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«Le Jardin d’acclimatation du Hamma d’Alger n’est pas un simple espace vert»

Par R. C.•8 min de lecture
Brifa
«Le Jardin d’acclimatation du Hamma d’Alger n’est pas un simple espace vert»
Résumé IA

Le Jardin d'acclimatation du Hamma, créé en 1832, constitue un patrimoine botanique, paysager, historique et culturel exceptionnel mêlant jardins français, anglais et japonais, collections centenaires et mémoire scientifique.

L'afflux de loisirs ordinaires — pique-niques, jeux de ballon, spectacles — menace la fragilité de ce musée vivant qui ne peut être remplacé ni recréé rapidement.

Sa vocation impose une fréquentation organisée type musée : visites pédagogiques, conférences, recherche et floralies, plutôt que distraction libre incompatible avec la conservation.

L'auteure lance un appel aux autorités pour faire de sa préservation durable une priorité patrimoniale et environnementale, afin de le transmettre aux générations futures.

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El Watan

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Pour la sauvegarde d’un patrimoine botanique, scientifique, paysager et culturel exceptionnel !

Créé en 1832 dans un site particulièrement favorable à l’expérimentation végétale : — à proximité de la mer, au pied des collines qui protègent Alger au sud et à l’entrée de la capitale — il fut conçu comme un jardin d’essai et d’acclimatation des végétaux.

Des graines et des plants provenant de différentes régions furent introduits, observés et expérimentés afin d’étudier leur adaptation aux conditions algériennes et leur éventuelle introduction dans l’agriculture. Cette vocation expérimentale s’inscrivait dans un contexte où l’Algérie possédait déjà une agriculture ancienne et une grande richesse végétale.

Au fil des années, les expériences se sont élargies à de nombreuses autres espèces, ce Jardin est alors devenu progressivement un vaste laboratoire vivant. Il s’est constitué en un ensemble exceptionnel dans lequel se rencontrent botanique, écologie, art des jardins, architecture, histoire et culture.

Dans ce même espace ont été réunies différentes conceptions paysagères, notamment le jardin français, le jardin anglais et le jardin japonais, chacune possédant son caractère, sa composition végétale et son organisation propre.

Le jardin français, souvent appelé «le petit Versailles», est notamment remarquable par ses grandes perspectives et ses allées renfermant d’importantes collections de palmiers majestueux.
Le jardin anglais, plus libre dans sa composition et abondamment arboré, abrite des espèces végétales qui participent à la richesse botanique et historique de l’ensemble. Parmi les arbres associés à la mémoire du lieu figurent notamment les grands ficus liés au tournage du film TARZAN à Alger en 1932.

Le jardin japonais constitue une autre expression de l’art paysager, avec son île arborée, son bassin et son environnement végétal exceptionnel. Les statues représentant des danseuses de Ouled Naïl, dont l’identification est portée sur les socles des œuvres, ajoutent à cet ensemble une dimension artistique et culturelle.

Ces différents espaces sont reliés par de grandes allées et par des formations végétales remarquables, comprenant notamment Dragonniers, Palmiers, Platanes, Bambous, Ficus et autres espèces qui ont contribué, au fil du temps, à donner au jardin son identité particulière.
À cette richesse végétale et paysagère s’ajoutent les constructions et installations qui ont accompagné son histoire : bâtiments administratifs, zoo, structures de formation horticole, serres et autres équipements nécessaires à sa vocation. En outre, il est important de souligner que le « musée des arts d’Alger » est un élément important de cette composition. L’ensemble forme ainsi un patrimoine d’une grande complexité, dans lequel le végétal, le paysage, l’architecture, la science et la culture sont intimement liés.

Un musée à ciel ouvert !

Ce Jardin constitue aujourd’hui un véritable musée à ciel ouvert. Il témoigne de l’histoire de l’acclimatation végétale en Algérie, de l’évolution de l’horticulture, de l’art des jardins et de la relation entre l’homme et la nature. Il représente également un espace précieux de biodiversité au cœur d’une capitale soumise à une urbanisation importante. Sa valeur est donc à la fois scientifique, écologique, pédagogique, historique, paysagère et culturelle.

