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Le duopolesino-américain redessine le monde

Par Cherif Lahdiri•4 min de lecture
Brifa
Résumé IA

La visite d'État de Xi Jinping aux États-Unis s'est achevée sans percée majeure, se limitant à un répit commercial et technologique négocié entre les deux puissances.

Ce sommet illustre un duopole sino-américain qui redéfinit unilatéralement les équilibres mondiaux, laissant l'Afrique, le Sahel et le Moyen-Orient subir des décisions dont ils sont exclus.

L'annonce d'un dialogue sur l'intelligence artificielle masque une rivalité stratégique sans mécanisme contraignant, posant la question de la souveraineté numérique pour les pays dépourvus de poids diplomatique.

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La visite d’Etat de trois jours effectuée par Xi Jinping aux Etats-Unis (la deuxième depuis 2015) s’est achevée vendredi 25 septembre sans percée géopolitique majeure. Dialogue maintenu sur la prolongation de la trêve commerciale, l’accès élargi pour les produits agricoles américains et sur l’intelligence artificielle, le bilan tient davantage du répit négocié que de l’accord fondateur. Les dossiers les plus sensibles (terres rares, restrictions technologiques, divergences au Moyen-Orient) demeurent ouverts, renvoyés à l’APEC de novembre puis au G20 de décembre.
Mais au-delà de ce constat, souvent commenté, une autre lecture s’impose : celle d’un monde qui observe, sans y être associé, un arbitrage bilatéral dont les répercussions le concernent directement. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Washington et Pékin négocient entre eux des équilibres (commerciaux, technologiques, sécuritaires) qui redessinent la donne pour le reste de la planète. Le Sahel, le Moyen-Orient, l’Afrique tout entière n’ont voix ni au chapitre ni à la table : ils encaissent les effets de décisions prises ailleurs. Cette asymétrie illustre, une fois de plus, les limites d’un ordre international où les puissances moyennes et émergentes restent spectatrices d’arbitrages qui déterminent pourtant leur accès aux marchés, aux technologies, aux minerais critiques dont elles regorgent souvent sans en tirer profit. La multipolarité tant invoquée reste, dans les faits, un duopole qui négocie ses propres termes avant de les imposer au reste du monde.
Le volet le plus révélateur de ce sommet touche cependant à l’intelligence artificielle. Xi et Trump ont convenu de maintenir leur dialogue sur le sujet, une annonce présentée par les médias chinois comme une avancée vers la coopération plutôt que la défiance. Les deux parties, y explique-t-on, devraient «préserver le contrôle humain sur les technologies d’IA» et «veiller à ce que l’IA soit au service du progrès humain». La formule est belle. Elle mérite d’être interrogée. Car derrière ce vocabulaire consensuel se joue une rivalité technologique de fond, où chaque camp cherche à préserver son avance stratégique plutôt qu’à instaurer une gouvernance partagée. Parler de coopération sur l’IA sans mécanisme contraignant, sans instance de contrôle multilatérale, revient à afficher une bonne volonté de façade tout en poursuivant, chacun de son côté, une course à la «super intelligence», pour reprendre les mots mêmes de Trump. Cette ambiguïté n’est pas anodine : elle pose, une fois de plus, la question de la souveraineté numérique pour tous les pays qui ne disposent ni des capacités de calcul, ni de la puissance de leurs cadres réglementaires, ni du poids diplomatique pour peser dans ces négociations à deux.
Ainsi, ce sommet Xi-Trump, présenté comme un exercice de stabilisation bilatérale, révèle en creux une architecture mondiale où les règles du jeu (commerciales comme technologiques) continuent de s’écrire à huis clos, entre deux capitales, pour un monde qui n’a d’autre choix que de s’y adapter.

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