Bruxelles écarte le scénario d’une pénurie mais redoute une flambée des prix du gaz : L’Europe face à un hiver sous haute tension

L'Union européenne écarte tout risque de pénurie de gaz pour l'hiver prochain mais anticipe des prix « très élevés », le commissaire Dan Jorgensen prévoyant une saison « difficile » lors de la réunion des ministres de l'Énergie à Dublin.
La diversification des fournisseurs — Norvège, États-Unis, Algérie — et l'essor du GNL ont sécurisé les volumes, pourtant la valeur des importations bondit bien plus que les quantités, l'Europe payant son énergie nettement plus cher qu'auparavant.
L'Algérie conserve une place stratégique comme deuxième fournisseur de gaz par gazoduc (18,2 %) et acteur notable du GNL (8,1 %), offrant à l'UE une alternative aux fluctuations du marché mondial du GNL.
Bruxelles envisage de reporter d'un an les nouvelles exigences sur les émissions de méthane des hydrocarbures importés, afin de ne pas compliquer l'approvisionnement en période de tension, tandis que le prochain rapport de préparation hivernale est attendu le 8 octobre.
Publié par
El Watan
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
L’Europe pourrait passer l’hiver sans manquer de gaz, mais elle n’est pas assurée de pouvoir le faire à bon prix. C’est le principal avertissement ressorti de la réunion des ministres européens de l’Energie organisée hier à Dublin.
Le commissaire européen à l’Energie, Dan Jorgensen, a assuré que l’Union européenne (UE) ne prévoyait pas de problème d’approvisionnement pour la prochaine saison froide, tout en anticipant des prix «très élevés». Il a déclaré qu’«il ne fait aucun doute que nous nous dirigeons vers un hiver difficile». Depuis la crise provoquée par la guerre en Ukraine, l’Union a diversifié ses sources d’approvisionnement et renforcé ses capacités d’importation de gaz naturel liquéfié (GNL).
Elle reste cependant exposée aux marchés internationaux, où les tensions géopolitiques peuvent faire varier les prix beaucoup plus rapidement que les volumes disponibles. Début septembre, la Commission européenne avait déjà écarté un risque immédiat pour la sécurité d’approvisionnement.
Malgré des niveaux de stockage inférieurs à ceux des années précédentes, Bruxelles estime que le système gazier est mieux armé qu’en 2021 et 2022, grâce à la diversification des fournisseurs, à l’augmentation des capacités d’importation de GNL et à la baisse de la demande.
Le Groupe de coordination gaz a confirmé cette appréciation le 25 septembre, jugeant l’approvisionnement stable à l’approche de l’hiver. Mais cette sécurité physique ne protège pas le marché contre les tensions. Le gaz européen a récemment dépassé 80 euros le mégawattheure, retrouvant des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis 2022. Les perturbations des flux énergétiques liées à la situation au Moyen-Orient ont contribué à cette remontée. Depuis 2022, l’Europe a réduit son exposition au gaz russe et renforcé ses achats auprès de la Norvège, des Etats-Unis, de l’Algérie et d’autres producteurs. Le GNL américain occupe désormais une place centrale, tandis que le gaz norvégien demeure le premier fournisseur de l’Union sous forme gazeuse.
Cette diversification réduit le risque d’une rupture liée à un fournisseur unique, mais n’efface pas la dépendance au prix mondial du gaz. Avec la progression du GNL, l’Europe est davantage confrontée à la concurrence d’acheteurs asiatiques lorsque les cargaisons disponibles se raréfient. Les données du commerce extérieur européen illustrent cette pression. Au deuxième trimestre 2026, la valeur des importations européennes de pétrole a bondi de 55,8%, alors que les volumes n’ont progressé que de 1,2%.
L’Algérie conserve une place stratégique
Pour le GNL, la valeur des importations a augmenté de 4,1%, tandis que les volumes reculaient de 5,6%. Les importations de gaz par gazoduc ont progressé de 18,5% en valeur et de 3,4% en volume. L’Europe ne paie donc pas davantage uniquement parce qu’elle achète plus : elle paie surtout parce que l’énergie importée coûte plus cher.
