La persistance de la sous-productivité dans l’économie est-elle inéluctable ?
La productivité, mesurée par le PIB par heure travaillée et la productivité globale des facteurs, constitue le levier principal de la croissance économique et de la compétitivité des nations.
L'Algérie subit une sous-productivité chronique dans l'industrie et le BTP due à des défaillances organisationnelles, un manque de qualifications et l'absence de systèmes d'incitation performants.
La Banque mondiale relève une croissance de 3,8 à 4,1 % pour 2023-2026 mais alerte sur une productivité du travail faible et une productivité globale stagnante, exigeant des réformes structurelles.
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Le Quotidien d'Oran
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Il permet d’évaluer l’incidence d’une organisation et de ses méthodes sur l’utilisation des ressources humaines, matérielles et financières pour produire des biens.
Une économie possédant un niveau de productivité élevé est en mesure de produire davantage de richesse, favorisant ainsi la croissance et le développement. La productivité est donc un levier déterminant pour le progrès économique et l’amélioration du niveau de vie.
L’évolution de la productivité au sein d’une économie est un indicateur clé pour mesurer le niveau de la croissance économique et la progression du PIB d’une nation.Les gains de productivité constituent le fondement de l’évolution de l’économie, des performances des entreprises et de l’amélioration des conditions de vie des citoyens.
Ce concept permet également aux décideurs d’apprécier l’efficacité du modèle économique retenu et ses conséquences sur l’évolution de l’économie à moyen et à long terme. Paul KRUGMAN, prix Nobel d’économie en 2008, estime que la productivité « n’est pas tout dans une économie, mais à long terme, elle est presque tout ».
Le suivi de la productivité dans une économie est indispensable pour estimer l’impact des facteurs de production sur l’évolution d’une économie ou d’une entreprise, et d’identifier également les causes d’une baisse de la production et de ses performances. Beaucoup d’économistes admettent que l’évolution de la productivité est la source principale de la croissance économique et de la rentabilité des entreprises.
Les pays à forte productivité sont les plus compétitifs sur le marché et leurs entreprises sont les plus performantes. Plus une économie est productive, plus elle crée de richesses. Lorsqu’une économie connaît une sous-productivité, un diagnostic s’impose pour identifier les causes qui ont conduit à cette situation. Les causes sont nombreuses et parfois difficiles à identifier.
Tenant compte des conséquences de l’évolution de la productivité sur l’ensemble des fondements d’une économie compétitive, l’Union européenne, dans le Traité de Lisbonne, a retenu dans sa stratégie de développement l’évolution de la productivité comme facteur essentiel et admet la nécessité de réunir l’ensemble des conditions qui favorisent cette option dans l’intérêt des économies européennes.
Voyons comment est définie la productivité et quels sont les facteurs qui soutiennent son évolution et quelles sont les causes qui conduisent à une sous-productivité très préjudiciable à toute économie ou entreprise. La productivité mesure l’efficacité avec laquelle une économie transforme ses ressources (travail, capital, énergie, innovation) en biens et services.
Elle est évaluée par le PIB par heure travaillée ou par personne employée. Elle mesure la capacité d’une économie à créer des biens. Deux types de productivité sont retenus comme des indicateurs essentiels dans l’analyse économique et l’évolution des performances économiques et financières : la productivité du travail et la productivité globale des facteurs (PGF).
L’ILOSTAT, une référence mondiale en matière de statistiques internationales du travail, précise que la productivité du travail « évalue l’efficacité avec laquelle le travail est utilisé pour créer des biens et services ». Elle mesure la production effectuée par une personne durant une heure travaillée.
Par contre, la productivité globale ou totale des facteurs (PGF) mesure le rendement fourni par la combinaison de deux facteurs de production : le capital et le travail, pour produire des biens et fournir des services. Les procédés techniques utilisés en industrie, l’innovation et l’intensité capitalistique ont un impact considérable sur le niveau de la productivité générale des facteurs. Les conditions qui déterminent une évolution positive de la productivité sont liées à la qualité du management et de l’organisation, au progrès technique, à l’innovation, au niveau de la formation et des qualifications, à la communication, ainsi qu’à la qualité de l’environnement de travail.
