Mises en garde contre les «intox» médicales

Des oncologues ont mis en garde contre la désinformation médicale sur les réseaux sociaux, lors d'une conférence à Alger lançant des journées de sensibilisation au cancer du sein pour les femmes journalistes.
Ils ont réfuté plusieurs idées reçues, notamment que la biopsie propage la tumeur, que la mammographie provoque le cancer ou que la chimiothérapie tue plus que la maladie.
La peur du diagnostic éloigne de nombreuses femmes du dépistage, retardant leur prise en charge, bien que les spécialistes constatent une amélioration depuis vingt ans.
Avec plus de 15 000 nouveaux cas par an, le cancer du sein demeure le plus fréquent chez la femme, appelant à un rôle accru des médias.
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Le Quotidien d'Oran
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C’est le constat dressé par plusieurs spécialistes en Oncologie lors d’une conférence de presse organisée avant-hier, à l’occasion du lancement des Journées de sensibilisation et de dépistage précoce du cancer du sein au profit des professionnels de la presse et de la communication.
La direction de la Maison de la Presse Tahar Djaout, en coordination avec la direction du journal électronique Esseha.dz, a donné avant-hier, le coup d’envoi de la deuxième édition de ces journées, organisées les 28, 29 et 30 septembre au siège de la Maison de la Presse Tahar Djaout. Placée sous le haut patronage du ministre de la Santé et du ministre de la Communication, cette initiative est destinée aux femmes journalistes ainsi qu’aux travailleuses des secteurs de la presse et de la communication. Elle vise à renforcer la culture de la prévention et à encourager le dépistage précoce du cancer du sein.
Dr Amina Abdelouahab a mis en garde contre le poids de la désinformation médicale, qui pousse parfois des patients à refuser le diagnostic ou les traitements scientifiques après avoir été exposés à des informations erronées diffusées sur les réseaux sociaux. Selon elle, cette situation peut conduire à des admissions hospitalières très tardives, alors que la maladie a atteint un stade avancé, voire palliatif ou terminal, réduisant considérablement les possibilités de traitement et de guérison.
Parmi les idées reçues les plus persistantes figure notamment le prétendu danger de la biopsie. Certains charlatans de la médecine affirment que cet examen « réveille » ou « propage » la tumeur. Une affirmation catégoriquement rejetée par la spécialiste. La biopsie cons titue, en effet, un examen essentiel pour confirmer le diagnostic d’un cancer, déterminer précisément son type biologique et permettre aux médecins d’orienter le traitement le plus approprié.
Le prélèvement ne provoque pas la progression de la maladie, laquelle évolue en fonction de ses caractéristiques biologiques et de son agressivité.
L’autre idée largement relayée sur les réseaux sociaux concerne la mammographie susceptible de provoquer le cancer en raison des rayonnements utilisés, selon certaines idées préconçues. Là encore, la spécialiste a rejeté cette affirmation et rappelé l’importance de cet examen dans le dépistage du cancer du sein. Les spécialistes ont également dénoncé les contenus présentant la chimiothérapie comme un traitement qui « tue plus que le cancer ». Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux se focalisent notamment sur les effets indésirables des traitements, sans tenir compte des bénéfices démontrés de leur utilisation dans la prise en charge de nombreux cancers.
La chimiothérapie peut effectivement entraîner des effets secondaires parfois importants, notamment la chute des cheveux, les nausées ou encore une diminution des défenses immunitaires. Toutefois, les traitements ont considérablement évolué ces dernières années et la prise en charge des effets indésirables s’est également améliorée.
Les oncologues déplorent ainsi que certains patients renoncent à des traitements potentiellement efficaces après avoir été exposés à des informations médicales trompeuses. Ils rappellent que l’efficacité des traitements anticancéreux est évaluée à travers l’expérience clinique et les essais scientifiques et que, selon le type et le stade du cancer, certains traitements peuvent permettre une guérison ou prolonger significativement la survie.
La peur du diagnostic éloigne certaines femmes du dépistage
La peur de découvrir un cancer constitue également un obstacle au diagnostic précoce. Certaines femmes préfèrent ne pas savoir, retardant ainsi leur consultation et perdant un temps précieux dans la prise en charge de la maladie.
C’est ce qu’a souligné la Pr Fatma Sghier, cheffe du service d’Oncologie à l’hôpital de Sidi Ghiles, en insistant sur la nécessité de multiplier les actions d’information et de sensibilisation afin d’encourager les femmes à effectuer les examens de dépistage et à consulter sans attendre l’apparition de symptômes inquiétants.
Les professionnels ayant animé la conférence ont plaidé pour le renforcement des campagnes médiatiques d’information et de sensibilisation contre les intoxications médicales, mais également pour le développement d’actions de proximité auprès des femmes.
L’objectif est de leur fournir une information médicale fiable sur le diagnostic, les possibilités thérapeutiques et l’importance d’une prise en charge précoce.
Dans ce dispositif, les médias sont appelés à jouer un rôle important en raison de leur capacité à toucher un large public et à contribuer à déconstruire les fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux.
«Il y a 20 ans, les patientes arrivaient avec des cancers très avancés»
Pour sa part, le Pr Noureddine Benzidane, chef du service de chirurgie générale à l’hôpital de Kouba, a relevé les progrès enregistrés ces dernières années grâce aux campagnes de prévention et de sensibilisation.
« Il y a vingt ans, les patientes arrivaient dans nos structures avec des cancers très avancés, avec des seins qui saignaient. Il faut le dire, nous avons de moins en moins ce genre de cas », a-t-il indiqué, tout en estimant que des efforts restent nécessaires en matière de prévention et de prise en charge.
Le spécialiste a, à cette occasion, plaidé pour la création d’un centre de référence en sénologie, permettant de regrouper le diagnostic, le traitement et le suivi des patientes dans une approche multidisciplinaire et coordonnée.
Le cancer du sein demeure le cancer le plus fréquent chez la femme dans notre pays, avec plus de 15.000 nouveaux cas enregistrés chaque année.