Dans cette recomposition du marché européen, l’Algérie conserve une position importante. Les statistiques d’Eurostat publiées le 22 septembre montrent qu’au deuxième trimestre 2026, elle était le deuxième fournisseur de gaz naturel de l’Union sous forme gazeuse, avec 18,2% des importations, derrière la Norvège, à 51,2%. L’Algérie représentait également 8,1% des importations européennes de GNL. Cette position prend une dimension particulière alors que l’Europe cherche à sécuriser ses volumes tout en limitant son exposition aux fluctuations du marché mondial du GNL. La combinaison des livraisons par gazoduc et des cargaisons de GNL constitue un atout dans la relation énergétique entre Alger et les capitales européennes.
La demande restera toutefois très dépendante des températures et de la production d’électricité. Un hiver plus froid accroîtrait les besoins de chauffage et réduirait les marges disponibles dans les stockages. Une forte mobilisation des centrales à gaz pourrait également accentuer la pression sur les marchés. C’est dans ce contexte qu’il faut lire la proposition de Dan Jorgensen de reporter d’un an les nouvelles exigences européennes concernant les émissions de méthane liées aux hydrocarbures importés.
A partir du 1er janvier 2027, les importateurs devront notamment démontrer que le pétrole, le gaz naturel ou le charbon introduits sur le marché européen proviennent de juridictions disposant de systèmes de surveillance, de déclaration et de vérification des émissions de méthane équivalents aux exigences européennes, ou répondant à certains standards internationaux.
D’autres obligations doivent entrer en vigueur en 2028 et 2030. Le report envisagé ne remettrait pas en cause l’objectif climatique du dispositif. Il traduit plutôt la volonté de Bruxelles de ne pas ajouter, dans une période de tension énergétique, une contrainte susceptible de compliquer l’accès à certaines sources d’approvisionnement. Selon Reuters, plusieurs gouvernements européens ainsi que les Etats-Unis ont demandé un assouplissement ou un report de ces règles. La question dépasse désormais le seul marché gazier. Une hausse durable du gaz renchérit le coût de production de l’électricité et pèse sur les industries fortement consommatrices d’énergie, avec des répercussions sur les coûts de production et les prix à la consommation.
La progression des importations énergétiques en valeur signifie aussi qu’une part croissante des revenus générés par les exportations européennes pourrait être absorbée par la facture énergétique si les prix restent élevés. L’Europe aborde ainsi l’hiver avec une architecture énergétique différente de celle de 2022 : davantage de fournisseurs, davantage de GNL et une consommation de gaz réduite.
Mais elle reste dépendante d’un marché mondial où un choc géopolitique peut renchérir brutalement le coût du dernier volume nécessaire à l’équilibre du système. Le prochain rapport européen sur la préparation hivernale, attendu le 8 octobre, apportera une photographie plus précise de la situation. Pour l’heure, le message de Bruxelles est clair : le risque immédiat n’est pas celui d’une Europe privée de gaz, mais celui d’une Europe contrainte de payer très cher pour éviter d’en manquer. M.-F. Gaïdi
Chiffres-clés
80 €/MWh — prix récemment dépassé par le gaz européen, à un niveau inédit depuis 2022.
+55,8% — hausse de la valeur des importations européennes de pétrole au 2e trimestre 2026.
+4,1% — progression de la valeur des importations européennes de GNL.
–5,6% — recul des volumes de GNL importés par l’Union européenne.
18,2% — part de l’Algérie dans les importations européennes de gaz naturel par gazoduc.
8,1% — part de l’Algérie dans les importations européennes de GNL.
1er janvier 2027 — entrée en application des nouvelles exigences européennes sur les émissions de méthane liées aux hydrocarbures importés.
Posez votre question à la rédaction
Votre question…
Prénom ou pseudo *
Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.
Votre question * 0/1000
Envoyer Annuler