De la mer Rouge au Tigré : les Émirats au cœur d’un dispositif militaire et logistique de déstabilisation

Les Émirats arabes unis sont au cœur d'un dispositif militaire et logistique de déstabilisation s'étendant de la mer Rouge au Tigré, soutenant le gouvernement éthiopien d'Abiy Ahmed depuis 2018.
Abou Dhabi a investi près de 6 milliards de dollars en Éthiopie et fourni drones et appui logistique lors de la guerre du Tigré de 2020-2022, renouvelant son soutien lors de la reprise des combats.
Les Émirats financent un camp secret d'entraînement des Forces de soutien rapide soudanaises dans le Benishangul-Gumuz éthiopien, où 5 000 combattants ont été formés, et utilisent l'aéroport d'Asosa et le port de Berbera au Somaliland comme relais logistiques.
Cette architecture régionale place l'Éthiopie comme point d'appui majeur de la stratégie émiratie en Corne de l'Afrique, attisant les tensions avec l'Égypte, l'Érythrée, le Soudan et la Turquie qui cherchent à contenir cette influence.
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TSA Algérie
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La reprise de la guerre au Tigré remet les Émirats arabes unis au centre du jeu éthiopien. Depuis 2018, Abou Dhabi entretient un partenariat étroit avec le gouvernement d’Abiy Ahmed, homme lige du président émirati Mohamed Ben Zayed (MBZ) qui entretient, à son tour, de bonnes relations avec le régime génocidaire de Tel Aviv, tout comme son parrain émirati.
Cette relation couvre l’économie, la sécurité et la coopération militaire. Les Émirats ont annoncé en 2023 près de 6 milliards de dollars d’accords d’investissement avec l’Éthiopie, notamment dans l’agriculture, l’énergie et les infrastructures.
L’Ethiopie, au cœur des jeux d’influence des Emirats en Afrique
Pendant la guerre de 2020 à 2022, les Émirats ont apporté à Addis-Abeba un soutien décisif, notamment par des drones et un appui logistique qui ont fait des milliers de morts, y compris parmi des civils innocents.
Lorsque les combats ont repris cette semaine dans le nord, Abou Dhabi a rapidement affiché son soutien résolu au gouvernement fédéral. Les Émirats ont condamné l’offensive du TPLF et réaffirmé leur attachement à l’unité et à l’intégrité territoriale de l’Éthiopie.
Mais c’est au Soudan que le rôle émirati prend sa dimension la plus compromettante. Les dernières enquêtes ont révélé l’existence d’un camp secret d’entraînement des Forces de soutien rapide (FSR) dans la région éthiopienne du Benishangul-Gumuz, près de la frontière soudanaise.
Environ 5 000 combattants y ont été formés. Plusieurs sources, dont un haut responsable éthiopien, affirment que les Émirats arabes unis ont financé sa construction et fourni instructeurs et soutien logistique.
Le dispositif ne s’arrête pas au camp. L’aéroport d’Asosa, situé dans la même région, a fait l’objet de travaux destinés à renforcer ses capacités logistiques et militaires. Par ailleurs, des observateurs, parmi lesquels des ONG, ont signalé des transferts de matériels militaires destinés aux FSR à travers le territoire éthiopien. Dans ce circuit, le Somaliland et le port de Berbera apparaissent comme des points de passage.
Cette architecture confère à l’Éthiopie une place particulière dans la stratégie émiratie. Addis-Abeba offre une profondeur territoriale et des infrastructures proches du Soudan, tandis qu’Abou Dhabi dispose d’un réseau d’intérêts reliant l’Éthiopie, le Somaliland, la mer Rouge et le golfe d’Aden. Cette implantation lui permet de peser à la fois sur les routes commerciales et sur les rapports de force militaires de la région.
La reprise de la guerre au Tigré survient ainsi dans un environnement régional déjà fortement militarisé. Au nord, Addis-Abeba affronte de nouveau le TPLF. À l’ouest, son territoire sert de profondeur logistique aux FSR.
Dans le même temps, les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée se dégradent autour de la question de l’accès à la mer. Pour Abou Dhabi, la stabilité du gouvernement d’Abiy et la protection de ses intérêts en mer Rouge deviennent dès lors étroitement liées.
L’Ethiopie, terrain majeur de la stratégie émiratie en Corne de l’Afrique
L’enjeu dépasse donc largement le seul Tigré : l’Éthiopie est devenue un point d’appui majeur du dispositif régional des Émirats.
Leur soutien politique à Addis-Abeba est assumé au grand jour, et leur implication documentée dans le dispositif destiné aux FSR est incontestable.
Entre le Tigré, le Soudan, le Somaliland et la mer Rouge, les Émirats ont ainsi bâti une présence dont les effets déstabilisateurs se font désormais sentir dans toute la Corne de l’Afrique.
Le jeu régional renforce encore leur position. Abou Dhabi avance sur plusieurs fronts à la fois, en s’appuyant sur Addis-Abeba, sur ses relais en mer Rouge et sur ses partenariats avec plusieurs acteurs de la Corne de l’Afrique.
Or l’Éthiopie, place forte des Émirats dans la région, entretient aujourd’hui des relations particulièrement tendues avec l’Égypte, le Soudan et l’Érythrée, sur fond de rivalités autour du Nil, des frontières et de l’accès à la mer.
Face à Abou Dhabi, l’Égypte, l’Érythrée, la Turquie, l’Arabie saoudite et le Soudan cherchent à contenir cette influence. Ce chassé-croisé fait de l’Éthiopie un terrain majeur de la compétition émiratie pour le contrôle des corridors, des ports et des équilibres sécuritaires de la mer Rouge.
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