Ciné-club Amar Chetaïbi organise des séances à la Cinémathèque Majestic : Annaba, le cinéma sort de l’ombre

Le ciné-club Amar Chetaïbi inaugure ses séances bimensuelles à la Cinémathèque Majestic d'Annaba avec le film Zighoud Youcef, projeté le 24 septembre pour le 70e anniversaire de la mort du chef révolutionnaire.
La ville réhabilite parallèlement ses salles historiques Hamra, Afrique, Edough et Magma pour relancer une culture cinématographique disparue depuis la fermeture de l'Olympia, El Karama ou le Marignan.
Le club se veut une école du regard mêlant cinéma national, de genre et d'auteur, chaque projection étant suivie de débats pour transformer la consommation d'images en curiosité cinématographique collective.
Cette initiative succède à Bouna, cinéma et littérature, témoignant d'une diversification du paysage cinéphile annabi qui renoue avec sa tradition de salles pleines et de discussions partagées.
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El Watan
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La salle obscure reprend vie à Annaba. Après le ciné-club « Bouna, cinéma et littérature », une nouvelle initiative entend réinstaller durablement le 7e art dans les habitudes culturelles de la ville.
Le ciné-cluc Amar Chetaïbi, appelé à tenir ses séances tous les quinze jours à la Cinémathèque Majestic. Son premier rendez-vous, consacré au film Zighoud Youcef, projeté le 24 septembre à l’occasion du 70e anniversaire de la mort du chef historique de la Révolution, donne d’emblée le ton. Ici, le cinéma ne se résume pas à une projection. Il s’agit de regarder, de comprendre, de discuter et de transmettre.
La naissance de ce ciné-club intervient à un moment particulier pour Annaba. Plusieurs salles historiques de la ville font l’objet d’opérations de récupération, de remise à niveau ou de rééquipement. En mars 2026, la direction de la culture et des arts annonçait la prise en charge des salles Hamra, Afrique, Edough et Magma à El Hadjar, avec l’objectif de permettre leur reprise d’exploitation.
L’enjeu dépasse pourtant la rénovation des murs et des équipements. Une salle ne retrouve sa vocation que lorsqu’un public y revient. Et ce public se construit par la régularité des rendez-vous, la médiation, la curiosité et la possibilité de parler des œuvres. C’est précisément sur ce terrain que les ciné-clubs peuvent jouer un rôle. Le choix de Zighoud Youcef pour inaugurer Amar Chetaïbi n’est donc pas anodin. Le film inscrit la première séance dans la mémoire nationale et rappelle que l’image peut être un vecteur de transmission historique.
Le spectateur est invité à revisiter une figure de la Révolution à travers le regard du cinéma, mais aussi à interroger la manière dont une œuvre raconte l’histoire, construit ses personnages et opère ses choix de mise en scène. C’est ce qui distingue le ciné-club d’une simple programmation. Le film devient le point de départ d’un échange. L’écriture, le jeu des acteurs, le cadre, le montage, la lumière, le rythme, les silences ou encore la représentation du réel peuvent être discutés. Le générique ne constitue plus nécessairement la fin de la séance, il ouvre la conversation. Annaba entretient une longue histoire avec le cinéma. La ville possédait autrefois plusieurs salles fréquentées par des générations de Bônois.
Les témoignages et archives de presse évoquent une vie urbaine rythmée par les séances, les affiches, les files d’attente et les discussions à la sortie. Les programmations allaient des films égyptiens et indiens aux productions policières et aux grands classiques internationaux. Cette géographie des salles constituait une véritable géographie affective de la ville.
Chaque établissement avait son public et ses habitudes. Puis cette culture de la salle s’est progressivement érodée. Olympia, El Karama (l’ancien Rex), Edough (l’ancien Colisée), ou encore Chahrazed (l’ancien Vox) ou le Marignan figurent parmi les établissements dont l’histoire récente témoigne du recul du cinéma dans l’espace urbain. Avec la fermeture ou le changement d’usage de plusieurs salles, ce n’est donc pas seulement une offre culturelle qui s’est réduite. C’est une pratique collective qui s’est éloignée de la vie quotidienne.