La sous-productivité, quant à elle, influe négativement sur la compétitivité ainsi que sur les performances de l’économie et des entreprises. Il est généralement admis que les principales causes d’une sous-productivité sont liées à un déficit en management, à une organisation défectueuse, à une sous-qualification des salariés et à un environnement inadéquat où la qualité du travail et le rendement par salarié ne sont pas appréciés et récompensés valablement.
En Algérie, une sous-productivité chronique caractérise, depuis longtemps, certaines branches industrielles et le BTP. L’utilisation des ressources humaines et matérielles donne des résultats nettement inférieurs aux normes internationales. Cette contre-performance influe sur les résultats de l’entreprise et engendre des répercussions négatives sur les différents équilibres de l’économie nationale et sur son évolution. C’est une réalité qui perdure et prend des dimensions structurelles. La comparaison des niveaux de productivité par secteur avec ceux des normes internationales montre un écart significatif et préoccupant. Ce constat devrait inciter chaque dirigeant d’entreprise ou responsable d’une branche économique à réagir et à identifier les causes profondes de cette situation, caractérisée par une faiblesse inquiétante des performances économiques.
En particulier, la branche des réalisations rencontre des difficultés pour maîtriser l’évolution de la productivité et de la maintenir durablement à un niveau élevé.
La maîtrise de trois facteurs essentiels : les coûts, les délais et le respect des normes de qualité, nécessite des compétences spécifiques, de la rigueur et une organisation performante. Il est rare de pouvoir réunir l’ensemble de ces conditions quotidiennement et sur des périodes prolongées.
Ce constat confirme que les causes de la sous-productivité dans l’économie algérienne sont profondes et durables.
Elles nécessitent des réformes et des actions correctives profondes, mobilisant l’ensemble du monde du travail et des entreprises.
Les causes de cette contre-performance observée dans plusieurs secteurs économiques sont principalement dues aux nombreuses défaillances organisationnelles, à un manque de compétences et à une sous-qualification du personnel à tous les niveaux. Il y a absence d’un système de stimulation et d’un environnement de travail serein et mobilisateur qui encouragent un travail de qualité.
Cependant des solutions existent et l’économie algérienne possède plusieurs atouts qui lui permettent d’améliorer le niveau de la productivité et d’augmenter son taux de croissance. Les rapports des institutions internationales, notamment le FMI et la Banque mondiale, signalent des évolutions intéressantes dans plusieurs domaines.
En effet, la Banque mondiale, dans ses rapports annuels, constate que l’économie nationale enregistre des taux de croissance intéressants se situant entre 3.8 et 4.1 %, durant les exercices 2023, 2024, 2025 et 2026, le recul de l’inflation et l’existence de secteurs hors hydrocarbures performants. Ce qui contribue, selon la Banque mondiale, à obtenir une croissance « plus vigoureuse, durable, et diversifiée ». Elle prévoit également que la consommation privée continuerait de stimuler le secteur des services «en expansion», et que la production agricole resterait «résiliente» tandis que l’investissement demeurerait dynamique durant les prochaines années.
Cependant, cette institution constate que la productivité du travail demeure relativement faible par rapport au niveau enregistré par les pays de même taille et que la productivité globale des facteurs est en situation de stagnation. La BM souligne la nécessité de renforcer la productivité dans les secteurs-clés pour soutenir une croissance plus durable, et mieux réagir face aux risques extérieurs. Le rapport détermine plusieurs priorités pour favoriser la croissance à long terme. Il souligne l’importance d’améliorer la productivité, et d’orienter progressivement l’emploi vers des secteurs davantage productifs, afin de réduire la dépendance aux hydrocarbures et aux aides de l’État, tout en renforçant la capacité de l’économie à absorber les chocs.
Il y a donc nécessité pour l’économie nationale de définir une stratégie à moyen et long terme pour atteindre un niveau de productivité conforme aux normes internationales. La réussite de cette stratégie passe, à notre avis, par la création d’un organisme spécifique pour assurer la concrétisation des objectifs retenus et assurer un suivi continu dans toutes les branches économiques et d’apporter les mesures correctives.
