Protégés par le gouvernement israélien, ils multiplient les attaques contre les villages palestiniens : Ces colons juifs qui sèment la terreur en Cisjordanie

Des colons israéliens menés par le ministre Ben-Gvir ont envahi les mosquées Al-Ibrahimi et Al-Aqsa pendant Souccot, sous protection policière, tandis que d'autres attaquaient des villages cisjordaniens.
À Jalud, Al-Mughayyir et Husan, des centaines de colons ont incendié maisons et véhicules sous le regard passif de l'armée, forçant l'évacuation de familles palestiniennes.
L'Autorité palestinienne et le CICR dénoncent une escalade systématique risquant de déclencher une guerre religieuse, pendant qu'Israël qualifie ces actes d'émeutes marginales.
Des appels WhatsApp ont mobilisé les colons extrémistes pour bloquer le retour ordonné par la justice d'une famille palestinienne, révélant une coordination organisée.
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Diffusées par la chaîne qatarie Al Jazeera, des images terrifiantes montrant une horde de colons juifs israéliens, conduite par le ministre extrémiste de la Sécurité, Itamar Ben-Gvir, prendre d’assaut la mosquée Al Ibrahimi, à Al Khalil, fermée aux musulmans depuis lundi dernier, pendant que plus d’un millier d’autres colons – 1792, selon le ministère des Biens religieux d’Al Qods – poursuivaient leur invasion des cours de la mosquée Al Aqsa pour la quatrième journée, sous la protection de la police israélienne, sous prétexte de célébrer la «fête juive des Tabernacles», qui a commencé le 26 septembre et se poursuit jusqu’au 2 octobre.
Dans un communiqué, le gouvernorat d’Al Qods a déclaré ces «attaques perpétrées par les colons contre les habitants de la vieille ville lors de leurs célébrations de la »fête des Tabernacles » constituent une escalade dangereuse et systématique» et averti que leur «répétition et le durcissement des restrictions pendant les fêtes juives contribuent à accroître les tensions dans la ville». La fermeture de la mosquée Al Ibrahimi par les autorités d’occupation, durant toute la période des fêtes juives, comprend, selon le ministère palestinien des Biens religieux et des Affaires religieuses, «l’interdiction d’effectuer des prières et de lancer l’appel à la prière dans le sanctuaire, en prévision de »la prise de contrôle et de la profanation du lieu par les colons » pendant les fêtes juives».
Itamar Ben-Gvir a publié sur les réseaux sociaux une vidéo pour vanter sa participation à cet assaut contre l’esplanade d’Al Aqsa, où l’on voit des centaines de colons qui accomplissent des rituels talmudiques, des prières et des chants, particulièrement dans le côté est de la mosquée.
Dans une déclaration, le porte-parole de la présidence palestinienne, Nabil Abu Rudeineh, a qualifié l’incursion de «jeu avec le feu et de dangereuse provocation des sentiments des musulmans du monde entier» et mis en garde contre une «guerre religieuse» qu’Israël tente de déclencher dans la région.
Pour sa part, le gouvernorat d’Al Qods a affirmé, dans son premier communiqué, très tard dans la soirée de lundi dernier, que des «colons ont pris d’assaut la mosquée Al Aqsa, vêtus de t-shirts appelant à sa démolition et à l’établissement du »Temple »», ajoutant que «des colons apportèrent des offrandes végétales dans la mosquée bénie Al Aqsa et accomplirent des rituels talmudiques le troisième jour de ce qu’on appelle la »fête des Tabernacles » juive (…). Ils portaient des chemises arborant des slogans et des symboles provocateurs appelant à la démolition de la mosquée Al Aqsa et à la construction du soi-disant »Temple » sur ses ruines, et ils déambulaient dans les cours de la mosquée ainsi vêtus». Le traitement de la mosquée et de ses cours constitue une violation flagrante du statut historique et juridique existant, mais aussi une tentative d’y imposer une nouvelle réalité religieuse.
Ils sèment la violence et la destruction pour chasser les palestiniens
Cette invasion de l’esplanade des Mosquées par les colons israéliens a eu lieu simultanément avec l’assaut sur la ville de Naplouse par les forces d’occupation au nord de la Cisjordanie occupée, dans la ville de Beitunia et les villages situés à l’ouest de Ramallah, afin de sécuriser le passage des colons, notamment leur retrait. Dès le début de la matinée d’hier, d’imposants groupes de colons israéliens ont attaqué le village de Jalud, situé au sud d’Al Khalil, et mis le feu dans des bâtiments, des voitures, des maisons et brûlé des pneus pour couper des routes, sans se soucier des forces d’occupation présentes non loin des lieux. Selon l’agence de presse palestinienne Wafa, «des colons ont attaqué le village et incendié deux maisons appartenant à la famille Mahmoud Al Tubasi, provoquant un incendie et causant des dommages importants à leur contenu».
