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Racisme et culture, quand Fanon avait raison déjà…

Par Chahreddine Berriah•5 min de lecture
Brifa
Racisme et culture, quand Fanon avait raison déjà…
Résumé IA

En 1956, Frantz Fanon soutient à la Sorbonne que la culture colonisée exige la destruction du système colonial, entraînant son expulsion d'Algérie et l'interdiction des «Damnés de la terre».

L'article établit un parallèle entre cette censure coloniale et l'ostracisme actuel d'auteurs noirs dans les institutions culturelles occidentales.

Le romancier haïtiano-canadien Thélyson Orélien, acclamé pour «C'était ça ou mourir», est banni du Goncourt et boycotté après des accusations d'IA, son thème anti-colonial dérangeant.

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El Watan

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Il y a 70 ans, en septembre 1956, alors que l’Algérie était sous le joug du colonialisme, Frantz Fanon expliquait dans un discours, lors du 1er Congrès international des écrivains et artistes noirs à la Sorbonne, à Paris, qualifié comme un Bandung culturel, comment «la domination coloniale cherche à dévaloriser systématiquement les modes d’existence, le langage, les traditions et les techniques des peuples colonisés pour mieux les soumettre». Pour lui, la réhabilitation et la renaissance de la culture authentique des peuples opprimés exigent la «destruction préalable du système colonial lui-même».

Ce jour-là, il y avait, aussi, des figures majeures de la littérature, à l’image d’Aimé Césaire, d’Alioune Diop, fondateur de Présence africaine, et Léopold Sédar Senghor…
Quoique les débats tournaient autour de l’unité et du devenir des cultures noires à l’aube des décolonisations, Fanon y incrusta la question algérienne, en soutenant que «la culture nationale du peuple colonisé ne peut survivre ni se réinventer sans passer par la destruction violente et radicale de l’ordre colonial», en martelant que «la fin logique de cette volonté de lutte est la libération totale du territoire national», érigeant la résistance des peuples opprimés en un «combat existentiel et universel».

Des propos fort dérangeants pour l’occupant, et en décembre de la même année, Fanon sera expulsé d’Algérie par les autorités françaises, après avoir démissionné de son poste de médecin-chef à l’hôpital psychiatrique de Blida et rejoint le Front de libération national (FLN) à Tunis pour poursuivre son combat. Et puis parut en 1961, toujours sous la domination coloniale française, Les damnés de la terre, un roman explosif qui suscita une réaction immédiate, répressive et hostile de la part des autorités françaises, considérant le livre comme une «arme idéologique majeure au service du Front de libération nationale».

L’Etat avait déployé plusieurs mécanismes de censure. Le livre avait été interdit de diffusion et fait l’objet d’une saisie par la police. Motif invoqué à l’époque : «atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat». Aujourd’hui, des écrivains libres vivant dans des pays indépendants, «démocratiques», subissent les mêmes affres de la censure, mais par des voies détournées. Le racisme des institutions culturelles occidentales à l’égard des auteurs africains et tous autres Noirs de la planète, s’exprime par des règles insidieuses. Le cas du romancier canado-haïtien Thélyson Orélien est significatif. Il a bouleversé le monde littéraire et de l’édition avec son roman C’était ça ou mourir. Un récit passionnant racontant les déboires d’un jeune Haïtien fuyant son pays et toutes les péripéties vécues dans son parcours.

Qualifié comme le phénomène de la rentrée littéraire 2026, en cours de traduction dans plus d’une vingtaine de langues, ayant obtenu le prix reconnu de la FNAC et présélectionné au prix Goncourt, il vient d’être banni, en un temps record, par tout ce beau monde culturel occidental.

Chef d’inculpation : M. Thélyson aurait «utilisé l’intelligence artificielle pour son roman» et, du coup, tout s’effrite pour cet auteur qui se voit disqualifié du prix Goncourt, ses rencontres littéraires annulées, la promotion de son livre par l’éditeur suspendue, etc. C’est que le thème du roman dérange les bien-pensants occidentaux, qui refusent aux auteurs de les dénoncer dans leur politique colonialiste, raciste. Thélyson Orélien aurait été certainement porté aux nues, avec en prime un prix prestigieux, s’il avait tiré à boulets rouges sur Haïti, sa patrie. On a beau dire, des territoires ont été libérés par «leurs» indigènes ; pour les occupants d’hier, il existe toujours des frontières à ne pas franchir chez eux…

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