Regarder un film est devenu plus facile, mais le regarder ensemble sur grand écran est devenu moins courant. Dans ce paysage, la Cinémathèque possède une valeur particulière. Ouverte en 1948 sous le nom de Majestic, elle dispose aujourd’hui de 234 places et a bénéficié d’une opération de rénovation et de rééquipement. Son histoire est étroitement liée à celle de la cinéphilie annabi et aux manifestations cinématographiques qui ont marqué la ville. Le choix du Majestic pour accueillir « Amar Chetaïbi » prend ainsi une dimension symbolique. En effet, le nouveau ciné-club s’installe dans un lieu qui porte déjà la mémoire du cinéma local. Le nom même de l’initiative renforce cette continuité. Amar Chetaïbi, ancien directeur associé à l’histoire du Majestic, demeure lié à la mémoire de cette salle. Donner son nom au nouveau rendez-vous revient à établir un trait d’union entre une histoire ancienne et une nouvelle génération de spectateurs.
UNE ÉCOLE DU REGARD
Le programme annoncé de Amar Chetaïbi doit naviguer entre cinéma national, cinéma de genre et cinéma d’auteur, avec une attention particulière aux réalisateurs et aux acteurs. Cette diversité peut permettre d’élargir progressivement le champ de la cinéphilie locale. Le cinéma national peut faire redécouvrir des œuvres parfois éloignées des écrans et des jeunes générations. Le cinéma de genre ouvre sur le policier, le suspense, le fantastique, le drame, la comédie ou le film historique. Le cinéma d’auteur invite, lui, à porter davantage attention aux choix du réalisateur, au cadre, au montage, à la lumière, au rythme ou à la direction d’acteurs. Dans cette perspective, le ciné-club devient une école informelle du regard. Pas besoin de transformer la séance en cours magistral. Un film, une salle, un public et une discussion suffisent pour faire naître une culture cinématographique. Cette dimension pédagogique n’est pas nouvelle. Après l’indépendance, différentes expériences de diffusion populaire avaient déjà cherché à rapprocher les œuvres du public et à associer projections et débats. Les «ciné-pop», notamment, participaient de cette volonté. La Cinémathèque d’Alger s’est également construite autour de fonctions de conservation, de programmation, de rencontre et de transmission. Le ciné-club contemporain reprend cette idée sous une forme adaptée à son époque : faire du spectateur un interlocuteur du film. Le contexte technologique pourrait sembler défavorable à la salle. Les plateformes permettent désormais de regarder des milliers de films à tout moment, sur un téléphone, un ordinateur ou un téléviseur. Mais cette profusion d’images ne supprime pas le besoin d’une expérience collective. Le silence qui précède la projection, les réactions du public, le rire partagé, l’émotion qui traverse la salle ou les discussions qui suivent constituent une expérience différente du visionnage individuel.
C’est précisément cette dimension collective que le ciné-club peut remettre au centre. Le défi concerne particulièrement les jeunes générations. Elles ont grandi avec une offre audiovisuelle permanente et connaissent parfois davantage les plateformes que les salles de répertoire. Il ne s’agit pas de les opposer au cinéma : leur rapport aux images est au contraire massif. L’enjeu consiste à transformer cette consommation d’images en curiosité cinématographique. Apprendre à regarder un plan, comprendre le choix d’un cadre, observer le travail d’un acteur, mesurer l’importance d’un silence ou d’une musique, comparer deux réalisateurs : autant de réflexes qui peuvent progressivement former un regard. Le ciné-club peut aussi créer une rencontre entre les publics. Le passionné qui connaît une filmographie entière peut y croiser celui qui découvre son premier classique ; l’universitaire peut dialoguer avec l’amateur ; le professionnel avec le simple curieux. La salle devient alors un espace de transmission et de confrontation des regards.