Selon la même source, «l’attaque a semé la panique parmi les habitants du village, qui ont tenté d’affronter les colons avant l’arrivée sur les lieux d’importantes forces de l’armée d’occupation israélienne», qui «n’avaient pas cherché à arrêter l’attaque des colons, mais leur avaient au contraire apporté leur protection, envoyé des renforts militaires supplémentaires dans la région et forcé les membres de la famille Al Tubasi à évacuer à nouveau leur domicile sous la menace des armes». D’après Wafa, les autorités d’occupation ont autorisé la famille, quelques heures avant l’attaque, à retourner chez elle, par la force d’une décision de la Cour suprême israélienne, qui lui a permis de rentrer chez elle après deux mois de déplacement forcé, après y avoir été chassée par des colons.
Les colons ont également attaqué le village d’Al Mughayyir, au nord-est de Ramallah, et brûlé des maisons et plusieurs véhicules, pendant que l’armée d’occupation encerclait la zone orientale de Naplouse, ainsi que le village de Husan, à l’ouest de Bethléem, et procédaient à des perquisitions. Selon l’agence de presse palestinienne, ces descentes ont visé également les villes d’Al Ubaidiya, de Beit Fajjar et de Za’tara, dans le gouvernorat de Bethléem, créant ainsi un climat de terreur et de psychose chez les habitants.
La situation a suscité la réaction du Comité international de la Croix- Rouge (CICR), qui a appelé à «une protection urgente pour la population de Cisjordanie et à la fin des actes de violence répétés».
Officiellement, l’armée et les dirigeants ont réagi, mais uniquement en ce qui concerne l’attaque des colons contre le village de Jalud, attribuée à des «émeutiers» et commise contre «les forces de l’ordre». Dans le communiqué de l’armée, il est affirmé que «les forces de sécurité ont tenté d’organiser le retour de la famille chez elle» pendant la nuit, mais «plus de 100 émeutiers israéliens étaient présents dans le village, bloquant les routes, incendiant des pneus et lançant des pierres sur les forces de sécurité». Il est précisé dans le communiqué que les colons «avaient également incendié des maisons, des voitures et d’autres biens palestiniens dans le village, y compris la maison de la famille Al Tubasi». L’armée a écrit, par ailleurs, que «trois policiers des frontières ont été légèrement blessés» par les colons, et «un véhicule appartenant aux forces de sécurité israéliennes a été endommagé». Elle a expliqué qu’«en raison des violences, la mission de retour de la famille chez elle n’a pas pu être menée à terme (…)».
«Le petit groupe d’émeutiers ne représente pas les colons»
Dans le même communiqué, il est expliqué que «les forces de l’ordre ont utilisé des moyens de dispersion des émeutes contre les colons» et «deux suspects», sur plus d’une centaine, «ont été remis à la police». Mais, les images des violentes attaques des colons ont fait le tour du monde et les réactions internationales ne se sont pas fait attendre, poussant les dirigeants israéliens à minimiser ces actes, les qualifiant d’émeutes et leurs auteurs d’«émeutiers».
Hier matin, les nombreuses réactions ont condamné les «émeutes» et les «atteintes à l’intégrité des forces de sécurité». «Les forces de sécurité condamnent fermement toute atteinte à l’intégrité physique des agents de sécurité dans l’exercice de leurs fonctions, ainsi que les actes de vandalisme et les dommages matériels», lit-on dans le communiqué de l’armée, qui a souligné que de «tels incidents détournent l’attention (des besoins opérationnels), compromettent la stabilité et entravent les activités défensives et antiterroristes des forces de sécurité».
Selon des médias israéliens, l’arrivée des colons au village Jalud est intervenue «après la diffusion d’une alerte par plusieurs groupes WhatsApp, destinés aux colons extrémistes, les appelant à se précipiter dans le village pour empêcher les forces de sécurité d’escorter les Palestiniens expulsés jusqu’à leurs foyers» a écrit le journal hébreu Times Of Israel. Cela prouve qu’il ne s’agissait pas d’une émeute mais plutôt d’une opération bien organisée par les colons israéliens, informés à l’avance du retour de la famille Al Tubasi chez elle. Le président israélien, Isaac Herzog, a même demandé aux forces de l’ordre d’agir «résolument» contre les auteurs de l’attaque.
