques contre l’Iran, le Qatar, la Syrie, mais aussi contre le maire de New York, Zohran Mamdani.
Alors qu’une foule imposante battait le pavé aux alentours du siège de l’Onu, à Ney York, en réclamant l’exécution du mandat d’arrêt international délivré par la Cour pénale internationale (CPI) contre le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, ce dernier entamait un discours enflammé devant la 81e Assemblée générale des Nations unies, dans une salle vidée par une grande partie des diplomates en signe de protestation, accueilli avec des «Am Yisrael Chai» (La nation d’Israël vit), scandé par des partisans de l’Etat hébreu. Son avion avait atterri, le jour même, jeudi dernier, à New Jersey, évitant ainsi l’aéroport de New York, en raison des menaces d’arrestation proférées contre lui par Zohran Mamdani, le maire de cette ville, où des manifestations imposantes de soutien à la Palestine avaient eu lieu. Pour la première fois, il n’a pas rencontré le président américain, Donald Trump, comme à chaque voyage aux Etats-Unis, et sa visite n’aurait pas dépassé 8 heures de temps, selon des médias américains, confirmant, d’après ces derniers, les «relations tendues» entre les deux dirigeants.
Dès son arrivée devant le pupitre de la salle de conférence, et en voyant les longues files de diplomates quitter la salle, Netanyahu s’est tourné vers le président de l’Assemblée et a déclaré : «Monsieur le président avant de commencer, juste une brève annonce.» Il s’est par la suite adressé à l’assistance d’une voix colérique et d’un regard fustigateur : «S’il y a d’autres lâches moraux qui n’ont pas encore quitté la salle, faites le maintenant.» Pas moins de 77 pays ont boycotté sa déclaration, parmi eux, seuls deux Etats membres de l’Union européenne : l’Espagne et l’Ireland. Dans le monde arabe, seuls le Maroc, les Emirats arabes unis, ainsi que Bahrein ont suivi le discours de Netanyahu, alors que la majorité des pays africains, du Moyen-Orient et de l’Amérique latine l’ont boudé.
Le Premier ministre israélien a rappelé qu’il s’est tenu devant la même tribune il y a 14 ans et a «tracé une ligne rouge et juré d’empêcher la dictature meurtrière de l’Iran de développer des bombes atomiques, des armes nucléaires qui pourraient menacer le monde entier». Tout son discours – qui pourrait être le dernier de sa carrière à l’approche d’une élection dont il n’est pas favori – reposait sur des rhétoriques mensongères, de l’arrogance, des menaces et des insultes à l’égard des Etats membres de l’Onu, violant ainsi les dispositions de la Charte des Nations unies, qui interdisent de tels actes.
Netanyahu balaie d’un revers de main le génocide à Ghaza
Son intervention a eu lieu quelques heures seulement après que Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, a qualifié la guerre d’Israël contre Ghaza de «projet colonial malveillant» qui vise à chasser les Palestiniens de leurs terres. Pour lui, «Israël mène une guerre génocidaire ayant engendré une catastrophe humanitaire sans précédent». Pour la seconde fois consécutive, Mahmoud Abbas s’est adressé à l’Assemblée générale de l’Onu par un message vidéo préenregistré, en raison du refus de l’administration américaine de lui délivrer un visa d’entrée aux Etats-Unis.
Mais, toutes les accusations de génocide, de nettoyage ethnique, de déplacements forcés, etc., dirigées par le président palestinien et des dizaines d’intervenants avant lui ont été balayées d’un revers de main par Netanyahu, qui à aucun moment n’a évoqué ou expliqué la dévastation terrifiante de Ghaza. «Accuser Israël de génocide est le plus gros mensonge du siècle. Israël a plutôt empêché un génocide commis par le Hamas contre mon peuple», a-t-il déclaré, oubliant que sa guerre génocidaire était filmée et diffusée en direct sur les écrans des chaînes de télévision et des smartphones du monde entier.
Pour Netanyahu, le contenu des nombreux rapports de la Commission d’enquête internationale indépendante des Nations unies sur le territoire palestinien occupé, des experts onusiens des droits de l’homme, des ONG internationales de défense des droits de l’homme, y compris israéliennes, etc., qui prouvent que son armée a commis un génocide, relèvent de la fiction. Il a décrit les attaques du 7 octobre 2023 comme un «11 Septembre» mais, a-t-il relevé, «Israël s’est relevé et a riposté comme un lion».