DE «BOUNA» À «AMAR CHETAÏBI»
L’arrivée de Amar Chetaïbi après «Bouna, cinéma et littérature», témoigne d’un paysage cinéphile qui commence à se diversifier à Annaba. Les deux initiatives n’occupent pas exactement le même terrain. La première rapproche cinéma et littérature ; la seconde annonce une exploration plus large des formes, des genres, des œuvres et des personnalités du septième art. Cette diversité est importante. Une culture cinématographique ne se construit pas uniquement autour des œuvres consacrées. Elle se nourrit aussi de découvertes, de curiosités et de discussions. Un ciné-club n’a pas nécessairement pour fonction d’imposer une lecture du film. Il peut permettre à plusieurs interprétations de se confronter. Cette dynamique prend d’autant plus de sens que la ville dispose d’une mémoire cinématographique importante. Annaba possède une cinémathèque, une histoire de salles et un Festival du film méditerranéen qui a contribué à maintenir son inscription dans le paysage cinématographique régional. Mais les grands rendez-vous ne suffisent pas à créer une pratique durable. Entre deux festivals, il faut des projections. Entre deux projections, des discussions.
Et surtout, une habitude. C’est la promesse la plus intéressante du rendez-vous annoncé tous les quinze jours par Amar Chetaïbi, celle de faire revenir régulièrement le public dans une salle et réinstaller le cinéma comme pratique culturelle. La remise en activité des salles historiques et la multiplication des initiatives cinéphiles peuvent ainsi se répondre. Les pouvoirs publics peuvent réhabiliter les équipements ; les acteurs culturels peuvent contribuer à leur donner une vie. Mais la réussite d’une salle se mesure finalement à sa fréquentation et à la relation qu’elle entretient avec son public. A Annaba, le chantier est autant culturel que matériel. Il ne suffit pas de rouvrir des portes, mais de recréer des habitudes, transmettre une mémoire et donner envie aux nouvelles générations de franchir le seuil d’une salle. Le premier rendez-vous de Amar Chetaïbi, consacré à Zighoud Youcef, a placé la mémoire nationale au cœur de cette reconquête. Les prochaines séances pourront ouvrir d’autres portes, celles d’un réalisateur, d’un acteur, d’un genre, d’une cinématographie étrangère ou d’un film oublié. Chaque projection peut devenir une découverte. Chaque film, un sujet de conversation.
Chaque discussion, une manière nouvelle de regarder. La renaissance du cinéma à Annaba ne se mesurera donc pas uniquement au nombre de salles rénovées ou de films projetés. Elle se vérifiera lorsque le cinéma redeviendra une habitude urbaine : lorsque des spectateurs entreront dans une salle, regarderont ensemble un film et continueront à en parler en sortant.
Annaba
De notre bureau M-F. Gaidi
QUATRE SALLES DANS LE VISEUR
La relance du ciné-club intervient dans un contexte de récupération progressive du patrimoine cinématographique annabi. En mars 2026, la direction de la culture et des arts de la wilaya annonçait la prise en charge de quatre salles : Hamra, Afrique, Edough et Magma à El Hadjar. Des opérations de remise à niveau technique, d’équipement ou de préparation à la reprise d’exploitation étaient annoncées. Cette démarche vise à reconstruire progressivement un réseau de salles dans une ville qui en comptait autrefois plusieurs. Mais la réhabilitation des équipements ne constitue qu’une première étape. Pour faire vivre durablement ces espaces, il faudra leur associer une programmation régulière et des publics. C’est dans cet espace entre réhabilitation des salles et reconstruction des habitudes culturelles que les ciné-clubs peuvent trouver leur rôle. Amar Chetaïbi en constitue aujourd’hui l’une des nouvelles expressions à Annaba. M-F.G
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