Traitement des demandes : «Le guichet unique stimulera l’investissement»

L'expert financier Idir Saci analyse sur la Chaîne 3 les chantiers économiques majeurs, notamment l'opérationnalisation du guichet unique d'investissement dont le décret présidentiel est attendu fin septembre.
L'AAPI évolue vers un conseil d'administration réunissant secrétaires généraux ministériels pour accélérer les décisions, mais Saci met en garde contre une centralisation excessive dans un pays vaste.
Il plaide pour des pôles industriels régionaux intégrant chaînes de valeur et logistique, et critique les programmes d'importation semestriels qui provoquent des hausses de prix de 20 %.
Le taux de créances non performantes à 22 % révèle un suivi défaillant post-crédit ; Saci réclame un scoring dématérialisé et des délais stricts pour financer durablement les PME.
Publié par
El Watan
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
Revenant sur les grands chantiers économiques engagés par le gouvernement, l’expert financier Idir Saci a été hier l’invité de la rédaction de la Chaîne 3 de la Radio nationale.
Il a livré une analyse sur l’opérationnalisation du guichet unique de l’investissement, la nécessaire structuration des pôles industriels, les faiblesses de la gestion des importations et la lenteur des réformes bancaires. Alors que le chef de l’Etat a fixé la fin du mois de septembre comme dernier délai pour la finalisation du décret présidentiel relatif au système de guichet unique, il a rappelé le chemin parcouru depuis la création de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI). Pour l’expert, l’enjeu principal réside dans l’efficacité administrative et la rapidité de la prise de décision.
«Nous avons vécu une évolution dans la manière de traiter le sujet de l’investissement. L’AAPI a été une étape pour apporter de la transparence et des garanties aux investisseurs locaux et étrangers. Avec la nouvelle composition de son conseil d’administration, qui regroupe les secrétaires généraux des ministères les plus importants l’Industrie, les Finances, l’Agriculture, le foncier ou l’environnement, l’objectif est d’avoir une prise de décision rapide et une vraie délégation de pouvoir. Ce n’est plus un parcours du combattant où l’opérateur doit faire le tour de plusieurs départements : il y a désormais une seule entrée pour accélérer le traitement des dossiers», dira-t-il. Toutefois, l’expert financier alerte sur les risques d’une centralisation excessive de l’acte d’investir dans un pays aussi vaste que l’Algérie, plaidant pour une séparation nette entre la vision macroéconomique et la gestion quotidienne des projets. «Un guichet unique ne doit pas signifier une centralisation opérationnelle. Il faut une centralisation sur la vision stratégique et le développement du territoire, notamment pour les Hauts-Plateaux et le Sud, la concentration des pôles industriels et l’intégration des chaînes de valeur. Mais sur le plan opérationnel, vu la grandeur de notre nation, il faut impérativement décentraliser la prise de décision sur le terrain et dématérialiser les procédures pour rendre le traitement le moins humain possible. L’acte d’investir doit rester un acte libre.»
Périodes de transition
Abordant la question de la création des pôles industriels régionaux, à l’image des grands projets d’infrastructure comme le gisement de Gara Djebilet, Idir Saci souligne la mutation des modèles économiques mondiaux depuis la crise sanitaire et l’urgence pour l’Algérie de rationaliser sa cartographie industrielle. «Depuis la Covid-19, le contexte international a changé : aujourd’hui, la production suit le client. Dans la prise de décision d’investissement, tout est fait pour réduire l’impact logistique. On s’approche au plus près du marché, mais aussi au plus près de la matière première pour réduire les flux tendus. Si nous avons des mines, de l’énergie et des ressources, nous devons établir une cartographie précise. L’intérêt de concentrer et de créer des pôles, c’est d’avoir une meilleure intégration des chaînes de valeur, qu’il s’agisse de la logistique, de la main-d’œuvre ou de la formation professionnelle, tout en assurant une meilleure efficacité économique et sécuritaire.»
Revenant sur les récentes directives du Premier ministre à Tissemsilt, fixant au 31 décembre 2026 la date butoir pour l’arrêt des importations de composants plastiques automobiles au profit du producteur national General Plastic Injection, Idir Saci approuve la protection de la production nationale, tout en appelant à une gestion pragmatique des périodes de transition réglementaire.
Il explique : «C’est une mesure importante : si nous avons une capacité de production locale qui appartient à l’Algérie, il y a lieu de la protéger. Mais cela nécessite d’améliorer nos données et nos inventaires pour savoir ce que nous possédons réellement sur le terrain. Par ailleurs, c’est une très bonne chose de numériser et de créer des plateformes, mais le temps que la plateforme soit créée et opérationnelle, il faut que l’ancien système sur papier puisse continuer à rendre service. Les périodes de transition doivent être gérées avec flexibilité pour éviter tout statu quo ou blocage des entreprises. Le président de la République avait demandé dix ans de stabilité réglementaire ; il faut que les arrêtés et textes d’application soient strictement conformes aux textes de loi qui reflètent la volonté politique.»
Sur le volet du contrôle des importations et le traitement des Programmes prévisionnels d’importation (PPI) du second semestre par le ministère du Commerce extérieur, l’expert pointe du doigt les effets pervers d’une planification sur des durées trop courtes et appelle à redonner la main aux autorités financières. «L’assainissement du fichier des acteurs économiques est nécessaire. Cependant, la gestion par programmes semestriels crée des réactions de surdemande chez les producteurs. J’ai constaté personnellement que sur certaines matières premières dont le cours mondial est stable, dès que le PPI du second semestre sort en Algérie, les prix internationaux grimpent de 20% parce que les fournisseurs anticipent nos annonces, et c’est notre économie qui le paye. Pourquoi ne pas établir des programmes sur une année entière pour éviter ces surcoûts ?» précise-t-il. Il ajoute : «Le leadership sur la question du contrôle des changes devrait revenir aux autorités financières. Le ministère du Commerce peut donner un avis quantitatif, mais c’est aux autorités financières de juger des équilibres de la balance. Il faut réviser les instructions de la Banque d’Algérie pour permettre aux industriels d’acheter en urgence une pièce de rechange pour leurs machines sans passer par les lourdeurs du PPI. Chaque réforme doit s’accompagner de canaux de communication directs, comme des numéros verts, pour écouter le terrain.»
Alors que les institutions financières internationales prévoient une croissance économique robuste pour l’Algérie (3,8% globalement et plus de 4% pour le secteur hors hydrocarbures), Idir Saci rappelle que la pérennité de ces chiffres dépend de la capacité des banques à financer efficacement le tissu des PME-PMI.
«Quel est le taux de mortalité des entreprises que nous créons ? Quelle est notre stratégie pour assurer leur continuité ? Aujourd’hui, le taux de créances non performantes ou toxiques dans les banques publiques se situe autour de 22%. Cela démontre que le suivi après l’octroi du crédit ne fonctionne pas correctement. Le crédit ne doit pas être accordé uniquement sur la base d’un gage, d’une garantie ou d’une hypothèque immobilière : ce qui compte, c’est la viabilité du projet et son intégration dans l’écosystème.» Il a défendu la mise en place du «crédit scoring dématérialisé» pour les PME/PMI et l’imposition de délais stricts de traitement aux banques.
K. Benelkadi
Posez votre question à la rédaction
Votre question…
Prénom ou pseudo *
Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.
Votre question * 0/1000
Envoyer Annuler