Actualités

L’hydrogène redessine les liens entre l’Algérie et l’Europe

Par Cherif Lahdiri•4 min de lecture
Brifa
L’hydrogène redessine les liens entre l’Algérie et l’Europe
Résumé IA

L’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne ont signé une déclaration politique pour concrétiser le corridor d’hydrogène vert SoutH2, créant un secrétariat dédié sous l’égide de l’Onudi pour structurer la coopération intergouvernementale et privée.

Le projet prévoit un corridor de 3300 km réutilisant 65 % d’infrastructures existantes, avec un potentiel d’importation supérieur à 4 millions de tonnes par an, dont les premières études de faisabilité sont attendues en 2027.

Pour l’Algérie, ce partenariat transforme la relation gazière traditionnelle en une chaîne de valeur industrielle partagée incluant électrolyse, dessalement, ammoniac vert et acier décarboné.

L’Europe y voit une diversification stratégique de son approvisionnement énergétique, faisant de la Méditerranée un pont industriel entre l’Afrique et son cœur manufacturier plutôt qu’une frontière.

E

Publié par

El Watan

Publié le

ou lire sur le site source →

Article Original

Contenu complet de la source

C’est dans le secteur énergétique de l’hydrogène vert que l’Algérie et l’Europe sont appelées à redessiner complètement leurs liens. L’Algérie, l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie et la Tunisie ont signé, ce jeudi, un accord réaffirmant leur volonté de faire du mégaprojet d’hydrogène vert SoutH2 Corridor un «levier d’intégration régionale et de coopération dans les domaines de l’énergie et de la compétitivité industrielle».

Les ministres de l’Energie des cinq pays ont ainsi adopté une déclaration politique d’intention à l’occasion de la deuxième réunion ministérielle consacrée à ce projet énergétique historique. Le signal le plus net tient à la gouvernance. Les cinq pays instaurent un dialogue régulier et structuré et créent un secrétariat dédié, avec l’appui de l’Onudi, appelé à devenir la plateforme centrale de la coopération intergouvernementale et de l’implication du secteur privé.
Face au défi de la demande, autrement dit, pour garantir des acheteurs industriels solvables et durables, les ministres des pays partenaires ont été informés des travaux de l’alliance des acheteurs, qui vise à faire émerger une demande structurée et durable en hydrogène renouvelable.

L’alliance des acheteurs sera ainsi, de tous les chantiers, le plus décisif : c’est là que se jouera le passage de l’annonce à la réalité. Le projet quitte ainsi le registre de la vision politique et des études techniques pour entrer dans celui de l’institution et de la mobilisation industrielle. Les ordres de grandeur justifient cette ambition. Le consortium évoque un corridor d’environ 3300 km, dont plus de 65% d’infrastructures réutilisées, pour un potentiel d’importation supérieur à 4 Mt par an. L’Italie en est le maillon central, reliant l’Afrique du Nord à l’Autriche, puis à l’Allemagne. A ses côtés, ALTEH2A, né du protocole d’accord d’octobre 2024 entre Sonatrach, Sonelgaz, VNG, Snam, SeaCorridor et Verbund Green Hydrogen, doit produire en Algérie l’hydrogène qui empruntera cette infrastructure. Les premiers résultats de l’étude de faisabilité sont attendus en 2027.

Pour l’Algérie, l’enjeu dépasse largement l’énergie. Jusque-là, la relation avec l’Europe se résumait à une équation simple : du gaz contre des revenus d’exportation. A l’avenir, elle pourrait reposer sur une chaîne de valeur partagée : solaire et éolien, électrolyse, transport transméditerranéen, industrie européenne, puis investissements, technologies et emplois en retour. Electrolyseurs, dessalement, stockage, ammoniac, acier vert, engrais décarbonés : autant de filières où le pays peut passer de fournisseur de molécules à producteur de valeur industrielle. L’hydrogène prolonge ainsi le partenariat gazier, réaffirmé par Bruxelles et Alger en février dernier, sans le renier.

Le moment est d’autant mieux choisi que l’Europe a appris, depuis la guerre en Ukraine, à penser en termes de diversification, de résilience et de souveraineté industrielle. L’Agence internationale de l’énergie souligne que les conflits au Moyen-Orient ont perturbé les chaînes mondiales de l’hydrogène et de ses dérivés, et que l’hydrogène renouvelable peut, à terme, multiplier fournisseurs et routes. Il ne s’agit pas de substituer une dépendance à une autre, mais d’en répartir les risques. Avec son potentiel solaire considérable, ses infrastructures, son expérience d’exportateur et sa proximité du marché européen, l’Algérie dispose d’atouts rares. SoutH2 n’est pas un simple projet d’hydrogène vert. C’est un projet de géopolitique énergétique, qui fait de la Méditerranée non plus une frontière, mais un pont entre l’Afrique et le cœur industriel de l’Europe. Alger vient de lui offrir un cadre politique. Il reste à bâtir.

Par Cherif Lahdiri

Posez votre question à la rédaction

Votre question…

Prénom ou pseudo *

Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.

Votre question * 0/1000

Envoyer Annuler

Voir sur le site source