Dans un message posté sur son compte X il a écrit : «La violence est d’une extrême gravité. Elle une tâche morale et une attaque contre l’Etat de droit et nos valeurs les plus fondamentales en tant que nation».
Pour lui, les «émeutiers» ont «porté atteinte à la fête de Souccot, à la colonisation du territoire et à la nation dans son ensemble». Le Premier ministre, Benyamin Netanyahu, s’est lui aussi empressé de condamner «les violentes émeutes et les attaques de colons contre les forces de sécurité» en précisant : «Ce petit groupe d’émeutiers ne représente pas les colons respectueux des lois en Cisjordanie et entrave le bon déroulement de la mission de nos forces.»
Son ministre des Affaires étrangères lui a emboîté le pas en déclarant sur son compte X : «L’émeute qui a eu lieu la nuit dernière à Jalud, au cours de laquelle des actes d’incendie criminel et des blessures infligées à des policiers des frontières ont été commis, est grave et odieuse. Quiconque commet ces infractions pénales, agresse ou blesse des policiers des frontières et des soldats de Tsahal est un criminel qui doit être puni avec toute la rigueur de la loi. Ils portent atteinte à nos valeurs. Ils portent atteinte à la colonisation juive. Ils portent atteinte à Israël.»
6500 Palestiniens de Cisjordanie déplacés depuis octobre 2023
Pourtant, depuis le 7 octobre, les attaques de colons contre les Palestiniens ont connu une hausse inquiétante, sans que des arrestations ne soient opérées, ni que des enquêtes soient ouvertes. Le gouvernement a toujours fermé les yeux sur les attaques contre les Palestiniens, voire les a même encouragées, poussant aux déplacements forcés de nombreuses familles, ce qui est le but recherché. Ces violences se sont multipliées ces derniers jours dans la vieille ville d’Al Qods, où des groupes de colons juifs, de plus en plus imposants, se rassemblent pour accomplir des rituels religieux dans l’esplanade de la mosquée Al Aqsa ou de celle Al Ibrahimi, sous la protection des forces d’occupation.
Depuis octobre 2023, la Cisjordanie a connu une escalade inquiétante de descentes et d’arrestations par les forces d’occupation, qui coïncident avec une hausse importante du terrorisme des colons, des restrictions de circulation et des décisions de fermeture des entrées des villes et villages palestiniens. Selon les Nations unies, plus de 6500 Palestiniens de Cisjordanie ont été déplacés depuis octobre 2023, en raison des attaques de colons et des pressions sécuritaires israéliennes.
Cette violence des colons à l’égard des Palestiniens de Cisjordanie a été encouragée par la politique de colonisation et de déportation prônée par le gouvernement de Netanyahu. Dimanche dernier, le ministre d’extrême droite messianique des Finances et des Colonies, Bezalel Smotrich, a fait une déclaration extrêmement grave sur l’annexion de la Cisjordanie, pour anéantir toute chance de création d’un Etat palestinien.
«Je pense que nous devons faire la guerre en »Judée-Samarie » (Cisjordanie), y faire ce que nous avons fait à Ghaza, démanteler l’Autorité palestinienne, qui est une autorité terroriste», a-t-il déclaré, ajoutant : «Nous devons dire à l’armée : tout comme vous avez démantelé le Hamas à Ghaza, il n’y aura pas d’infrastructure terroriste en Judée-Samarie. Ni terroristes, ni armes, ni tunnels.» Ce ministre extrémiste est allé loin. «Je souhaiterais ardemment annexer au moins jusqu’à la Ligne jaune à Ghaza et jusqu’au Litani au Liban, non seulement pour des raisons de colonisation en terre d’Israël, mais tout simplement parce que, si une guerre se termine aux frontières où elle a commencé, qu’est-ce qui empêchera l’ennemi de reprendre la guerre ?… Il doit en payer le prix», a-t-il affirmé.
Réagissant à ces affirmations, le ministère des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne a exprimé sa condamnation des propos de Smotrich, qui «révèlent les plans israéliens visant à saper la perspective d’un Etat palestinien indépendant et à imposer une nouvelle réalité par la force». Dans le communiqué publié par l’agence Wafa, le ministère a averti que «le silence international persistant face aux déclarations et aux politiques israéliennes incendiaires encourage le gouvernement israélien à poursuivre ses projets et risque d’aggraver les tensions, la violence et l’instabilité dans la région». Salima Tlemçani
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