Littérature et IA, le procès technologique

Le romancier canado-haïtien Thélyson Orélien, lauréat du Prix Roman FNAC 2026, a vu son ouvrage retiré de la sélection Goncourt après des accusations d'écriture par IA basées sur un logiciel de détection.
Des intellectuels ont démontré l'infiabilité de ces outils en faisant tester la Bible et des classiques, que les détecteurs ont faussement identifiés comme produits par machine.
Les experts linguistiques expliquent que ces algorithmes confondent variations stylistiques, syntaxe orale et hybridité linguistique avec l'uniformité supposée des textes générés.
L'ONU a convoqué un sommet de haut niveau pour encadrer les risques de l'IA, tandis que cette affaire interroge la propriété intellectuelle et la créativité humaine.
Publié par
El Watan
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
Au départ, un roman écrit par un auteur canado-haïtien, Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir. 35 000 exemplaires vendus en un temps record. Un énorme succès, remportant dès sa parution le Prix Roman FNAC-2026 et une sélection pour le Goncourt.
Subitement, tout s’effiloche comme un château de cartes : l’écrivain est accusé par un compte anonyme sur X (anciennement Twitter), appelé «Balance ton Claude», d’avoir écrit son livre à l’aide d’une intelligence artificielle (IA) générative, un compte qui s’est basé sur les résultats du logiciel de détection américain Pangram pour étayer son accusation.
Branle-bas de combat, aussitôt, l’Académie Goncourt a officiellement retiré le roman de sa première sélection, tandis que sa maison d’édition québécoise a suspendu nettement sa promotion. Une polémique qui a remis en cause toute l’œuvre de ce jeune romancier de 38 ans et décrédibilisé toute sa carrière (on a aussi parlé de plagiat pour ses anciens livres, mais cela est une autre histoire).
Au cœur de la tempête, M. Thélyson a expliqué : «Je suis prêt à m’exprimer quand tout sera calme, parce que maintenant, il y a quand même cette volonté non seulement d’attaquer le livre, mais surtout ma voix… de me faire taire.» Avant de déclarer, jeudi, devant 500 personnes qui l’ont fortement applaudi : «On va mettre cette polémique dans un sac plastique et parler littérature, avec notre intelligence naturelle.»
Venant à sa rescousse, et c’est peut-être là le nœud gordien, des intellectuels se sont amusés à mettre des passages de la Bible dans un détecteur d’IA. Le résultat est impressionnant : cela a été écrit par une IA. Des romans classiques ont été testés sur des détecteurs d’IA, les logiciels ont souvent affiché un pourcentage élevé d’écriture artificielle.
Il y a des siècles, et c’est une lapalissade, l’IA n’existait pas, pas plus que les ordinateurs, d’où la conclusion que ces outils de détection ne constituent nullement une preuve valable. D’ailleurs, les créateurs de ces logiciels rappellent eux-mêmes que leurs scores de probabilité servent d’indicateurs de départ et non de jugements d’arbitrage absolu.
Linguistiquement et culturellement parlant, les algorithmes confondent souvent les variations de style, la syntaxe orale ou l’hybridité d’une langue donnée avec de l’uniformité générée par machine.
C’est tout le danger de cette technologie qui inquiète des spécialistes, notamment un groupe d’experts qui a publié récemment dans son premier rapport préliminaire «Ces avancées (de l’IA) ouvrent des perspectives considérables, mais s’accompagnent également de risques : désinformation, discrimination, atteintes à la vie privée, cyberattaques et développement de systèmes toujours plus autonomes, jusqu’au scénario d’une ‘superintelligence’ potentiellement difficile à contrôler».
L’enjeu est tel que les Nations unies ont convoqué une réunion de haut niveau s’inscrivant dans le cadre de la 81e Assemblée générale de l’ONU concernant l’IA et ses risques pour la sécurité mondiale. Un sommet réunissant l’ensemble des acteurs concernés — gouvernements, entreprises, scientifiques et société civile — afin de «faire progresser une réglementation internationale».
Le jeune auteur canado-haïtien est le premier «interpellé», mis au box des accusés d’un procès technologique de la littérature… qui risque de mettre en doute la propriété intellectuelle, la créativité humaine. Tout l’esprit humain…
Par Chahredine Berriah
Posez votre question à la rédaction
Votre question…
Prénom ou pseudo *
Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.
Votre question * 0/1000
Envoyer Annuler