Il n’a dit mot sur la destruction massive de l’enclave où s’entassent plus de 2 millions d’habitants. Sur les violentes agressions de colons appuyés par l’armée israélienne contre les Palestiniens en Cisjordanie, Netanyahu a pointé du doigt la presse internationale et les médias sociaux qui, d’après lui, ne couvrent pas «les attaques palestiniennes» contre son pays. Leur «attention», a-t-il expliqué, n’est retenue que par «quelque 150 jeunes délinquants qui jettent des pierres, coupent des oliviers ou allument occasionnellement des incendies».
Et d’ajouter : «C’est ce qu’ils appellent la violence des colons», avant de décrire ces derniers de «pacifiques», «respectueux des lois» et d’«honorables». Pour lui, il «ne s’agit pas d’une affaire de terres, mais de celle de l’existence même de l’Etat hébreu». S’adressant aux Etats occidentaux, il a estimé «étrange que certains qui nous accusent de colonisation, dont la France et la Grande-Bretagne, je leur dis, assez de mensonges vous avez colonisé le monde». Pour se blanchir de la grave dégradation de la situation humanitaire que sa guerre a provoquée, il a demandé à l’assistance : «Quel régime génocidaire vaccine-t-il un million de personnes contre la polio ?» Avant d’affirmer que son pays «utilise les appels téléphoniques, les SMS et les tracts pour alerter les Palestiniens avant les attaques. C’est tout le contraire d’un génocide». Des propos démentis par les centaines de victimes qui meurent sous les bombes à destruction massive, larguées sur des bâtiments résidentiels à Ghaza.
Tapant parfois sur le pupitre, haussant le ton, lançant des regards perçants à l’Assemblée, Netanyahu n’a pas mis de gants pour s’attaquer au Hezbollah, au Hamas et à leurs «alliés», mais aussi au président turc, Recep Tayyip Erdogan, au Qatar, à la Syrie, aux dirigeants d’Europe occidentale qui, selon lui, avaient «choisi de céder à la foule antisémite». Tout rassuré, il a assumé et vanté ses actes qui constituent tous des crimes de guerre. D’abord l’agression contre l’Iran, un acte prohibé par la Charte des Nations unies et le droit international.
«Vous souvenez-vous des bipers…»
«Détruire les installations nucléaires iraniennes était très difficile, mais pour moi, cela était l’une des décisions les plus faciles que j’ai prises», a-t-il affirmé, parce que, selon lui, «si nous ne l’avions pas fait, nous serions tous morts aujourd’hui». Il a poussé le bouchon plus loin, en affirmant qu’Israël «se défend et défend aussi plusieurs des Etats qui ont quitté la salle de l’Assemblée générale».
Se sentant affranchi de toute éventuelle poursuite, Netanyahu, du haut de la tribune des Nations unies, a non seulement avoué ses crimes mais les a aussi vantés. Il a brandi un biper tout en rappelant au Hezbollah les attaques meurtrières de septembre 2024. «Vous souvenez-vous des bipers ?» a-t-il demandé en brandissant l’un de ces émetteur-récepteurs destinés au Hezbollah, qu’il avait piégé et expédié au Liban, avant de les faire exploser à distance, tuant plus d’un millier de Libanais et blessant des milliers d’autres. «Le Hezbollah s’en souvient certainement», a-t-il ajouté.
Dans cette guerre contre le droit international, que Netanyahu a désignée de «lutte contre les barbares», Israël, a-t-il souligné, n’a «pas eu de meilleur allié que le président Trump», impliquant ainsi les Etats-Unis dans tous les crimes de guerre commis par son armée, présentée comme «la plus morale du monde». Il a rendu hommage à Trump et salué son «leadership audacieux» ainsi que son «partenariat dans la lutte contre les barbares. Il a courageusement affronté un danger énorme pour l’Amérique, Israël et le monde», faisant référence à la guerre israélo-américaine contre l’Iran, de 2025 et 2026, avant d’affirmer : «Israël et l’Amérique ont agi ensemble non seulement pour se protéger mais aussi pour sauver la civilisation.»
Netanyahu s’en est ensuite pris au Qatar et à la Turquie pour avoir «propagé des mensonges et soutenu le Hamas».
