Il y a quarante jours nous quittait Hamid Tahri : Le mémorialiste des héros oubliés ou méconnus

Hamid Tahri, journaliste algérien et cofondateur du quotidien El Watan, est décédé le 21 septembre 2026, plongeant la rédaction et le monde de la presse dans une profonde émotion.
Journaliste sportif brillant passé par l'APS et El Moudjahid, il a lancé en 1992 le premier hebdomadaire sportif du pays, Olympic, formant ainsi toute une génération de jeunes reporters.
À partir de 2004, il a consacré sa rubrique hebdomadaire «Portrait» à mettre en lumière les parcours de personnalités humbles et méconnues, dont il a tiré un recueil vendu en librairie.
Fils de Hadj Tahar Tahri, militant de l'Association des Oulémas, Hamid cultivait une culture profonde héritée de son père et marquait ses interlocuteurs par sa générosité et son érudition.
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En cette première étape du deuil, au quarantième jour de sa disparition, l’incrédulité de la perte d’un être aussi «vivant» et aussi attachant que ne l’était Hamid reste encore dans les esprits.
La foule immense, composée d’amis, de confrères et d’admirateurs de toute nature sociale et de tous horizons, a tenu à accompagner le journaliste et auteur Hamid Tahri à sa dernière demeure. C’était le 21 septembre 2026. Le cimetière de Garidi (Kouba) se transforma ainsi, le temps d’un recueillement, en un formidable «melting pot» où se retrouvait entremêlés des gens de conditions et de profils divers qui ont eu à côtoyer ou croiser Hamid dans la vie de tous les jours et qui ont eu à apprécier sa sympathie et ses marques d’amitié. En cette première étape du deuil, au quarantième jour de sa disparition, l’incrédulité de la perte d’un être aussi «vivant» et aussi attachant que ne l’était Hamid reste encore dans les esprits. Son départ soudain, inattendu, nous laisse l’arrière-goût de n’avoir pas su profiter à satiété de celui qui a fait de son métier un tremplin vers la connaissance et la reconnaissance de ses congénères et dont certains ont refusé les feux de la rampe à même de mettre leurs mérites et leurs sacrifices en pleine lumière.
Toutes les disciplines sportives
Journaliste sportif brillant, il a eu à côtoyer les groupes d’athlètes émérites et des amateurs en devenir. Il ira jusqu’à fréquenter assidûment les cercles des dirigeants passionnés et des bénévoles disponibles et désintéressés. Il aura été au plus près des performances de générations d’athlètes de haut niveau qui ont honoré l’Algérie et d’équipes de club méritantes qui se sont distinguées aux niveaux africain et international. Hamid Tahri que ce soit à l’APS, El Moudjahid ou El Watan (dont le défunt en a été un des membres fondateurs en 1990) rapportait, par ses écrits d’une grande richesse dans des reportages détaillés, ces fiers succès qu’il faisait partager avec beaucoup de talents aux lecteurs spécialisés. Des Jeux méditerranéens d’Alger de 1975, à la Coupe du monde de 1982, en passant par les Jeux africains puis les JM de Split 1979, les articles sous la signature de Hamid Tahri étaient agréables à la lecture. Ces comptes rendus plaisaient car ils s’écartaient des normes d’écriture monocorde du journalisme sportif classique, donc sans emphase ni relief. En boxe, où il avait sa préférence, il nous fit connaître en leur temps glorieux les exploits des professionnels Loucif Hamani, Abdelkader Ould Makhloufi et Mourad Ferguene, qui deviendront de ses grands amis, mais également dans l’écurie des amateurs comme les puncheurs béjaouis Mustapha Kouchene et Kamel Abboud. Passage obligé des différentes équipes nationales, Hamid Tahri a également beaucoup vécu en profondeur avec les clubs de football prestigieux comme la JS Kabylie, l’USM Alger ou le MC Alger, dont il a commenté tant les exploits euphoriques que les amères défaites. Mais pas que…
Hamid avait une activité dense qui le fit s’intéresser à toutes les disciplines sportives, et particulièrement à leurs structures dirigeantes, dont il était parfois accessoirement membre ou conseiller, comme ce fut le cas pour un temps avec la Fédération de boxe. Peu présent à son bureau de la rédaction, Hamid était un journaliste de terrain avéré à tel point que ses collègues disait de lui qu’il avait ce don divin d’ubiquité, c’est-à-dire d’être partout à la fois pour signifier son inlassable mobilité…
El Watan, l’autre aventure…
En compagnie d’une vingtaine de confrères d’El Moudjahid, Hamid quittera le 20 rue de la Liberté pour signer en octobre 1990, à l’avènement de la parenthèse démocratique, le bulletin de naissance du quotidien El Watan. Rien n’était acquis au départ et le groupe se mit avec peu de moyens à monter ce qui deviendra un grand quotidien national de référence malgré un climat délétère où la mort guettait à chaque coin de rue. Ses activités seront alors moins mobiles et il sera un temps le chef de la rédaction sportive avant de lancer, en 1992 sous l’égide d’El Watan, le premier hebdomadaire sportif du pays, Olympic, dont il assurera l’animation pendant une dizaine d’années et par le truchement duquel il lancera la carrière de dizaines de jeunes journalistes exerçant aujourd’hui dans de nombreux médias de la presse écrite et audiovisuelle.
