Règlement européen sur le méthane : La perspective d’un report se dessine

La Commission européenne envisage de reporter d'un an l'application aux importations du règlement sur les émissions de méthane, face aux risques pour la sécurité d'approvisionnement et aux prix élevés de l'énergie.
Le commissaire à l'Énergie Dan Jorgensen a demandé à ses services d'examiner cette possibilité, justifiant ce revirement par un hiver potentiellement difficile et les incertitudes autour du détroit d'Ormuz.
Douze États membres, dont la France, l'Italie et l'Allemagne, avaient déjà réclamé en juin un report de trois ans, rejoignant la demande conjointe de l'Algérie, du Qatar, du Nigeria et des États-Unis.
L'Algérie affirme que Sonatrach et ses partenaires ont déjà investi massivement pour réduire leurs émissions de méthane, en ligne avec les objectifs du règlement européen.
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Trois mois après la lettre ouverte conjointe adressée par l’Algérie et trois autres pays (Qatar, Nigeria et Etats-Unis) exportateurs de gaz à l’Union européenne (UE), appelant à la révision du règlement sur les émissions de méthane (EUMR), devant entrer en vigueur en janvier prochain, la voie semble ouverte du côté européen à un éventuel report de la mise en œuvre de cette décision.
Le contexte de crise énergétique engendrée par la situation au Moyen-Orient et les menaces sur les approvisionnements en gaz ont poussé l’UE à penser à revoir sa copie, d’autant plus que certains pays dépendants des importations énergétiques ont déjà fait pression sur la Commission européenne à ce sujet, comme c’est le cas de la France. Emmanuel Macron a en effet récemment adressé un courrier à Ursula von der Leyen dans ce sens. Il a notamment réclamé le report d’un an de cette loi sur le méthane. Auparavant, fin juin dernier, bien avant que la crise au Moyen-Orient ne s’intensifie, plusieurs Etats membres de l’UE avaient rejoint l’Algérie, le Qatar, le Nigeria et les Etats-Unis dans cette requête revendiquant un report du règlement afin de préserver la sécurité énergétique de l’Union.
L’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la République tchèque, la Hongrie, l’Italie, la Lituanie, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Suède, avec le soutien de l’Allemagne, avaient officiellement demandé un report de trois ans de certaines obligations prévues par le Règlement en question. C’était à l’occasion du Conseil «Transports, télécommunications et énergie» tenu le 26 juin 2026. L’UE cherche à sécuriser ses approvisionnements avec la persistance des incertitudes.
«Prix de l’énergie très élevés»
Voilà qu’aujourd’hui l’UE ouvre une brèche pour cet ajournement souhaité. «J’ai demandé à mes services d’examiner les possibilités de reporter d’un an la partie de la législation (sur le méthane) concernant les importations» d’hydrocarbures, a expliqué le commissaire européen à l’Energie, Dan Jorgensen, dans un entretien accordé à Bloomberg. Et d’ajouter (cité par l’AFP à l’issue d’un point de presse ce 25 septembre) : «Cela donnerait aux acteurs du marché le temps nécessaire pour s’assurer qu’ils peuvent effectivement mettre en œuvre ces nouvelles règles sans nuire à notre sécurité d’approvisionnement ni faire grimper les prix» de l’énergie.
Dan Jorgensen a justifié ce report éventuel par le contexte d’un «hiver potentiellement très difficile, compte tenu des incertitudes entourant la situation dans le détroit d’Ormuz et des prix de l’énergie très élevés». «Certains des outils les plus efficaces dont nous disposons pour lutter contre le changement climatique, comme le règlement sur le méthane, doivent être préservés», avait, pour rappel, répondu Dan Jorgensen en juin dernier aux membres de l’UE ayant demandé le report. Mais la donne a changé aujourd’hui avec la déclaration faite vendredi dernier, même si pour l’heure, aucune décision n’a été annoncée dans ce sens.
Pour rappel, en vertu de cette législation adoptée par l’UE en 2024, les importateurs de gaz et de pétrole dans l’UE doivent surveiller et déclarer à partir de janvier 2027 les émissions de méthane associées à leurs approvisionnements, afin de limiter les fuites.
Dans ce cadre, l’Algérie a affiché son engagement pour répondre à ces exigences. Elle a affirmé, dans la lettre adressée à la Commission européenne, que Sonatrach et ses partenaires producteurs de pétrole et de gaz «ont déployé des efforts concrets et injecté des investissements considérables en matière de réduction des émissions de méthane, des efforts qu’ils continuent de renforcer, en parfaite adéquation avec les objectifs du règlement européen et les engagements internationaux de l’Algérie».Samira Imadalou
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