Culture

Disparition de Amar Mohand-Amer : La passion pour l’histoire,la rigueur dans la recherche

Par Akram El Kebir•7 min de lecture
Brifa
Disparition de Amar Mohand-Amer : La passion pour l’histoire,la rigueur dans la recherche
Résumé IA

L'historien et universitaire algérien Amar Mohand-Amer est décédé à 59 ans à Nantes après une longue maladie, laissant un grand vide dans la recherche historique sur l'Algérie.

Docteur en histoire de Paris Diderot, chercheur à HistMém et ancien directeur adjoint d'Insaniyat au CRASC d'Oran, il est l'auteur de référence «La crise du FLN de l'été 1962», réédité en mars 2026 avec une préface d'Omar Carlier.

Malgré la maladie, il a poursuivi conférences et séminaires à l'EHESS jusqu'à l'été 2024, salué par ses pairs comme Malika Rahal et Lahouari Maamar pour son courage, sa rigueur scientifique et son engagement à produire un récit historique affranchi des constructions idéologiques.

E

Publié par

El Watan

Publié le

ou lire sur le site source →

Article Original

Contenu complet de la source

Par Akram El Kébir

Après s’être dignement battu contre une longue maladie, l’historien et universitaire Amar Mohand-Amer s’est éteint hier, dans la ville de Nantes, en France, à l’âge de 59 ans, laissant proches et amis dans le désarroi le plus complet.

Connu pour son sens de la rigueur, ce docteur en histoire, né à Saïda en 1967, avait fait l’université Paris Diderot 7, avant d’être chercheur à la division «socio-anthropologie de l’histoire et de la mémoire» (HistMém). Il a été également, au cours de sa carrière, directeur-adjoint du comité de rédaction de la revue Insaniyat au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Crasc d’Oran). Il a eu à son actif des centaines d’articles, publiés dans les journaux nationaux ou dans des revues spécialisées, de même qu’il a été l’auteur du fameux ouvrage La crise du FLN de l’été 1962, ressorti en mars 2026 aux éditions Franz Fanon, dans une version enrichie et dotée d’une préface signée Omar Carlier et d’une postface de Mohamed Harbi. Le sens de la rigueur dont était pourvu Amar Mohand-Amer faisait qu’il était la cible, dans les débats et conférences, de celles et ceux, on ne peut trop légers dans leurs analyses ou parfois nostalgiques du colonialisme, dont le discours, transpirant les clichés, avait toujours la même rengaine : le prétendu chaos généralisé qui avait régné en Algérie les premiers mois de l’indépendance, les massacres d’Européens à Oran par (soi-disant) le FLN, etc. C’était toujours avec sérénité, et preuves et documents à l’appui, que Amar Mohand-Amer leur rétorquait, en démontant un à un leurs «coups de boutoir». Il comptait d’ailleurs revenir, dans un prochain ouvrage, sur les massacres d’Oran de juillet 1962, prétendument imputés au FLN, expliquant par a + b que ces allégations – celles d’un FLN «revenchard» voulant tuer de l’Européen – étaient non seulement fausses, mais également mensongères.

Que ce soit en Algérie ou à l’étranger, Amar Mohand-Amer avait donné une pléthore de conférences, toutes ayant trait à l’Algérie. Si on l’appréciait dans les universités et que l’on faisait souvent appel à ses bons offices, c’est qu’il avait toujours une approche fondée sur la rigueur, l’exigence, se rapportant aux faits et rien qu’aux faits. A l’Ecole des hautes études des sciences sociales, il a été ces dernières années l’instigateur de plusieurs séminaires, notamment «1962, vu d’Algérie», «Algérie, Etat-nation et référent(s) religieux», «Hirak de 2019 et formes de mobilisation», etc. Notons d’ailleurs que tout historien que pouvait être le défunt, il n’en demeurait pas mois un observateur assidu de sa société, usant sans arrêt d’un travail de sociologie pour la décortiquer, analyser ses évolutions, ses contradictions et son rapport à l’avenir.

