Société

Terreur des océans au Crétacé : Les mosasaures chassaient aussi en eau douce

Par R. Envr•4 min de lecture
Brifa
Terreur des océans au Crétacé : Les mosasaures chassaient aussi en eau douce
Résumé IA

Il y a 85 millions d'années, un mosasaure de 2,50 m chassait en eau douce près d'Aix-en-Provence, bouleversant la vision d'une évolution exclusivement marine de ces reptiles.

Baptisé Garamaudo bauciensis, ce prédateur présentait des pattes similaires à celles des varans et des os denses compensant la poussée d'Archimède, lui permettant de nager en eaux peu profondes.

Son corps comprimé latéralement et sa nage anguilliforme montrent qu'il s'était pleinement adapté à l'écosystème lacustre, et non refugié temporairement comme certaines espèces marines.

Cette découverte publiée dans PCI Paleontology prouve que l'évolution des mosasaures ne fut pas linéaire, certaines formes ayant colonisé les lacs avant d'autres conquérir les océans.

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Il y a 85 millions d’années, il chassait dans un lac situé près de l’actuelle commune
de Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rhône).

Terreur des océans au Crétacé, les mosasaures vivaient aussi en eau douce, comme en témoigne un rare spécimen retrouvé près d’Aix-en-Provence, qui bouscule notre compréhension de l’évolution de ces reptiles marins. Contrairement à ses congénères de mer ouverte qui pouvaient atteindre les 15 mètres, Garamaudo bauciensis était une «petite bête» de seulement 2,50 m, raconte à l’AFP Alexandra Houssaye, chercheuse CNRS au laboratoire Mécanismes adaptatifs et évolution (CNRS/MNHN). Il y a 85 millions d’années, il chassait dans un lac situé près de l’actuelle commune de Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rhône). L’analyse de ses restes fossiles, publiée hier dans la revue PCI Paleontology, a révélé des caractéristiques morphologiques bien particulières, à la fois terrestres et aquatiques. Les mosasaures de pleine mer étaient dotés de palettes natatoires, un membre osseux aplati comme en possèdent aujourd’hui les dauphins ou les tortues marines. Tandis que Garamaudo bauciensis possédait des «pattes», qui devaient ressembler «grosso modo à celle des varans», explique Mme Houssaye. Il avait aussi des os très compacts, incompatibles avec la locomotion terrestre, mais qui, en compensant la poussée d’Archimède, devaient l’aider à rester immergé en eaux peu profondes. «Ce n’était pas un gros nageur de mer ouverte, mais il pouvait nager à quelques mètres maximum de profondeur et revenir à la surface», décrit la chercheuse.

Comme une anguille

Des traits qui indiquent que Garamaudo bauciensis ne s’était pas retrouvé dans ce lac par accident ou ne s’y était pas réfugié ponctuellement, comme certaines espèces marines peuvent le faire, par exemple en période de reproduction. Mais qu’il s’était au contraire adapté à l’écosystème lacustre: une petite taille, des pattes «utiles pour déblayer les terrains, bouger», des os denses permettant de «dépenser très peu d’énergie pour aller à quelques mètres de profondeur et gérer les courants»…, raconte-t-elle.
Cette découverte vient bousculer le scénario généralement établi pour l’histoire de ces redoutables prédateurs du Crétacé. Les restes fossiles retrouvés jusqu’à récemment laissaient à penser que les mosasaures étaient apparus il y a 100 millions d’années, d’abord en milieu côtier dans des «mers profondes bien chaudes, ce qui était idéal pour ces ‘‘lézards’’», rappelle M. Houssaye. Puis ces reptiles auraient colonisé les mers ouvertes. «A partir de 90 millions d’années, on n’a pratiquement que des mosasaures qui sont des nageurs actifs» dans les registres fossiles, souligne-t-elle. Mais Garamaudo bauciensis, plus récent, montre que leur évolution ne s’est pas faite «qu’en ligne droite». «Certaines formes ont évolué en milieu de pleine mer, mais d’autres auraient évolué en milieu lacustre», ajoute la chercheuse.
Le mosasaure de Bouc-Bel-Air avait un corps comprimé latéralement, plus haut que large et son mode de nage était principalement anguilliforme, c’est-à-dire fondé sur des ondulations du corps semblables à celles des anguilles. Bien que son régime alimentaire exact demeure inconnu, il pouvait probablement se nourrir de petits poissons, de reptiles, d’amphibiens, soit en chassant à l’affût, soit par charognage.
Les paléontologues ont retrouvé dans le gisement d’autres fossiles d’espèces d’eau douce, notamment de mollusques, tortues, crocodiliens, poissons…
Comme les espèces de mers ouvertes, les mosasaures d’eau douce n’ont pas survécu à l’extinction de masse du Crétacé-Palogène, la même qui a éradiqué de la surface de la Terre la quasi-totalité des dinosaures.

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