Disparition de Mohamed Benchicou : L’homme qui a marqué la presse algérienne

Mohamed Benchicou, figure emblématique de la presse algérienne et ancien directeur du journal Le Matin, est décédé jeudi à 74 ans après une longue maladie.
Son journal, fermé en 2004, s'était distingué par une ligne éditoriale virulente et des investigations qui lui ont valu l'hostilité des autorités pendant la décennie noire.
Condamné à deux ans de prison en 2004 pour une affaire de bons de caisse après la publication clandestine de son livre critique sur Bouteflika, il a relaté son incarcération dans Les geôles d'Alger.
Sa dépouille sera rapatriée aujourd'hui pour un hommage à la Maison de la presse Tahar Djaout avant l'inhumation au cimetière de Garidi à Alger.
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Mohamed Benchicou est mort jeudi dernier, à l’âge de 74 ans, après s’être battu contre une longue maladie. Son nom restera immanquablement lié à celui de l’histoire de la presse algérienne tant sa plume, pendant des décennies, a marqué d’une pierre blanche le paysage médiatique algérien.
Directeur du Matin jusqu’à sa fermeture en 2004, il avait pourvu son journal d’une ligne éditoriale virulente, d’une liberté de ton et d’articles «coup-de-poing» qui ne manquaient jamais de donner des coups de pied dans la fourmilière. Il était la bête noire des autorités de l’époque tant les articles et les investigations qu’il publiait dans son journal avaient le mérite de les sortir de leurs gonds. Pendant la décennie noire, en dépit de la menace que faisaient peser les terroristes islamistes sur les journalistes algériens, son journal a continué inlassablement à dénoncer les agissements de ces derniers.
Le choix de sa liberté a cependant commencé à lui en coûter en août 2003 lorsque, de retour d’un voyage, alors qu’il se trouvait à l’aéroport Houari Boumediène d’Alger, il fut interpellé pour une sombre histoire de bons de caisse. S’en est suivi un contrôle judiciaire avec interdiction de quitter le territoire national. Nous étions aux portes de la rentrée sociale de 2003 et l’élection présidentielle d’avril 2004, où l’ancien président Abdelaziz Bouteflika avait l’intention de se présenter pour un second mandat, approchait à grands pas. Certains observateurs ont alors vu, en cette pression judiciaire exercée sur Benchicou et sur son journal, ni plus ni moins qu’une volonté de l’intimider et le faire revenir «à de meilleurs sentiments».
Mais plutôt que de faire profil bas, Mohamed Benchicou a continué de publier dans son journal ses articles incendiaires, et s’est même mis à l’écriture d’une biographie sur l’ancien Président : Bouteflika, une imposture algérienne, qui paraîtra clandestinement en février 2004, soit à deux mois de la présidentielle. Il s’agit, pour les autorités d’alors, de la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : en juin 2004, prenant pour prétexte l’histoire des bons de caisse, Mohamed Benchicou s’est vu condamner à deux ans de prison ferme pour «infractions régissant le contrôle des changes et le mouvement des capitaux». Le 14 juin 2006, jour de sa sortie de la prison d’El Harrach, il fut reçu par les vivats d’une importante foule de sympathisants.
« Je pardonnerai »
Une année après, en 2007, il a publié chez Inas Les geôles d’Alger, où il est revenu, en détails, sur les deux années de son emprisonnement, offrant à ses lecteurs un formidable reportage, s’étalant sur tout un livre, qui traite du monde carcéral dans l’Algérie des années 2000. Le journal Le Matin n’existant plus en version papier, Benchicou jette son dévolu sur internet, en créant une version en ligne du Matin. D’autres livres ont été publiés par la suite, dont Je pardonnerai (recueil de poèmes) et Journal d’un homme libre, les deux publiés en 2008.
Rappelons aussi que Benchicou a été, en 1989, l’un des membres fondateurs du Mouvement des journalistes algériens (MJA), de même qu’il a aussi dirigé, pendant deux ans, le journal Alger républicain avant de le quitter en 1991. C’est alors qu’il avait fondé Le Matin, avec notamment le journaliste Saïd Mekbel, avant que ce dernier ne soit assassiné par les terroristes en décembre 1994. Le corps de Mohamed Benchicou sera rapatrié aujourd’hui en Algérie et son enterrement aura lieu le jour même au cimetière de Garidi, à Alger. Toutes nos condoléances à sa famille. Akram El Kébir
«La dépouille de Mohamed Benchicou arrivera aujourd’hui à l’aéroport Houari Boumediène à 10h15. Elle sera transférée à la Maison de la presse Tahar Djaout, sise rue Bachir Attar, place du 1er Mai, pour un dernier hommage, avant l’inhumation après la prière d’El Asr au cimetière de Garidi.»
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