«Il a résisté à la maladie comme il était dans la vie»

Dernièrement dans les colonnes d’El Watan, il avait souligné l’existence d’une réelle passion pour l’histoire en Algérie, mais aussi une volonté de «produire un récit affranchi des constructions idéologiques ou fantaisistes». «1962 est le résultat d’un processus historique. Ce qui s’est passé en cette année ne peut en aucun cas être assimilé, sur le double plan historique et politique, à une confiscation ou un détournement de l’indépendance. Nous sommes très loin de ces affirmations. C’est ce que je montre dans mon ouvrage (thèse de doctorat) sur la crise du FLN de l’été 1962. Il n’y a eu ni coup d’Etat contre le GPRA, ni coup de force de l’armée des frontières, ni autres ‘‘lieux communs’’ si nombreux et hallucinants autour de cette année ! Faites confiance aux historiens !» a-t-il, entre autres, déclaré. Hier, sur les réseaux sociaux, les hommages n’ont eu de cesse à pleuvoir, soulignant la disparition d’un «immense intellectuel», d’une «conscience lumineuse», d’un homme enfin qui a laissé «un grand vide dans le monde de la recherche historique algérienne».

Bien que très diminué par la maladie, il a continué de répondre présent à chaque sollicitation de la presse pour des éclaircissements ou des invitations à participer à des conférences, comme ce fut le cas, en août dernier, à Béjaïa à l’occasion du colloque autour du 70e anniversaire du Congrès de la Soummam, ou encore, à Oran, le mois de juin, toujours à propos d’un conférence sur le Congrès de la Soummam.

Sa collègue, l’historienne Malika Rahal n’a pas manqué de saluer sa mémoire, hier, à l’annonce de son décès. «Notre ami, notre collègue Amar Mohand-Amer est décédé ce matin. C’est une grande peine. Il a résisté à la maladie comme il était dans la vie, courageux et optimiste, sans jamais cesser d’échanger et de participer à des activités scientifiques. Le monde est moins doux aujourd’hui. Il y a quelques jours, il s’était inquiété de la présence de son grand livre sur la crise du FLN à la bibliothèque de mon université, comme s’il craignait que son travail ne soit oublié. Mais on n’oublie pas, Amar mon ami : on continuera de te lire et de faire lire ton travail essentiel. Toutes mes pensées vont à ses proches, son épouse et sa fille Safa (la prunelle de ses yeux), ses collègues et amis du Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC), durement éprouvés, et toute la communauté historienne.»

Lahouari Maamar, l’un des instigateurs de la Maison de poésie à Oran et par ailleurs ami du défunt, lui a rendu également hommage : «Amar Mohand-Amer vient de nous quitter. Nous voilà une fois encore affligés par la perte, au-delà de l’homme à la personnalité attachante, d’un historien et d’un chercheur de premier plan. Il y a un peu plus d’un mois, la Maison de la poésie d’Oran l’avait sollicité pour animer une conférence consacrée au Congrès de la Soummam. Sachant qu’il était malade, nous nourrissions de minces espoirs de le voir répondre favorablement à notre invitation.

Quelle ne fut pas notre joie lorsqu’il accéda à notre demande ! Nous retrouvâmes certes un homme éprouvé par les traitements médicaux, mais ô combien combatif face à la maladie, toujours passionné et enthousiaste lors de son allocution et du débat qui s’ensuivit, au point que personne parmi le public présent ne soupçonna la gravité de son état. Nous nous séparâmes dans la bonne humeur, avec la promesse de nouvelles rencontres à venir. Il nous reste aujourd’hui le souvenir impérissable d’un gentleman dans la peau d’un historien.»

Posez votre question à la rédaction

Votre question…

Prénom ou pseudo *

Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.

Votre question * 0/1000

Envoyer Annuler

Voir sur le site source