Il a commencé par accuser Doha de «dépenser depuis des années des milliards de dollars dans les universités américaines» et dans la chaîne de télévision Al Jazeera pour «endoctriner les jeunes esprits et leur faire haïr Israël, haïr l’Amérique et haïr l’Occident», puis a enchaîné de manière virulente sur le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qualifié de «tyran». Il n’a pas mis de gants pour l’accuser d’avoir «tué des milliers de Kurdes, occupé illégalement le nord de Chypre, menacé la Grèce et emprisonné des journalistes». Pour Netanyahu, Erdogan, «qui appelle chaque jour à la destruction d’Israël, prétend qu’il deviendra le maître de Jérusalem». Et d’un ton menaçant, il a averti : «Non, monsieur, vous n’y parviendrez pas. C’est notre ville.» Avant d’avertir et de menacer le président syrien. «Monsieur Al Charaa, vous devriez savoir que les juifs sont sur le plateau du Golan depuis l’époque de Moise, Vous pouvez le lire dans la Bible (…).»
Aucun mensonge ne peut cacher les mandats d’arrêt contre Netanyahu
Puis, il revenu encore une fois à l’Iran. Un terminal internet Starlink dans la main, il s’est adressé au président de l’Assemblée générale en lui disant qu’il le laisserait à la délégation iranienne afin que, «lorsqu’ils feront inévitablement défection, ils puissent raconter leur histoire sur les réseaux sociaux». Et d’ajouter : «Le pouvoir du peuple l’emportera sur celui qui est au pouvoir», en précisant : «Le régime meurtrier sera renversé pas ses mensonges, par sa corruption, par sa cruauté.»
A Zohran Mamdani, qui avait demandé son arrestation pour des crimes de guerre, Netanyahu a déclaré : «Depuis que vous avez été élu maire de New York, les juifs ne se sentent plus en sécurité. Vous avez tenté de m’empêcher d’arriver ici, mais je suis là pour dire la vérité et vous ne pouvez pas me faire taire.» Il a qualifié le maire d’«antisémite» et déclaré que dans sa ville, les juifs «sont poignardés et pris pour cible simplement parce qu’ils sont juifs», avant d’avertir : «L’époque où les juifs étaient des victimes sans défense menés à l’abattoir est révolue. Aujourd’hui, nous avons un Etat et nous avons une armée.»
Mamdani a vite répliqué dans un communiqué repris par les médias américains, dans lequel il a accusé Netanyahu de répéter des mensonges sans fondement pour couvrir son génocide des Palestiniens, en précisant toutefois qu’«aucun mensonge ne peut cacher le fait qu’il reste l’objet d’un mandat d’arrêt international de la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre et contre l’humanité». Le Qatar a également répondu aux accusations de Netanyahu. «Le fait qu’il se soit adressé à une salle a moitié vide lors de son discours à l’Onu en dit long sur le soutien dont bénéficie ce message», a écrit Hamad Al Maftuh, ambassadeur adjoint du Qatar aux USA, dans un post sur son compte X, ajoutant : «Accuser le Qatar d’échec politique ne change rien aux faits.»
Le diplomate a écrit aussi que les financements, par son pays, des universités américaines a très largement servi à soutenir le fonctionnement de leurs campus à Education City, permettant ainsi à l’enseignement supérieur américain de s’implanter au Moyen-Orient.
«Ces universités conservent la responsabilité académique et leurs programmes, le Qatar ne dicte pas ce qui se passe au sein de ces établissements.» Il a également déclaré à Netanyahu : «Vous savez aussi parfaitement pourquoi des représentants du Hamas sont établis à Doha. La Qatar a servi de canal de communication et de médiateur dans les négociations impliquant Israël, le Hamas, les Etats-Unis et l’Egypte. Les responsables américains ont à plusieurs reprises qualifié le rôle de médiation du Qatar de crucial, voir d’indispensable», ajoutant que «dans un contexte de profonds bouleversements politiques dans la région (…) s’en prendre à l’un des pays qui accomplissent ce difficile travail de médiation ne contribue en rien à résoudre le problème».
Dans une déclaration officielle, Ankara a également riposté aux menaces et accusations de Netanyahu contre le président turc. «Sous la direction de notre Président, la Turquie continuera à défendre les droits des opprimés», a affirmé le directeur de la communication de la présidence turque, Burhannettin Duran, pour lequel, les accusations de Netanyahu «sont sans fondement» et «incompatibles avec les idéaux de paix, de droit et de dialogue incarnés par l’Onu».
Salima Tlemçani
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