La valse des jours
L'essai médite sur le flux inexorable des jours qui s'enchaînent comme les aiguilles d'une horloge, le temps consommant l'homme bien plus que l'homme ne le dépense.
Chaque journée arrache une page d'un cahier au nombre de feuillets inconnu, certaines lourdes comme un convoi funéraire, d'autres fugaces comme un rayon d'hiver, tandis que le lendemain demeure une absolue incertitude.
Le cycle objectif des heures et des saisons demeure inchangé à travers les siècles, seule notre perception subjective altère la saveur des jours, nous invitant à valser au gré de leur passage.
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Le Quotidien d'Oran
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Qu’ils se ressemblent et se suivent telles des aiguilles d’horloge ou des rames successives de tramway. En fait, c’est nous qui passons.
Chaque jour que l’on vit, on le voit se glisser lentement dans l’autre. Il s’affiche différemment et passe dans le visage de chaque passant qui nous croise, après chaque événement subi. C’est quand la nuit descend sur la ville et étire ses grâces vespérales que l’on voit mourir le temps sans toutefois crier gare. Ce temps persifleur qui joue de nos jours avec ironie et que nous croyons le dépenser, alors que c’est bien lui qui, à nos dépens, nous consomme. Il passe et fait avancer sans bruit le cheminement des âges. Nous n’en apercevons ses présences que par les rides faciales qu’il creuse et les pathologies chroniques qu’il inocule.
Chaque instant qui nous surpasse est un feuillet qui s’arrache d’un cahier dont nous ignorons le nombre de pages. Il s’égrène à la même cadence que l’on feuillette un opuscule ne retenant, après coup que quelques vagues souvenances d’une phrase bien lue ou d’une mauvaise coquille mal interprétée. Oui, la vie est un livre dont nous mêmes tournons les pages sans savoir à laquelle l’on s’arrêtera.
Il y a des jours sans élégance qui nous semblent traîner de l’airain comme un convoi funéraire, d’autres plus prompts, avec beaucoup de panache mais qui s’envolent comme un furtif brin de soleil en plein hiver.
L’on ne sait plus qui du jour ou la nuit tient l’un ou l’autre. On a l’impression qu’une aube qui se pointe n’a rien à reprocher à celle qui s’apprête à lui succéder. Néanmoins, chacune d’elles porte en son sein une dissemblance d’humeur, un lot d’imprévus. En se levant un peu tôt ou tard l’on ne sait plus comment sera fait l’après.
Un lendemain est toujours un jour que couvre une absolue incertitude. Inconnu et imprévisible, si encore il arrive. De l’attente que l’on cultive pour le vivre, il devient un espoir à atteindre. Il pourrait apparaître comme une routine absurde qui tient à ne pas s’absenter malgré son hypothétique survenance.
Le plus souvent l’on tend à regretter les anciens jours, les meilleurs, les plus fascinants que nous nous convainquons de dire. Alors que le jour reste le jour avec la même amplitude horaire, le même cycle saisonnier quels que soit la rotation des siècles, le cours de l’histoire ou l’espace de la géographie. Seulement, la perception que nous nous faisons change d’une époque à une autre, d’un état d’esprit à une culture de comportement. Valsons alors au gré des jours.