Lycées bloqués en France : La mobilisation s’étend et les violences se multiplient
La mobilisation lycéenne s’est étendue à 564 établissements en France, dont près de 400 fermés, et a basculé dans la violence avec affrontements, incendies et agressions de personnels.
Le bilan fait état de 65 membres de l’Éducation nationale agressés, dont 40 proviseurs, et de 170 élèves blessés, tandis que l’Intérieur dénombre 1949 interpellations et la Justice 1793 gardes à vue depuis lundi.
Les lycéens réclament un recrutement massif d’enseignants, un plan d’urgence pour les bâtiments dégradés et la fin de la pression de Parcoursup, 53 % des collèges et lycées publics manquant au moins un professeur à la rentrée.
Le ministre Edouard Geffray a retiré les frais d’inscription prévus pour les non-boursiers en BTS et classes préparatoires, pendant que Matignon dénonce une «bascule de violence» et que Gérald Darmanin exige une réponse pénale ferme.
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Le mouvement de mobilisation des lycéens s’est étendu hier en France, avec 564 établissements ayant fait ou faisant l’objet d’actions ou de perturbations depuis le début de la journée, selon le ministère français de l’Education nationale.
A la mi-journée, 564 établissements avaient «fait ou font l’objet d’actions ou de perturbations depuis le début de la journée», selon le ministère de l’Education nationale. Près de 400 lycées, sur les quelque 3700 que compte le pays, étaient fermés, tandis que plusieurs établissements envisageaient d’assurer les cours à distance.
La multiplication des incidents violents a modifié la nature du mouvement et placé les autorités françaises face à une situation tendue. Jeudi, selon le ministre de l’Education nationale, 1207 lycées avaient été perturbés ou bloqués. Depuis le début de la semaine, plusieurs dizaines d’établissements, voire une centaine, ont connu des troubles. Les incidents ont notamment été marqués par des affrontements avec les forces de l’ordre, des tentatives d’intrusion, des incendies et des dégradations. Plusieurs proviseurs ont également été molestés ou agressés lors des blocages. Edouard Geffray, ministre de l’Education, a fait état de 65 membres du personnel de l’Education nationale agressés depuis le début du mouvement, dont 40 proviseurs, ainsi que de 170 élèves blessés.
Les lycéens mobilisés mettent en avant des revendications portant sur les moyens accordés à l’école et leurs conditions de scolarité. Ils dénoncent notamment les absences répétées de professeurs, les bâtiments dégradés, les emplois du temps surchargés et la pression exercée par Parcoursup, un passage incontournable pour accéder à l’enseignement supérieur. Dans certains établissements, les élèves signalent aussi l’absence d’enseignants dans des matières importantes. Selon une enquête du syndicat SNES-FSU, au moins un professeur manquait à la rentrée dans 53% des collèges et lycées publics. Le ministère avait toutefois précisé que, «dans la plupart des cas», il s’agissait de «volumes d’heures d’enseignement à couvrir, et non des postes à temps plein non pourvus».
Des regroupements, des incendies de poubelles….
A ces problèmes s’ajoute celui de l’orientation. Créée en 2018 en remplacement d’APB, Parcoursup est obligatoire pour les lycéens qui souhaitent candidater à la plupart des formations de l’enseignement supérieur. Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne, réclame ainsi «un recrutement massif d’enseignants» et, concernant les infrastructures, «un plan d’urgence», afin de garantir aux élèves «des conditions correctes pour étudier». Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante, dénonce pour sa part un «problème structurel de sous-financement des universités et des établissements scolaires». Dans le Nord et le Pas-de-Calais, 37 lycées étaient fermés hier. A Lille, l’ensemble des lycées publics ont cessé leurs activités, tandis que plusieurs établissements privés de la métropole ont également suspendu les cours après des tentatives d’intrusion
Des élèves avaient notamment dû être confinés dans certains établissements avant d’être invités à rentrer chez eux. En Ile-de-France, la région a signalé 55 lycées touchés par des violences, des affrontements ou des dégradations hier matin. Près de 50 portails ou sas avaient été endommagés depuis le début du mouvement.
Des incendies importants ont également touché les lycées Henri Moissan à Meaux, Roger Verlomme dans le 15e arrondissement de Paris et Gaston Bachelard dans le 13e arrondissement. Dans le Rhône, 28 établissements ont été concernés par des actions sporadiques hier matin, contre 40 la veille. Des regroupements, des incendies de poubelles et quelques tirs de mortier ont été signalés, tandis que les forces de l’ordre procédaient à 17 interpellations.
A cela s’ajoutent les interpellations opérées depuis le début de la semaine. Le ministère de l’Intérieur a annoncé 1949 arrestations jeudi, principalement pour des cas d’atteinte aux personnes dépositaires de l’autorité publique, de violences et d’attroupements. Le ministère de la Justice a, de son côté, fait état de 1793 placements en garde à vue depuis lundi. Jeudi, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a présidé une cellule de crise interministérielle. A l’issue de cette réunion, Matignon a dénoncé une «bascule de violence». Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a également réuni en urgence les 36 procureurs généraux afin de définir une réponse pénale qu’il souhaite «ferme». Sur le réseau social X, il a indiqué leur avoir demandé «une grande fermeté dans la réponse pénale envers les auteurs de ces faits inadmissibles». Edouard Geffray a déclaré le retrait de la mesure prévue dans le projet de loi de finances, qui devait imposer aux étudiants non boursiers des frais d’inscription de 178 euros en BTS et de 270 euros en classes préparatoires aux grandes écoles.
La journée d’hier a été consacrée à une série de rencontres entre le ministre et les représentants de la communauté éducative.
Sur le terrain politique, les violences ont également provoqué des affrontements entre formations politiques. Le gouvernement, la droite et l’extrême droite ont mis en cause La France insoumise, tandis que le mouvement de Mélenchon renvoie la responsabilité de la situation à Matignon.
Amel Blidi
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