Ce plan d’action doit s’appuyer sur quatre axes fondamentaux :
- la formation complémentaire des managers
- la mise en place d’une organisation fondée sur l’efficacité et la gestion axée sur résultats,
- la formation continue des salariés et son évaluation permanente,
- la création d’un environnement de qualité qui favorise la participation et l’engagement des salariés.
En effet, un complément de formation des managers est essentiel pour leur permettre d’acquérir les compétences indispensables pour gérer et maîtriser l’évolution de l’entreprise et d’améliorer ses performances. Les objectifs de la formation visent le développement du leadership, les capacités à gérer des situations complexes, à fixer età préciser les objectifs à chaque niveau de l’organisation, à déléguer les pouvoirs. Le manager doit également détenir les potentialités lui permettant de s’adapter au changement, de résoudre les conflits, d’évaluer et de corriger, de sanctionner et de récompenser.
En deuxième lieu, le choix d’une organisation efficace et efficiente qui permet la concrétisation des objectifs et la maîtrise des coûts et des plannings de réalisation.
Une organisation fondée sur une gestion axée sur les résultats (GAR) est la plus indiquée pour assurer une évolution continue du niveau de productivité.
En effet, la gestion axée sur les résultats est une méthode de gestion qui a pour but l’amélioration des performances d’une organisation. C’est une démarche qui répond à un souci de rationalisation des actions à tous les niveaux. Elle repose sur des principes et des outils conçus pour améliorer la définition des objectifs et leur réalisation, pour assurer le suivi, l’évaluation et la prise de décisions correctives. Le but ultime est d’atteindre les résultats initialement définis.
La troisième mesure concerne la formation continue. C’est une action détermine le développement des entreprises et contribue d’une manière conséquente à l’amélioration des performances. Elle est une condition essentielle dans l’évolution du niveau de productivité du travail.La formation favorise également à l’instauration d’une organisation performante qui réalise ses objectifs avec efficacité et efficience. Comme toute option stratégique, la politique de formation nécessite une démarche claire établie sur la base d’une détermination des besoins de formation, des choix d’objectifs mesurables, des méthodes, des moyens et des indicateurs d’évaluation.
La quatrième condition porte sur l’instauration d’un environnement de travail de qualité. Cette exigence possède une influence significative sur l’évolution du niveau de la productivité et la motivation du salarié. Plus l’environnement est favorable, plus la motivation du salarié est élevée, deux conditions essentielles qui contribuent à l’évolution positive de la productivité.
Il existe une série de mesures physiques et psychologiques qui peuvent instaurer un environnement sain. Ces mesures concernent : la définition d’objectifs clairs et réalisables,le choix d’encadreurs compétents, le soutien de la hiérarchie, le choix des méthodes et d’outils professionnels de qualité, adaptés à l’activité professionnelle, l’adoption d’horaires de travail adéquats, le dialogue et l’évaluation en permanence, etc.
En outre, l’instauration d’une politique de gestion des ressources humaines fondée sur la reconnaissance de la qualité du travail et sa récompense est déterminante dans ce domaine. Le spécialiste en théorie des relations humaines Elton MAYA a démontré que la reconnaissance du travail bien fait favorise l’implication du salarié et fait évoluer la productivité.
Cette option stratégique nécessite un suivi et une évaluation qui reposent sur le choix d’un tableau de bord intégrant des indicateurs SMART (spécifiques, mesurables, acceptables, réalistes et temporellement définis), ce qui permet une évaluation continue afin d’identifier les écarts, de les analyser, de corriger les anomalies et d’en tirer les enseignements nécessaires.
Cette approche favorise l’efficacité dans la concrétisation des objectifs et garantit la réussite des opérations. En résumé, il est important de souligner que la productivité est un facteur déterminant dans l’évolution d’une économie. Elle a un impact significatif sur la croissance économique et sur l’amélioration du niveau de vie.
Il est donc judicieux pour toute économie d’adopter une politique ayant pour but de réunir l’ensemble des conditions qui favorisent l’existence d’un niveau de productivité élevé et permanent. C’est une question hautement stratégique et vitale pour l’évolution d’une économie, le renforcement de sa compétitivité et l’amélioration des performances des entreprises.
* économiste