Un patrimoine vivant qui ne peut être remplacé !
La valeur de ce jardin ne se mesure pas seulement au nombre d’espèces qu’il contient. Elle réside aussi dans l’âge des arbres, dans les collections constituées au cours du temps, dans l’organisation des espaces, dans les relations entre les différentes formations végétales et dans la mémoire scientifique et culturelle attachée au lieu. Un arbre majestueux ne peut pas être remplacé en quelques années. Une collection botanique ancienne ne peut pas être reconstituée rapidement. Un paysage historique ne peut pas être recréé simplement après sa disparition.
Ce qui a été constitué progressivement depuis près de deux siècles peut, en revanche, être profondément altéré en très peu de temps. C’est pourquoi la sauvegarde du Jardin d’Essai doit être envisagée comme une véritable protection d’un patrimoine vivant.

Un jardin ouvert au public, mais pas un espace de loisirs ordinaire !
La fréquentation du Jardin d’Essai doit naturellement être préservée. Un patrimoine vivant doit être connu, découvert et aimé par le public. Mais cette ouverture au public ne doit pas conduire à transformer progressivement le Jardin d’Essai en un simple espace de distraction et de détente.

L’organisation de spectacles dans certaines parties du jardin, les pique-niques, l’installation de repas familiaux (accompagné parfois de matériel de cuisine), les jeux de ballon sur les pelouses etc. les fréquentations intensives de ces espaces peuvent exercer, lorsqu’ils se multiplient, une pression incompatible avec la conservation d’un patrimoine aussi fragile.
Il ne s’agit pas de condamner les familles qui recherchent des lieux de promenade ou de détente. Alger dispose heureusement d’autres espaces adaptés à ces usages. Il s’agit de reconnaître que le Jardin d’Essai possède une vocation particulière et irremplaçable. Il doit pouvoir accueillir le public sans perdre ce qui fait précisément sa valeur.

Protéger plutôt qu’interdire !

La protection du Jardin d’Essai ne signifie donc pas son exclusion du public. Elle suppose plutôt de lui reconnaître son caractère patrimonial spécifique, qui permette à chacun d’y accéder dans les mêmes conditions que dans un musée : pour observer, apprendre, comprendre et respecter un patrimoine vivant et historique.

On ne peut pas compter uniquement sur la surveillance (souvent dépassée), la réglementation des visiteurs ou la sensibilisation de ceux qui viennent avant tout pour pique-niquer ou se distraire. Malgré les consignes qui peuvent leur être donnés, certains usagés restent difficiles à maîtriser et peuvent, à terme, porter atteinte aux espaces les plus fragiles.

Il est donc nécessaire d’organiser la fréquentation du jardin en fonction de sa vocation (scientifique, pédagogique, historique, culturelle). Au lieu de privilégier l’organisation de spectacles de distraction, Cet espace pourrait accueillir des symposiums, des conférences, des sorties pédagogiques pour les écoliers, des expositions, des floralies, ainsi que des activités liées à la recherche et à la formation, notamment la présentation de sujets de thèse.
Le Jardin d’Essai doit rester un lieu ouvert, mais un lieu où l’on vient observer, apprendre, comprendre et respecter la nature.

Un appel aux autorités concernées.

Un appel est lancé respectueusement aux autorités compétentes à considérer la sauvegarde du Jardin d’Essai comme une priorité patrimoniale et environnementale.

Après les opérations de restauration (2009) qui lui ont permis de retrouver une partie de son ancienne splendeur, l’enjeu n’est plus seulement de restaurer le Jardin d’Essai, Il est désormais de le préserver durablement.

Près de deux siècles après sa création (1932), il appartient au patrimoine historique et vivant de l’Algérie.
Ce que nous avons reçu des générations précédentes, nous avons la responsabilité de le transmettre aux générations futures. L’exposé progressivement à la dégradation serait perdre une partie irremplaçable de notre histoire scientifique et culturelle.

SAUVONS LE JARDIN D’ACCLIMATATION DU HAMMA D’ALGER !
Préservons-le, non pour en interdire l’accès, mais pour que les générations futures puissent encore le découvrir, l’étudier, l’admirer et en être fières !

Par H. Zahia . Professeure d’université à la retraite

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