A l’aube des années 2000, Hamid Tahri pris ses distances avec l’actualité quotidienne pour se consacrer, disait-il, à mettre en lumière les aspects méconnus des gens humbles et effacés malgré un comportement méritoire au service des autres ou simplement de l’originalité de ceux dont le talent et l’action promettent de servir avantageusement le plus grand nombre. C’est ainsi qu’en 2004 naît la rubrique «Portrait» dont il assumera la parution hebdomadaire jusqu’à ses derniers moments. Un rendez vous exceptionnel où de nombreuses figures nationales, hommes ou femmes, connus ou méconnus, dont les tranches de vie sont offertes au regard d’une génération de lecteurs jeunes et moins jeunes. Un trait d’union révélateur des exploits et des mérites de leurs aînés peu portés aux brillances des feux de la rampe, des petites gens à l’apport et au sacrifice immense qui n’ont jamais voulu être au centre de l’attention publique. Il savait, avec un style des grands auteurs contemporains, restituer avec clarté une radioscopie de la vie des sujets traités, leur parcours, leurs souvenirs refoulés, leurs secrets enfouis, leur fierté mise en sourdine et leurs amertumes.
Les autres facettes de sa personnalité
Cette spécialisation du portrait, visiblement longtemps contenue en lui avant d’éclater au grand jour telle une vocation réprimée, a fait en sorte qu’il aille en profondeur dans le vécu de ses sujets. Ses écrits deviennent du coup une page d’histoire inédite et un ancrage dans la profondeur des réalités sociales nationales. De ces portraits par centaines, Hamid Tahri en sélectionnera quelques dizaines dont il fera un recueil (bien) vendu en librairie.
Hamid avait d’autres facettes de sa personnalité qui s’exprimaient dans la vie de tous les jours et qui faisaient qu’il était admis et écouté dans différents cercles et groupes sociaux, intellectuels ou populaires, comme l’Association des Oulémas, dont son défunt père a été un membre actif du temps de Abdelhamid Ben Badis, et plus tard après la disparition de ce dernier. Au cours des années 1940-50 le père de Hamid, Hadj Tahar Tahri, était mandaté par l’Association des Oulémas pour parcourir l’Algérie sous emprise coloniale et y ouvrir dans différentes régions (particulièrement dans les zones rurales) des écoles d’enseignement libre, où pouvaient s’instruire les jeunes Algériens à qui le système de l’époque refusait l’instruction. Hamid a gardé un lien affectueux avec les membres de cette entité, tout comme il était souvent sollicité par des organisations de la société civile et des personnalités de différents horizons qui recherchaient sa compagnie. Calme, apaisé, doté d’une grande culture et très assidu des bibliothèques et des librairies de la capitale, «il ramenait la lumière là où il s’attardait», nous dit un de ses amis, louant la bonne compagnie de ce «dévoreur de livres» dans les deux langues qu’était le défunt. Hamid était un personnage éclectique dans sa nature originelle, charmant et sympathique à l’excès. Il marque les personnes qu’il croise d’une empreinte indélébile.Aujourd’hui, alors que nous commémorons le quarantième jour de sa disparition, nous ressentons profondément cette infinie tristesse de ne plus avoir à apprécier son omniprésence chaleureuse, sa générosité rare, sa disponibilité de tous les instants au profit des plus faibles et accessoirement à moins rire de ses anecdotes croustillantes qu’il ne nous contera malheureusement plus. A El Watan, hommes et femmes le pleureront encore longtemps. Ailleurs, chacun parmi ceux qui l’ont côtoyé, lu et apprécié son style journalistique à nul autre pareil pendant plus de cinquante ans d’une carrière dense et riche, gardera un brin d’admiration pour le journaliste et auteur exceptionnel qu’il a été et envers ce portraitiste captivant qui avait su imager superbement et ramener à la lumière des tranches de vie valeureuses.
Repose en paix Hamid.
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