Un réseau transfrontalier de trafic de drogue et de blanchiment d’argent démantelé à Alger : Deux millions de capsules de Prégabaline saisies

Les services de la sûreté d'Alger ont démantelé un réseau transfrontalier de trafic de prégabaline et de blanchiment d'argent, arrêtant onze personnes dont une femme et un ressortissant africain.
Près de deux millions de capsules dissimulées dans des bouteilles d'oxygène médical ont été saisies dans un dépôt près d'Alger, pour une valeur estimée à 2,5 milliards de dinars.
Les enquêteurs ont également confisqué 636 motocyclettes, seize véhicules, 61,8 millions de dinars en espèces et un fusil de chasse dans les wilayas d'Alger, Ouargla et Touggourt.
Cette affaire s'inscrit dans un durcissement pénal marqué par la réactivation de la peine de mort pour les trafiquants transnationaux et la création d'une prison spéciale à Tanezrouft pour les barons de la drogue.
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Le trafic de psychotropes change d’échelle et de visage. A Alger, les services opérationnels de la sûreté de wilaya viennent de mettre au jour une organisation criminelle transfrontalière qui ne se contentait pas d’acheminer d’importantes quantités de prégabaline vers la capitale. Le réseau aurait également organisé le blanchiment des revenus tirés de cette activité à travers des agences spécialisées dans la vente de véhicules et de motocyclettes.
A la clé, une saisie dont la valeur marchande globale est estimée à près de 250 milliards de centimes, soit environ 2,5 milliards de dinars. L’opération, menée par les éléments de la brigade de police judiciaire de la sûreté de la circonscription administrative déléguée de Dar El Beïda, a été déclenchée à la suite d’un travail de renseignement et d’investigations de terrain approfondies. Les enquêteurs sont parvenus à intercepter une tentative d’acheminement de cargaisons importantes de prégabaline depuis une wilaya du Sud-Est vers Alger. Onze personnes, dont une femme et un ressortissant d’un pays africain, ont été arrêtées.
Mais c’est l’exploitation du renseignement recueilli au cours de l’enquête qui devait révéler l’ampleur du dispositif. Les investigations préliminaires, conduites sous la supervision du parquet compétent, ont permis de mettre la main sur près de deux millions de capsules de prégabaline. La marchandise était dissimulée dans des bouteilles destinées au conditionnement de l’oxygène médical et entreposée dans un dépôt situé dans les environs d’Alger. Le dispositif de blanchiment présumé apparaît tout aussi massif.
Les enquêteurs ont récupéré 636 motocyclettes et 16 véhicules utilitaires et touristiques, de différentes catégories et cylindrées, considérés comme issus des revenus du blanchiment d’argent. Les biens ont été saisis à Ouargla, Touggourt et Alger, révélant une activité qui dépassait largement le cadre d’un trafic localisé. A cette flotte considérable s’ajoutent 6,18 milliards de centimes en espèces, soit 61,8 millions de dinars, ainsi qu’un fusil de calibre 12 mm.
Réactivation de la peine de mort
L’affaire intervient dans un contexte de durcissement particulièrement marqué de la réponse de l’Etat au trafic de stupéfiants et de psychotropes. En septembre, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Lotfi Boudjemaâ, avait annoncé la réactivation de la peine de mort contre les trafiquants de drogue, dans le cadre du renforcement de la lutte contre la criminalité organisée et la menace croissante des drogues, notamment les drogues dures. Cette évolution s’appuie notamment sur les modifications apportées à la législation sur les stupéfiants. La loi prévoit désormais la peine de mort dans des situations particulièrement graves, notamment lorsque certaines infractions entraînent directement la mort ou sont susceptibles de causer un préjudice grave à la santé publique, lorsqu’elles sont commises par un groupe criminel organisé transnational, dans certaines circonstances liées à la sécurité nationale ou encore avec usage ou menace d’usage d’une arme à feu. Le dossier algérois prend ainsi une résonance particulière. Le réseau démantelé par la sûreté d’Alger est précisément décrit comme une organisation criminelle transfrontalière, tandis que l’enquête fait apparaître une opération structurée de recyclage des profits du trafic dans des actifs commerciaux et roulants.
À cette nouvelle architecture pénale s’ajoute un dispositif carcéral inédit destiné aux acteurs majeurs du trafic. Les autorités ont engagé la transformation d’une ancienne infrastructure militaire située à Tanezrouft, au cœur du Grand Sud, en établissement pénitentiaire spécialement destiné aux barons de la drogue et à leurs réseaux.
Le président Abdelmadjid Tebboune a tenu, le 8 septembre, une réunion consacrée à l’avancement de cette opération et à la mise sous tutelle du futur établissement par le ministère de la Justice. Le message des autorités est donc désormais articulé autour de plusieurs leviers, allant du démantèlement des filières d’approvisionnement à la saisie des avoirs, en passant par le ciblage du blanchiment et le durcissement des sanctions contre les formes les plus graves du trafic.
Dans l’affaire d’Alger, l’ampleur des saisies donne la mesure de cette économie souterraine. Deux millions de capsules, 652 véhicules et motocyclettes, plus de 61 millions de dinars en liquidités et une organisation implantée sur plusieurs wilayas dessinent les contours d’un système qui avait fait du trafic de psychotropes une activité structurée, financée et blanchie à travers des circuits commerciaux. Les onze suspects ont été présentés le 30 septembre devant le procureur de la République près le pôle pénal spécialisé du tribunal de Sidi M’hamed.
M.-F. Gaïdi
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